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Intégration ou intégrisme ?
N° 306 - février 2012

Le gouvernement Charest n’est pas neutre dans le conflit
Alain Proulx
Si les travailleurs de RioTinto Alcan (RTA) à Alma sont en lock-out aujourd’hui pour assurer que les emplois de qualité ne soient pas progressivement transférés à la sous-traitance, c’est parce qu’il y en a un qui n’a pas fait correctement son travail : le gouvernement Charest.

En effet, le gouvernement libéral a négocié en secret, et sans aucune consultation, une convention de continuité lors de la vente de l’Alcan à Rio Tinto, une entreprise étrangère. Les termes de cette convention sur les niveaux d’emplois sont tellement vagues et imprécis que l’on est en droit de se demander si le gouvernement était conscient de ce qu’il signait et même de remettre en question ses intentions. Dans le communiqué rendu public à cette occasion, le 10 mai 2007, le ministre Raymond Bachand écrivait ;

« La convention de continuité signée entre le gouvernement du Québec et Alcan comporte de nombreuses clauses qui décrivent les obligations qu’un éventuel acquéreur d’Alcan devrait respecter envers le gouvernement à court et à long terme. »

Parmi ces obligations, le communiqué mentionne, entre autres, les éléments suivants :

« c. le maintien de niveaux d’emplois au Québec en conformité avec les engagements et plans d’Alcan alors en vigueur ;

e. le maintien des engagements financiers, de création d’emplois et autres engagements d’Alcan relativement au développement économique régional, tels qu’ils sont alors en vigueur au Québec. »

On connaît la suite. Au mois d’août 2007, les gouvernements fédéral et provincial ont entériné la vente d’Alcan à Rio Tinto et les membres du conseil d’administration d’Alcan ont empoché des primes de plus de 100 millions $.

Un peu plus d’un mois plus tard, le 20 septembre 2007, le premier ministre Jean Charest a procédé à la nomination de Daniel Gagnier à titre de directeur de son cabinet. Daniel Gagnier était à l’emploi d’Alcan depuis 1994. Il occupait les fonctions de vice-président principal, Affaires générales et externes.

À Ottawa, le ministre Jim Prentice, qui avait autorisé la vente d’Alcan lorsqu’il était ministre de l’Industrie, a quitté le gouvernement quelques années plus tard pour un emploi à la banque CIBC, la banque que Rio Tinto avait mandatée en juillet 2007 pour l’aider à prendre le contrôle de l’Alcan.

Mais revenons à la convention de continuité. Celle-ci accordait à RioTinto le renouvellement des droits hydrauliques sur la rivière Péribonka de 2034 à 2058, soit environ 1000 Mw, la reconduction d’un contrat d’énergie de 342 Mw de 2023 à 2045, un nouveau contrat de 225 Mw au tarif grande entreprise, la reconduction d’un contrat de vente d’énergie à Hydro-Québec de 2023 à 2045 et, finalement, un prêt de 400 millions $.

Rio Tinto devenait également entièrement propriétaire de trois barrages sur la rivière Saguenay pour un autre 1000 Mw additionnels.

Dans un tel contexte, il est clair que les travailleurs syndiqués d’Alma et toute la population du Québec sont en droit d’exiger aujourd’hui des précisions très claires sur le respect par Rio Tinto de cette convention de continuité sur la question du niveau d’emplois.

Quand la convention de continuité parle du « maintien de niveaux d’emplois au Québec en conformité avec les engagements et plans d’Alcan alors en vigueur », à combien d’emplois fait-on référence ? S’agit-il d’emplois RioTinto ou d’emplois de sous-traitance ?

Quant à l’autre volet de la convention de continuité, soit « le maintien des engagements relativement au développement économique régional tels qu’ils sont alors en vigueur au Québec », le gouvernement libéral considère-t-il que des emplois de sous-traitance à 15 $ de l’heure au lieu d’emplois Rio Tinto à 35 $ vont dans le sens du maintien du développement économique régional ?

Comme si cela n’était pas suffisant, le gouvernement donne son accord à la vente par Rio Tinto à Hydro-Québec de l’énergie rendue disponible par l’arrêt de la majeure partie de la production.

Cette vente vient complètement modifier le rapport de force en faveur de Rio Tinto dans ce conflit. L’électricité, c’est plus de 30 % des coûts de production d’une tonne d’aluminium.

L’électricité produite par les barrages d’Alcan, compagnie canadienne, aujourd’hui Rio Tinto, compagnie étrangère, a été épargnée de la nationalisation en 1962 parce qu’elle générait du développement économique.

Le ministre des Ressources naturelles de l’époque, René Lévesque, n’a sûrement pas permis à l’Alcan de conserver ses barrages dans la perspective d’éventuellement affamer des ouvriers et des ouvrières lors d’un lock-out et encore moins pour transformer des emplois bien rémunérés en des emplois donnés à la sous-traitance.

Le ministre Clément Gignac a déclaré qu’il n’entend pas s’immiscer dans ce conflit. Cela signifie qu’il autorise la compagnie à revendre à profit plus de 500Mw à Hydro-Québec. Et il veut nous faire croire qu’il ne s’immisce pas dans le conflit !

Un représentant syndical de RTA à Alma me disait : « C’est comme si nous, travailleurs en lock-out, on avait droit, en plus de notre chèque du fonds de défense, à l’assurance chômage. On entend déjà les hauts cris que plusieurs pousseraient. »

Le gouvernement libéral doit rapidement et clairement déclarer qu’il n’autorise pas Hydro-Québec à acheter l’énergie excédentaire de Rio Tinto.

Cela permettra de limiter la durée du conflit et corrigera à court terme les faiblesses de la convention de continuité intervenue lors de la vente d’Alcan. Le temps qu’on remette de l’ordre dans le contrôle sur nos ressources naturelles.

La lutte des travailleurs et des travailleuses de RTA à Alma est définitivement une lutte sociale qui mérite un large appui pour que cesse l’hémorragie des emplois de qualité gagnés grâce aux luttes de plusieurs générations de travailleurs et de travailleuses.

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