L'aut'journal
Le mercredi 16 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Les deux empires
N° 307 - mars 2012
Front commun de toutes les grandes bannières syndicales
L’enjeu est trop important pour ne pas être solidaires
Francis Ouellet*
Par le passé, nos pairs ont mené des combats pour nous offrir aujourd’hui une belle qualité de vie. À l’époque, plusieurs ont sacrifié leur vie et leur santé pour ce qu’ils croyaient juste. À ce moment-là, les combats n’étaient pas plus faciles, mais étaient plus équitables. Lors d’un conflit, chacun pouvait, avec les moyens qu’ils possédaient, avoir une influence sur le comportement de l’autre et augmenter les chances de régler les conflits rapidement.

Aujourd’hui, avec le financement de nos gouvernements dans des combats comme le nôtre – celui des travailleurs de Rio Tinto Alcan à Alma – en plus des financements mondiaux des entreprises dû à la mondialisation, il devient démesuré, voire impensable, de gagner un tel conflit. Mais devons-nous nous laisser écraser pour autant ?

Je suis fier aujourd’hui d’appartenir à la grande famille mondiale des travailleurs qui se développe présentement. Nous ne laisserons personne piller et détruire ce que nos ancêtres ont conquis par le passé.

Les grandes corporations, avec l’aide de nos gouvernements, préparent la population contre les syndicats depuis des années. Ils font passer les mouvements ouvriers comme des brutes dépassées par le temps. Ils essaient de faire croire à la population que les travailleurs n’ont pas besoin de se défendre, qu’eux sont là pour les protéger.

Pendant ce temps, les grandes entreprises nous dépouillent de nos richesses naturelles, négocient des contrats secrets avec nos gouvernements, se voient octroyer des subventions, des abris fiscaux, des prêts sans intérêt, des avantages hydro-électriques, des congés d’impôt etc.

Ces mêmes dirigeants, sous le couvert de la mondialisation et de la souplesse, nous font croire que, s’ils veulent demeurer en affaires, ils doivent diminuer les dépenses, couper les salaires, les fonds de pension, les avantages arrachées par des combats ouvriers depuis plusieurs générations.

Dans la même lancée, ces actionnaires se donnent des primes à coups de dizaines de millions qu’ils exportent à l’extérieur de notre pays. Ils se fixent des objectifs de production avec au-delà de 40 % de bénéfices nets. Ils cherchent à faire disparaître la classe moyenne pour la remplacer par la sous-traitance, sous-payée et sans avantages ni fonds de pension. Ils prétendent aimer leurs travailleurs et vouloir leur bien, et ils feraient tout, pour l’obtenir.

Assez c’est assez ! Nous devons reprendre le contrôle et exiger des emplois de qualité et plus de redevances en échange de nos ressources. La population est de plus en plus sensibilisée à notre combat et nous encourage à continuer cette bataille dans l’intérêt de notre communauté. Nous devons mettre un frein à la désinformation.

Le nivellement par le bas à un effet direct sur nos programmes sociaux. Considérant que le pouvoir d’achat diminue constamment, c’est la population au grand complet qui devra en payer le prix et se priver de plus en plus des services à la population tout en hypothéquant les générations futures. Quel monde désirons-nous laisser à nos enfants ?

Lors de la reconstruction de l’usine d’Alma, tous ont vanté le contrat social conclu avec les travailleurs, qui a permis la réussite du projet. Maintenant que l’usine est parmi les plus productives et les plus rentables de l’Amérique du Nord, les dirigeants veulent pomper une portion encore plus grosse des profits vers les poches des actionnaires.

Lors de la dernière négociation en 2006, Alcan avait laissé entendre que, si nous acceptions les offres, la deuxième phase – Alma II – serait construite et notre contrat de travail serait prolongé de 2011 à 2015.

