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Je veux qu’on m’enseigne pas qu’on me saigne
N° 308 - avril 2012

Wisconsin : 62 000 personnes devant le Capitole
Martin Cayouette
Au cours de la semaine de relâche scolaire, j’ai eu la chance de représenter la CSQ au Wisconsin, à l’occasion des célébrations entourant le premier anniversaire de la lutte exemplaire des syndiqués de cet État contre les politiques antisyndicales du gouverneur républicain Scott Walker.

Pendant toute la semaine, plusieurs manifestations ont eu lieu partout dans l’État du Wisconsin, dans le cadre de la tournée « Reclaiming Wisconsin ». La semaine s’est terminée par une manifestation monstre de 62 000 personnes à Madison, devant le Capitole. On a célébré le fait que plus d’un million de personnes avaient signé la pétition réclamant la destitution du gouverneur Scott Walker, alors que la loi en requérait 540 000 pour enclencher le processus de destitution.

Prenant la parole devant les manifestants, Phil Neuenfeldt, le président de l’AFL-CIO du Wisconsin, a déclaré : « Scott Walker a attaqué la classe moyenne et il n’avait jamais annoncé, lors de sa campagne électorale, les coupures auxquelles il a procédé. Il a menti à toute la population du Wisconsin. Il paie aujourd’hui pour son arrogance ».

Le gouverneur a imposé aux employés de l’État une contribution supplémentaire d’environ 4 000 $ pour leur régime de retraite et il a éliminé 6 jours de congés-maladie. Il a privatisé des emplois et réduit la négociation syndicale uniquement aux salaires !

Pendant qu’il invoquait l’urgence de réduire le déficit de 137 millions $, il offrait un crédit d’impôt de 140 millions $ aux entreprises. Les budgets de l’éducation et de la santé ont été amputés respectivement de 418 millions $ et de 229 millions $.

Le gouverneur Scott Walker a refusé des subventions fédérales sous prétexte qu’elles entraînaient des déboursés supplémentaires pour l’État du Wisconsin. Ainsi, il a rejeté un projet de train à grande vitesse d’une valeur de 390 millions $, une aide médicale de 130 millions $ et un montant de 23 millions pour l’accès Internet aux régions éloignées ainsi qu’aux espaces publics.

Dans l’État du Wisconsin, une spirale de pertes d’emplois a généré moins de revenus pour l’État, ce qui a provoqué d’autres pertes d’emplois. Des citoyens ont même créé un jeu de Monopoly qu’ils ont renommé « Scottyopoly » pour illustrer comment le gouverneur Scott Walker a joué avec l’économie de l’État.

Phil Neuenfeldt pouvait donc affirmer sans hésitation : « Nos droits doivent être réhabilités pour que l’on retrouve la prospérité économique et la démocratie, afin que les travailleurs et les familles puissent avancer, c’est pourquoi nous réclamons le retour au Wisconsin que nous avons connu ! ».

Des électeurs républicains se sont sentis floués par Scott Walker et se sont joints à la campagne pour sa destitution. Les pompiers, qui avaient soutenu financièrement Scott Walker durant la campagne électorale, avaient été épargnés. Mais, estomaqués devant l’ampleur de l’attaque faite aux travailleurs, ils se sont joints au mouvement « Recall Walker ».

Lors de l’assemblée publique devant le Capitole, Mary Kay Henry, présidente du Syndicat international des employés du secteur des services, a salué le courage et la détermination des syndiqués et de la population du Wisconsin. « Vous avez démontré, devant votre population et au monde entier, que le pouvoir populaire peut changer le monde ! Regardez ce que vous venez d’accomplir cette année ! », a-t-elle déclaré en faisant référence au million de signatures recueillies pour réclamer la destitution du gouverneur Walker.

Les travailleurs du Wisconsin que j’ai rencontrés ont un message clair « Couper dans les services publics n’est pas un bon choix ». Ils précisent que les compressions touchent toute la population. Les ventes des commerces et des entreprises diminuent, le taux de chômage augmente et le gouvernement local et l’État perçoivent moins de taxes.

