L'aut'journal
Le jeudi 18 juillet 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Je veux qu’on m’enseigne pas qu’on me saigne
N° 308 - avril 2012
Éthique, rigueur et philanthropie, mon œil !
L’égalité des chances n’est pas au menu de la réussite
Léo-Paul Lauzon
Je fais comme si c’était vrai et que j’avais l’immense honneur de rencontrer en personne, malgré son horaire extrêmement chargé, L. Jacques Ménard de la Bank of Montreal dans les luxueux bureaux de l’institution à Toronto.

Rien qu’à y penser, je jouis en rêve de le voir répondre au téléphone, durant notre « meeting », au premier ministre du Québec Jean Charest ou à Laurent Beaudoin, président du plus important assisté social au pays, Bombardier, afin de leur prodiguer ses savants conseils sur la façon de gérer efficacement et lucidement l’État.

Vraiment trop beau pour être vrai. Je répète donc l’exercice initié dans mon précédent article en simulant une interview de L. Jacques Ménard et ainsi donner des idées de questions à mes amis journalistes à-plat-ventristes qu’ils n’ont jamais osé lui poser, de peur de le froisser et de le contrarier.

En passant, faut surtout pas oublier le L. avant Jacques, quand vous écrivez son nom. Admettez que Jacques Ménard sans le L. qui précède, ça fait commun, pour un homme aussi extraordinaire.

1. Monsieur Ménard, en 2011, la Banque de Montréal a réalisé un autre profit record de 3,3 milliards $ (Le Devoir, 7 décembre 2011) et un incroyable montant de 23,6 milliards $ pour les six grandes banques canadiennes. (Le Devoir, 9 décembre 2011). Bien évidemment, le fait que les banques canadiennes forment, selon la revue The Economist, « un oligopole confortable » fait que : « les Canadiens paient plus cher que les autres leurs services financiers et qu’il reste peu de place pour l’innovation ». (Les Affaires, 22 mai 2010). Pourtant, l’innovation n’est-elle pas un de vos nombreux cheval de bataille ? N’avez-vous pas demandé aux Québécois d’être plus productifs ? (Métro, 1er mars 2011). Avez-vous déjà pensé à exiger des banques d’être plus novatrices, avant de le demander aux Québécois ?

2. Monsieur Ménard, pouvez-vous s.v.p. prendre note du titre de ces deux articles publiés dans La Presse du 29 juillet 2008 : « Le Canada, paradis fiscal des entreprises » et du 5 mars 2010 : « Entreprises. Des taux d’imposition parmi les plus bas au monde ». Ça aussi, ça doit aider à engranger facilement des bénéfices records année après année, en plus d’avoir comme dirigeants de banques d’anciens ministres conservateurs, comme Jim Prentice et Michael Fortier et de compter sur d’anciens banquiers comme politiciens au parti libéral du Québec en Clément Gignac et Nicole Ménard.

Et, comme si ce n’était pas assez, vous demandez d’autres baisses d’impôts pour les entreprises, comme l’indique le titre de cet article du Devoir du 16 août 2011: « Les banques canadiennes veulent un assouplissement du régime fiscal ».

Ne pourrait-on pas plutôt faire comme ailleurs dans le monde et augmenter les impôts des banques et de leurs dirigeants ? Est-ce par « équité » que vous exigez des baisses d’impôts additionnelles ?

3. Puis, monsieur Ménard, êtes-vous vraiment sérieux, quand on lit le titre de cet article de journal : « BMO veut réformer les REER » (La Presse, 23 avril 2010) ?

Sachant qu’un seul Canadien sur quatre cotise annuellement à un régime enregistré d’épargne retraite (REER) pour une médiane de 2 800 $ l’an, votre banque trouve qu’une limite fiscale de la cotisation annuelle à 23 000 $, c’est profondément injuste pour les riches.

Je sais bien que les REER sont très payants pour votre banque, mais il y a une maudite limite, sachant que les REER coûtent chaque année en fonds publics au moins 20 milliards $ au fédéral et 4 milliards $ à Québec, pour accommoder des pachas.

Est-ce par solidarité que vous voulez déplafonner les REER ? Ne pourrait-on pas plutôt augmenter les pensions de vieillesse du fédéral plutôt que de consentir d’autres cadeaux fiscaux à vos riches sultans ?

4. Tiens, une question drôle pour alléger l’atmosphère. Dans La Presse du 17 novembre 2003, vous avez publié une autre merveilleuse opinion intitulée : « Faisons preuve d’imagination. Nous sommes arrivés à un tournant où l’État ne peut plus tout faire tout seul. »

Premièrement, l’État a-t-il déjà fait tout, tout seul, mistèr Ménard ?