Pourtant, même si les offres avaient été acceptées, le 30 décembre dernier, 24?heures avant la fin de notre contrat de travail, les dirigeants de RTA à l’usine Alma, nous ont jeté dehors, sans raison, avec des fiers-à-bras qui ne parlaient même pas notre langue, et nos effets personnels jetés dans sacs-poubelles. Avec une telle attitude, nous sommes en droit de se demander qui sont les barbares ? Où est Alma II ? Peut-on leur faire confiance?

Pourquoi tout cela ? Parce que nous avons dit « NON » à la sous-traitance et aux emplois à rabais.

Nous n’avons rien contre la bonne sous-traitance. Ils y a plus de 400 sous-traitants dans l’usine et nous n’avons jamais mis de sous-traitant à la porte. Nous n’avons jamais réclamé leurs jobs. Ce sont des soutiens de famille qui ont le droit de travailler et de gagner leur vie honorablement. Il y en a toujours eu et il y en aura toujours.

Présentement, nous sommes 780 travailleurs à gagner aux alentours de 75?000?$ par année. La compagnie désire donner à la sous-traitance les deux-tiers de ces emplois biens rémunérés.

Notre combat consiste à protéger les avantages consentis avec les années et donner la chance aux générations futures d’avoir une bonne qualité de vie. Il n’y a aucune demande salariale, aucun congé, rien concernant le fonds de pension. Nous désirons simplement conserver nos acquis pour les générations futures en échange de nos ressources.

Si nous perdons ce combat, les grosses corporations vont se servir de cet exemple pour faire la même chose partout sur le continent et sur le reste de la planète. Nous méritons une victoire claire et nette sur les actionnaires. La population doit soutenir ce combat pour l’avenir de nos régions et celui de nos enfants.

L’enjeu est si important que toutes les grandes bannières syndicales nationales et mondiales (Métallos, FTQ, CSN, TCA, SCFP et autres) ont choisi de déposer leur drapeau et faire front commun contre ces envahisseurs assoiffés de $$$.

Comme cela n’est pas arrivé souvent dans l’histoire, des travailleurs de provenances et d’allégeances diverses choisissent de s’unir, en oubliant leurs différends et les conflits passés.

Plusieurs ont compris l’importance de ce combat et ont choisi de donner une heure de leur temps, par semaine, pour cette cause, jusqu’à la fin du conflit. Que ce soit ici au Québec, les travailleurs d’ABI à Bécancour, ou en Ontario, ceux de l’US Steel Hamilton, ou encore, à l’autre bout du Canada, ceux de Kitimat en Colombie-Britannique, tous font preuve d’une solidarité sans précédent. Je ne peux tous les nommer. Il arrive de toutes parts des appuis moraux et financiers. Il en arrive d’Europe, d’Australie et des États-Unis.

Une chose se démarque, la bonne humeur de tous et chacun est contagieuse. Sur les lignes de piquetage tous s’entraident et s’encouragent. Ce lock-out nous aura permis de connaître des personnes avec qui nous n’aurions jamais échangé.

Cette vague de solidarité a été provoquée par la décision de la division Aluminium de RTA, avec la complicité des dirigeants de l’usine Alma, de décréter un lock-out. Elle évolue rapidement pour se transformer en raz-de-marée englobant tous les mouvements ouvriers de la planète. Les dirigeants de RTA ont réussi, à eux seuls, ce qu’aucun mouvement syndical n’aura réussi.

Ce qui me dégoûte le plus, c’est que ce sont des gens de la région qui ont concocté une telle manigance et ont choisi de prendre en otage toute la population de leur région, pour en faire bénéficier des intérêts étrangers et récolter au passage des bonus astronomiques.

Pendant ce temps, ou sont nos élus?? Vous savez, ceux que nous avons nommés pour nous défendre et nous représenter. Ils préfèrent se cacher, devant des gestes aussi honteux et l’impasse dans laquelle ils se sont mis.

Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus sensibilisés à l’importance que tous les travailleurs soient unis. Un jour, ce conflit aura une fin et soyez assurés que l’ensemble des travailleurs d’Alma seront présents pour aider d’autres confrères, comme par le passé, peu importe où ils se trouvent sur la ­planète.

*L’auteur est ouvrier à l’usine d’Alma

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.