L’enseignante Christina Brey m’explique : « Nous n’avons plus d’argent pour acheter des crayons et du papier. Plusieurs enseignants achètent, à même leur salaire, du matériel scolaire pour leurs élèves ». Elle évalue que les enseignants dépensent ainsi, annuellement, en moyenne de 400 $ à 600 $ pour leur classe.

La population est aussi touchée par les importantes compressions dans les soins de santé. Kelley Albrecht, mère de trois enfants, me raconte : « Lorsque mon plus jeune fils a dû subir une intervention chirurgicale, j’avais à choisir entre conserver ma maison ou payer pour les soins de santé, et de l’aider au détriment de ses deux frères ». Avec rage, elle affirme : « Je ne veux plus être obligée de faire de tels choix. Je veux un système de santé accessible à tous ! ».

Hannah Engber, une employée des services publics, témoigne: « Actuelle­ment, notre institution ne sert que 1 % des personnes les plus riches. Ils prennent l’argent de la classe moyenne pour la donner aux corporations. Des entreprises ne paient plus de taxes, alors que nous devons en payer davantage ».

Les élus du Parti démocrate se sont joints au mouvement pour destituer le gouverneur et ont compris que, pour être élu, il faudrait désormais tenir compte de l’opinion des syndiqués des services publics. De nouvelles élections devraient être déclenchées au mois de mai ou juin.

Les 14 sénateurs qui, l’an dernier, s’étaient exilés en Illinois pour priver le gouverneur Walker de son quorum, sont encore perçus comme des héros. Dans la course actuelle pour déterminer qui sera le candidat du Parti démocrate au poste de gouverneur, tous les candidats promettent de redonner leurs droits aux travailleurs.

En obtenant plus d’un million de signatures pour destituer le gouverneur, les travailleurs et leurs organisations syndicales ont démontré leur capacité de mobilisation autour des enjeux sociaux. C’est ce que soutient Phil Neuenfeldt : « Nous nous battons pour avoir un gouvernement qui investit en fonction des besoins des travailleurs de la classe moyenne. Et, lorsque les syndicats s’unissent, et prennent part au mouvement, nous pouvons faire la différence ».

Depuis près d’un an, des musiciens de Madison se réunissent, du lundi au vendredi à midi, devant le Capitole, et jouent avec énergie pour inspirer les travailleurs des services publics dans la poursuite de leur lutte.

La plupart du temps, ils s’exécutent à l’intérieur du Capitole, mais ils jouent parfois à l’extérieur, lorsque des activités sont prévues dans la rotonde. Le 9 mars 2012, ils manifestaient pour la 308e fois afin de demander le départ du gouverneur Scott Walker. La xylophoniste du groupe m’explique son geste : « Je les accompagne 3 ou 4 fois par semaine, il y a une telle énergie que ne je peux que continuer à militer ! »

Pendant plus d’une heure, ils ont interprété « De quel côté êtes-vous ? ; Ramenez mon Wisconsin ; cette terre est la nôtre ; Solidarité pour toujours », et plusieurs autres chansons.

Ils interpellent également les frères Koch, détenteurs de la troisième fortune en importance aux États-Unis ; ils sont aussi de généreux donateurs à la caisse électorale du parti Républicain de Scott Walker.

Les frères Koch sont également impliqués dans la promotion des gaz bitumineux au Canada et ils entretiennent des liens avec le gouvernement Harper. « Les frères Koch veulent acheter le monde. Il n’y a qu’une seule chose qui les intéresse, c’est de payer moins de taxes. Nous voulons leur enseigner qu’une vraie démocratie tient compte des travailleurs », chantent les citoyens engagés.

La chorale est composée de travailleurs des services publics et privés, de retraités, d’artistes et d’étudiants qui s’inspirent d’une citation de Lou Berryman « Je ne peux vous dire si la musique change le monde, mais je sais que cela change les gens, une personne à la fois ».

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