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Je veux qu’on m’enseigne pas qu’on me saigne
N° 308 - avril 2012
À partir de 2016-17, 6 000 étudiants à temps plein de moins par an
Un sacrifice financier démesuré et peu rentable
Gabriel Ste-Marie
Les économistes Jules Bélanger et Oscar Calderón de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) ont récemment publié une étude qui porte sur la hausse des droits de scolarité.

En 2016-2017, un étudiant au bac paiera 3 792 $ par année. C’est plus du double des droits de 2006-2007, qui étaient de 1 668 $. C’est sans compter les frais afférents, aujourd’hui à plus de 600 $ par an et qui varient selon les universités.

Cette hausse de droits incitera plusieurs jeunes à ne pas aller à l’université. Même si le nombre exact est difficile à estimer, les économistes parlent d’au moins 6 000 étudiants à temps plein par année en moins, à partir de 2016-2017.

Bélanger et Calderon calculent que ces hausses ne rapporteront pas beaucoup au gouvernement. C’est qu’ils tiennent compte de la hausse des coûts en prêts et bourses qui découle de l’augmentation des droits, sans oublier la hausse additionnelle des crédits d’impôts accordés aux étudiants ou à leurs parents.

Alors que le gouvernement affirme aller chercher 265 M$ par an, les chercheurs arrivent à 101 M$ en intégrant les déductions au calcul.

C’est une stratégie à courte vue, selon les données mêmes du ministère de l’Éducation. Ses Bulletins statistiques montrent que les diplômés universitaires ont des revenus plus élevés et connaissent un faible taux de chômage. Ceci fait en sorte que les diplômés versent plus de taxes et d’impôts à l’État.

En moyenne, et pour la durée de sa vie, le détenteur d’un bac verse à l’État presque un million $ de plus que celui qui a seulement son diplôme secondaire. Le sacrifice demandé par le gouvernement pour des revenus immédiats est tout à fait démesuré et va à l’encontre de l’intérêt de la population québécoise.

Avec la même méthode, les chercheurs de l’IREC chiffrent la gratuité scolaire. Pour 2008-2009, cette mesure aurait coûté 176 millions $ au gouvernement du Québec, ce qui représente à peine 1,2 % de son budget en éducation.

Pour arriver à ce montant, les économistes tiennent compte des économies que réaliserait le système de prêts et bourses, et aussi de la diminution des crédits d’impôts relatifs aux études postsecondaires. Ils ont également estimé et intégré à leur analyse que cette mesure aurait augmenté le nombre d’étudiants québécois d’un peu plus de 6 000, en équivalent temps plein.

Une autre partie de l’étude se penche sur le phénomène des étudiants canadiens et étrangers au Québec. Puisqu’ils ne contribuent pas à la fiscalité québécoise, les droits exigés sont nettement plus élevés. Les droits d’un étudiant canadien atteignent un peu moins de 6 000 $ par année. Ceux des étudiants étrangers environ 15 000 $.

En 2008-2009, les étudiants étrangers ont payé près de 30 % de l’ensemble des droits de scolarité, même s’ils étaient un peu plus de 15 000 sur un total de 192 000 étudiants, en équivalent temps plein. Les étudiants canadiens, presque 14 000, ont payé 13 % de l’ensemble des droits.

Les universités qui comptent un plus grand nombre d’étudiants étrangers encaissent plus de droits de scolarité. Les auteurs donnent en exemple Concordia, Bishop et HEC Montréal, où les droits représentent plus de 20 % de leurs revenus. À l’Université Laval et à l’Université de Montréal, c’est moins de 10 %.

Même si l’essentiel des revenus universitaires provient de nos impôts et taxes, le fait d’attirer des étudiants hors Québec est payant pour les universités et pour le gouvernement. Il n’est donc pas étonnant que leur nombre soit en ­progression.

La présence de ces étudiants dans nos institutions d’enseignement est bénéfique pour la formation de tous. Elle permet des échanges de culture et de points de vue intéressants.

Il ne faudrait toutefois pas en venir à voir les étudiants étrangers comme de simples vaches à lait pour le financement de nos universités, comme c’est le cas en Ontario. Dans son dernier budget, le gouvernement McGuinty disait compter sur les étudiants étrangers pour combler une bonne partie de son déficit. Il s’inspirait de l’Australie où « l’industrie des étudiants étrangers » constitue la troisième « industrie » en importance du pays.

Nous avons un système d’éducation postsecondaire de qualité, qui forme nos jeunes, qui pourront par la suite contribuer davantage au développement de notre société. Son modèle de financement ressemble plus à celui de l’Europe continentale qu’au modèle des pays anglophones. C’est-à-dire que les faibles droits de scolarité sont compensés par une charge d’impôts plus importante, où chacun est appelé à contribuer en fonction de sa capacité. Ce modèle est actuellement menacé. L’accessibilité aux études supérieures constitue une valeur précieuse dont le Québec ne saurait se priver.

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