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Intégration ou intégrisme ?
N° 306 - février 2012
Intransigeance et déresponsabilisation résument l’attitude patronale
Sous-traitance et retraite : les dossiers majeurs de 2012
Piere Dubuc
Pour la CSN, 2012 sera une très grosse année de négociations dans le secteur privé. La moitié de nos syndicats du privé seront sur la ligne de front. Ça va de chez Bombardier aux grands hôtels, des ambulanciers aux garderies », de nous déclarer d’entrée de jeu Louis Roy, le président de la CSN, rencontré dans les bureaux de la Centrale, au 1201 de Lorimier.

« Ce ne sera pas une année facile », prévoit-il en faisant référence à ce qui risque d’être les deux thèmes majeurs de ces négociations, soit la sous-traitance et les régimes de retraite. Il en prend à témoin deux conflits en cours à la FTQ : le lock-out à l’usine Rio Tinto Alcan (RTA) à Alma et la fermeture de l’usine White Birch à Québec. Dans les deux cas, un mot résume, selon lui, l’attitude patronale : déresponsabilisation.

À Alma, comme chez de nombreux employeurs, la position patronale est, comme on la qualifie dans le jargon des relations de travail, le « core business ». RTA veut limiter le nombre de travailleurs de l’unité d’accréditation avec laquelle l’entreprise négocie directement au noyau d’employés nécessaires pour assurer l’essentiel de la production. Toutes les autres tâches connexes tombent sous la responsabilité de sous-traitants.

L’intransigeance patronale correspond à un important changement de stratégie économique. Dans un dossier récemment publié dans le Globe and Mail, on soulignait que de nombreuses entreprises « relocalisent » une partie de leurs activités en Amérique du Nord. Elles continuent, bien sûr, à desservir le marché chinois à partir de leurs installations dans ce pays, mais l’augmentation des salaires en Chine – 15 % par année – et la hausse du coût du transport rendent économiquement plus intéressante la production en Amérique du Nord.

Louis Roy me signale que le phénomène touche également le Mexique : « De nombreuses entreprises reviennent aux États-Unis à cause des hausses salariales obtenues par les travailleurs mexicains, des mesures protectionnistes américaines avec le Buy America Act et la perception d’une criminalité endémique au Mexique ».

Cependant, ces mêmes entreprises veulent diminuer leurs coûts salariaux aux États-Unis et au Canada pour rétrécir l’écart avec la Chine ou le Mexique. Le conflit à l’usine Électro-Motive Canada de London en Ontario, une filiale de Caterpillar, l’illustre bien. Malgré une augmentation des ventes et des profits records au troisième trimestre de 2011 et des prévisions de croissance des ventes de 20 % en 2012 pour un montant de 58 milliards US $ pour Caterpillar, le patron exige des employés de l’usine Electro-Motive des réductions de 50 % des salaires et des avantages sociaux.

Dans ce combat, face à des multinationales, le rapport de forces est souvent défavorable, particulièrement lorsque les patrons contournent l’esprit de la loi anti-scab comme c’est le cas à RTA à Alma avec un ratio de cadres d’environ 1 pour 4. « C’est quatre fois plus que dans le réseau de la santé ! », de souligner Louis Roy. Une donnée montée en épingle récemment par les médias de Quebecor pour tenter de discréditer le secteur public.

Dans ce contexte, Louis Roy ne croit pas qu’il suffira d’élargir la notion d’établissement pour revamper la loi anti-scab. « Pour un juge, un établissement est un lieu physique », souligne-t-il. Il propose plutôt « de statuer que le fruit du travail d’un syndiqué ne puisse pas être confié à un travailleur de remplacement durant un conflit de travail ».

Dans le débat sur la loi anti-scab, il s’oppose au troc demandé par le patronat. Ce dernier propose, en échange de modifications à la loi anti-scab, le vote secret pour l’accréditation syndicale. « Pas question !, s’insurge Louis Roy. D’abord, dans le cas de la loi anti-scab, pas question de troc. Il s’agit d’un rééquilibrage, de revenir à l’esprit de la loi. »

Il enchaîne : « Plusieurs de nos membres ne comprennent pas toujours les conséquences d’un vote secret pour l’accréditation. Un vote secret, ça semble plus démocratique. Mais, ça donne surtout au patron une période de temps pour intimider les travailleurs. Déjà, avec le régime actuel, on voit, dans les campagnes chez Couche-Tard, les moyens à la disposition de l’employeur pour empêcher la syndicalisation ».

« Et, il faut être bien clair, la fin de la syndicalisation est le prélude à la fin du syndicalisme », conclut-il.

Dans le cas des fonds de retraite, « la déresponsabilitation n’est pas seulement patronale. Cette attitude est largement partagée par les gouvernements fédéral et provincial », soutient le président de la CSN qui prône un pacte social syndicat, patronat et gouvernements.

« Présentement, on règle au cas par cas. Et on voit les résultats. Des travailleurs, comme à Chrysotile ou Résolu, qui subissent, à 70 ans, une baisse de 40 % de leurs prestations de retraite, ça n’a pas de bon sens ! »

La CSN propose de conserver, en l’enrichissant, un système reposant sur trois paliers. « Premièrement, l’épargne individuelle. Mais cela a ses limites. La faiblesse des cotisations aux REER le démontre amplement », reconnaît Louis Roy.

« Deuxièmement, un régime public grandement bonifié. Dans le secteur public, la moyenne des prestations est de 21 000 $. Cela veut dire qu’il y en a plusieurs qui touchent moins.

« Enfin, troisièmement, des régimes complémentaires. À cet égard, il faut une consolidation des régimes privés, avec une obligation pour les employeurs de contribuer. Ils en ont les moyens. Les petites caisses de retraite pourraient être regroupées dans des régimes sectoriels. »

Louis Roy reconnaît que « les comités de retraite ne se sont pas toujours signalés par la qualité de leur gestion » et il recommande de « donner mandat aux administrateurs des régimes sectoriels de ne pas rechercher le gain rapide à court terme, mais plutôt de baser leur gestion sur des prévisions pour les 20 ou 30 prochaines années. »

La CSN a appuyé Occupons Montréal !, mais son président déplore le genre de « refus culturel » des membres de ce mouvement à s’organiser véritablement. « L’indignation doit mener à l’action. Mais pour que celle-ci soit efficace, il faut une organisation. Sinon le bouillon de culture que le mouvement a représenté risque d’être récupéré par la droite. »

Louis Roy reconnaît que la réflexion sur la politique est difficile. « Quel véhicule politique soutenir ou créer ? Notre histoire est remplie d’exemples malheureux. Par contre, il est évident qu’il nous faut un relais au niveau politique. Il va donc falloir refaire le débat. »

Par contre, la réflexion est engagée à l’intérieur de la Centrale sur le renouveau du syndicalisme. « Aujourd’hui, alors que plusieurs contrats de travail sont d’une durée de 7 ou 8 ans, il arrive souvent que les nouveaux travailleurs, les nouvelles travailleuses, ne voient pas l’utilité du syndicat, particulièrement dans les usines où il n’y a pas de conflit majeur avec la direction. »

Cependant, les affrontements en vue, sur les questions de la sous-traitance et de la retraite en particulier, auront sans doute pour effet de réaffirmer, aux yeux de tous, la nécessité du mouvement syndical.

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