Deuxièmement, l’État ne peut tout faire seul, mais vous, vous pouvez presque tout faire, tout seul, de l’éducation à la santé, à la syndicalisation, à la sous-traitance, à la fiscalité, aux critères psychologiques de la réussite, et j’en passe. Pouvez-vous m’expliquer ?

C’est vous qu’il nous faut comme premier ministre à la fois au fédéral et à Québec. Encore mieux, ne pourrait-on pas abolir les parlements et faire en sorte que l’État soit géré par vous et votre banque ? Vous êtes tellement à la fois pragmatique et lucide !

5. Chaque année les banques canadiennes, y compris la vôtre, détournez des milliards de revenus et d’impôts, autrement payables ici au Canada, dans les paradis fiscaux où vous comptez des centaines de filiales. Est-ce par « philanthropie » que vous vous adonnez allègrement à ces gestes vraiment criminels, avec la bénédiction de vos élus ?

Dans La Presse du 25 avril 2009, vous avez publié une autre opinion, intitulée : « Un drame humain. Au-delà des chiffres, la lutte contre le décrochage scolaire est une affaire de cœur ».

Et l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux que vous pratiquez et pour l’aide que vous prodiguez à vos clients fortunés pour faire de même, n’est-ce pas encore plus « un drame humain » ?

6. Je vous ai entendu dire, à la radio, à la télé, et un peu partout, que nous sommes la sommation des choix que nous faisons et que nous avons faits, dans le passé.

Monsieur Ménard, est-ce que tout le monde est égal, en termes de choix ? Les riches n’ont-ils pas plus de possibilités de choix que la classe moyenne et les pauvres, qui, très souvent, doivent s’accommoder des choix effectués par nos maîtres économiques ?

C’est quoi, le choix des employés « flushés » récemment lors de nombreuses fermetures d’usines ? C’est quoi, le choix d’un malade atteint d’un cancer, qui n’a pas les moyens d’aller au privé, et qui doit attendre plusieurs mois avant de passer un scan avant d’être opéré, quelques mois plus tard ? Est-ce par choix qu’il préfère attendre et prendre le risque d’en mourir ?

7. Oups, une autre de vos nombreuses opinions publiée dans La Presse du 4 mars 2010 intitulée: « L’éducation financière, une nécessité ». Une nécessité, vraiment, monsieur Ménard ?

Je vous en prie Jacques, soyons sérieux. Oh, oh, que vois-je dans Le Journal de Montréal du 18 mai 2007 : « Gaz naturel ». Le mauvais pari de BMO coûte 680 millions $ ; dans le J. de M. du 17 novembre 2004 : « La fin des recours légaux des anciens actionnaires des Expos. » Je suis triste, mais je n’ai aucun regret.

Dire que vous vous êtes fait emberlificoter comme un enfant d’école par l’Américain Jeffrey Loria, un vendeur d’œuvres d’art, que vous accusiez de fraude, vous, notre grand spécialiste en finance que nos gouvernements consultent régulièrement.

8. Terminons par une dernière question, monsieur Ménard, même si j’en aurais plein d’autres à vous poser. Je ne voudrais pas abuser de votre temps si précieux. Ah ben, pourquoi ne pas terminer en beauté en prenant le titre de cette autre opinion de vous-même publiée vous savez-où ; et ben oui dans La Presse du 22 novembre 2002: « Pour éviter les scandales », et cet autre article paru dans Le Devoir du 15 décembre 2002: « Pour une gouvernance plus éthique ». Le Devoir aussi vous aime et vous admire.

En parlant de scandales et d’éthique, puis-je vous référer, monsieur Ménard, au titre de ces quelques articles de journaux que j’ai ramassés dans mes vieux dossiers:

« Le commissaire fédéral de protection de la vie privée surveillera la Banque de Montréal ». (La Presse, 20 septembre 2003).

« Remboursement anticipé de prêts hypothécaires. La Cour autorise un premier recours collectif contre BMO ». (Le Devoir, 9 août 2008).

« Recours collectif contre MasterCard, Visa et des banques. Des commerçants se disent victimes d’une conspiration ». (Le Devoir, 30 mars 2011).

« Demande de recours collectif pour des frais bancaires illégaux » (Le Journal de Montréal, 31 mai 2005).

« Prêts hypothécaires: des banques auraient gonflé les pénalités ». (La Presse, 22 juin 2004).

J’ai plein d’autres articles que je pourrais vous prêter, monsieur Ménard, pour vos propres dossiers. De quoi parliez-vous au juste ? Ah oui, de rigueur, de scandales et d’éthique.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.