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Les deux empires
N° 307 - mars 2012
L’environnementaliste a grandi à l’ombre des raffineries
L’avenir du Québec passe par l’indépendance énergétique
Pierre Dubuc
À la surprise générale, ses premières paroles, lorsqu’il fut présenté comme futur candidat du Parti Québécois, lors de son dernier Conseil national, ne concernaient pas l’environnement. Daniel Breton, connu comme porte-parole du mouvement Maître chez nous, 21e siècle, débuta son allocution en parlant des 700 travailleurs de l’usine Mabe de l’est de Montréal, dont on venait d’annoncer la fermeture.

« Comme je l’ai raconté, à ce moment-là, mon père, moi-même, et plusieurs autres membres de ma famille avons travaillé pour cette entreprise, qui s’appelait autrefois GE », m’explique Daniel, rencontré dans son restaurant asiatique préféré du centre-sud de Montréal.

Son adhésion au Parti Québécois a surpris. Plusieurs voyaient à Québec solidaire cet ancien directeur de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et co-fondateur du Parti Vert. D’autres, comme l’auteur de ses lignes et le SPQ Libre, n’avaient pas apprécié son arrivée en plein duel Marois-Duceppe et avaient monté en épingle sa présence, la fin de semaine précédente, au débat des chefs du NPD. « J’y étais à la demande de l’émission le Club de Ex », m’explique-t-il. Fin du malentendu.

Que Daniel ait travaillé chez Mabe n’est pas un hasard. Il a grandi dans l’est de Montréal. « À l’ombre des raffineries », précise-t-il. C’est de là qu’origine sa prise de conscience environnementale. « J’en ai vu des déversements, des accidents, des incendies. Des pétrolières envoyaient le tout dans le fleuve plutôt que de faire appel à Sanivan pour nettoyer les dégâts. »

Il en a des preuves. Daniel raconte : «?Je faisais de la compétition de planche à voile sur le Saint-Laurent et je me suis déjà retrouvé avec un quart de pouce de pétrole collé sous ma planche. »

Après des études universitaires en science politique et une longue expérience dans le domaine des communications, il est devenu le premier chroniqueur automobile environnementaliste. Son intérêt pour l’automobile a aussi des origines familiales. « La branche américaine de ma famille travaillait dans l’automobile à Détroit depuis 60 ans. J’en ai aussi qui travaillent à Oshawa. »

En 2003, Daniel Breton s’est engagé dans la lutte contre le projet d’Hydro-Québec de centrale au gaz naturel dans le Suroît. C’est là que lui est venue l’idée de fonder, avec d’autres personnalités intéressées à l’environnement, le mouvement Maîtres chez nous 21e siècle.

« Au même moment, il y avait également le projet de transfert du casino dans le sud-ouest qui rencontrait une vive opposition et on nous accusait d’immobilisme. Ce n’était vraiment pas le cas. On avait plein de projets de développement économique basés sur les énergies vertes. Les responsables du statu quo, ce n’était pas nous ! »

Daniel publie à ce moment-là le livre Maîtres chez nous, 21e siècle. Il accuse le gouvernement Charest de trahir l’héritage qui a donné la base industrielle du Québec et met de l’avant l’importance de l’indépendance énergétique, qui est, depuis, son cheval de bataille.

« C’est une vision différente du Québec, dont je fais la promotion. L’indépendance énergétique, ce sont des dizaines et des dizaines de projets dans tous les secteurs économiques, du forestier à l’agricole, et, bien entendu, dans le transport avec le monorail, les voitures hybrides. ».

Au Conseil national du Parti Québécois, il a eu cette formule choc en opposant sa vision d’indépendance énergétique à celle du Plan Nord : « Il faut arrêter de creuser des trous et se creuser plutôt les méninges ».

Une fois lancé sur ce sujet, Daniel est intarissable. « On pourrait ouvrir un énorme chantier d’efficacité énergétique. Il y a plein de vieilles bâtisses qui pourraient et devraient être isolées. Ça concerne aussi les nouveaux bâtiments. Notre code du bâtiment est désuet. Les nouvelles normes sont déjà dépassées. »

Dans sa campagne pour l’indépendance énergétique, Daniel ne craint pas de s’en prendre aux dirigeants en place. Par exemple, il n’est pas tendre pour le maire Labeaume, qui a balayé du revers de la main le projet de monorail. « C’est sans doute à cause de son projet de TGV. Le réseau des ingénieurs du Québec, qui regroupe 80 % des membres de la profession, s’est prononcé pour le monorail. Mais Labeaume fait son Ti-Jos Connaissant, comme s’il en savait plus que tout ce monde-là. »

Daniel va entreprendre une tournée du Québec pour faire la promotion du Parti Québécois et du projet énergétique inscrit dans son programme. Charest et Legault vont en prendre pour leur rhume. « Charest est dangereux pour notre économie et notre tissu social », lance-t-il.

Quant à Legault, il en a tiré la conclusion que l’indépendance énergétique ne l’intéresse pas. « Lors de la création de la CAQ, le 14 novembre dernier, Legault a déclaré que c’était une date importante, parce que c’était l’anniversaire de la fondation d’Air Transat. Il aurait plutôt dû dire que c’était la date anniversaire de l’élection-référendaire de 1962, il y a exactement 50 ans, sur le thème de Maîtres chez-nous », de nous dire celui qui veut une nouvelle campagne Maîtres chez nous pour le 21e siècle.

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