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Je veux qu’on m’enseigne pas qu’on me saigne
N° 308 - avril 2012

Rio Tinto Alcan serait-il maître chez nous ?
Marcel Lapointe
Si, comme le dit l’économiste et professeur à l’UQAC, Marc Urbain Proulx, moins de 10 % des coûts de production de l’aluminerie d’Alma sont consacrés aux impératifs des conventions collectives, le discours à la mode voulant que, pour être compétitive, Rio Tinto Alcan (RTA) doive laisser la porte grande ouverte de son aluminerie aux sous-traitants sonne faux.

Avec des coûts de main-d’œuvre aussi bas, l’acharnement de RTA à vouloir les diminuer davantage n’a, à mon sens, qu’une seule raison : créer, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, un « tiers-monde » version Nord-Américaine. Sinon, pourquoi chercher à remplacer les travailleurs qui partiront à la retraite par des travailleurs sous-traités que RioTinto Alcan n’aura plus à payer ?

Quel taux satisfera la compagnie ? Celui permettant à Tony Albanese, pdg de Rio Tinto, de pouvoir rivaliser un jour avec le Mexicain, Carlos Slim, assis sur une fortune de 69 milliards de dollars ?

Avec des bénéfices de l’ordre de 24 % juste ici à Alma, en plus de marges de 40 % provenant de l’exploitation d’autres minerais comme le fer, comment expliquer qu’Albanese n’apparaisse pas parmi les dix milliardaires les plus riches du monde ?

Selon les derniers chiffres fournis par le magazine Forbes, à eux seuls, ces m’sieurs-dames totalisent la faramineuse fortune de 400 milliards.

RTA peut vendre ses surplus d’électricité durant son lock-out et bénéficier d’un prêt sans intérêt de 400 millions remboursable dans trente ans.

En plus de jouir d’une « aide fiscale » de 112 millions garantis, RTA est propriétaire de 30 km sur la rivière Saguenay pour y faire turbiner à profit trois barrages, et loue la rivière Péribonka pour y faire turbiner trois autres barrages.

Ces deux dernières conditions fournissent à RTA un avantage de 700 millions par année sur des concurrents comme la compagnie Alouette. À mon point de vue, cela représente davantage que le beurre et l’argent du beurre.

Ici, nous offrons d’autres avantages que des pays émergents n’offriront pas de sitôt. Un environnement favorable à la recherche et au développement en partie subventionnés par nous ; la possibilité pour la compagnie de vendre des crédits de carbone pour faire des économies d’échelle ; la garantie d’une stabilité politique à toute épreuve, parlez-en aux anarchistes ou aux rouges ; l’assurance, donc, d’une paix sociale blindée. Parlez-en aux dirigeants de SNC-Lavalin, qui ont fait des affaires avec Kadhafi en Libye.

Jamais un pays émergent ne sera, un jour, capable de consentir un forfait royal de la sorte. À telle enseigne, que je me demande comment il se fait que, Jeannois et Saguenéens, ne soyons pas encore propriétaires d’un complexe intégré de production d’aluminium. De la production d’énergie propre et renouvelable jusqu’à la troisième transformation, en passant par la production de ­lingots.

Et ça se dit, vouloir, un jour, être Maîtres Chez Nous !

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