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Intégration ou intégrisme ?
N° 306 - février 2012
Pour le Pentagone et la présidence, aucune option n’est écartée
Attaquer l’Iran aurait des conséquences dévastatrices
Michel Chossudovsky
La Troisième Guerre mondiale n’est plus un concept abstrait. Les États-Unis et leurs alliés se préparent à lancer contre l’Iran une guerre avec un volet nucléaire aux conséquences dévastatrices.

Cette aventure militaire, dans le vrai sens du terme, menace l’avenir de l’humanité. Le modèle militaire mondial du Pentagone en est un de conquête du monde. La guerre contre l’Iran est sur la planche à dessin du Pentagone depuis plus de huit ans. Récemment, une nouvelle série de menaces et d’accusations ont été proférées à l’endroit de Téhéran. Une guerre non déclarée (« war of stealth ») est déjà enclenchée. Des agents de renseignement du Mossad sont sur le terrain. Des formations paramilitaires clandestines sont envoyées en Iran et des drones de la CIA sont déployés.

Pendant ce temps, Washington, Londres, Bruxelles et Tel-Aviv ont lancé des initiatives de déstabilisation spécifiques visant à « étouffer l’Iran sur le plan diplomatique, économique et financier ».

Ce nouveau battage diplomatique, couplé à la menace de sanctions économiques, a également contribué à une aura d’incertitude sur le marché du pétrole brut, ce qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour l’économie mondiale.

Entre-temps, les entreprises médiatiques se sont lancées dans une opération renouvelée de propagande relative au présumé programme nucléaire iranien en mettant l’accent sur des « activités possiblement liées au déploiement d’armements ».

Dernièrement, le président Barack Obama a rencontré Ehoud Barak, le ministre israélien de la Défense, en privé, derrière des portes closes. On ne doit pas sous-estimer l’importance de cette réunion privée. Des reportages suggèrent qu’on y a débattu d’une possible attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran.

Dans un article du journal Haaretz, l’analyste politique Amir Oren a vu dans cette réunion un « feu vert » donné à Israël pour lancer une guerre totale contre l’Iran :

« Se pourrait-il, écrit-il, que dans l’histoire d’Israël, on se souvienne de la réunion d’une demi-heure vendredi dernier entre le président des États-Unis et le ministre de la Défense Ehoud Barak à l’hôtel Gaylord de National Harbor comme du moment où Barack O. a donné le feu vert à E. Barak pour attaquer l’Iran, pour le meilleur ou pour le pire ? […] Peut-on y voir un flashback des pourparlers entre le ministre de la Défense Ariel Sharon et le secrétaire d’État états-unien Alexander Haig à Washington en mai 1982, qui avaient donné à Israël l’impression (erronée) que les États-Unis autorisaient Israël à entrer en guerre avec le Liban […]

« Après cette rencontre privée, Obama s’est adressé à la Plénière biennale de l’Union for Reform Judaism et a rassuré son public en affirmant que la « coopération entre nos armées [et nos services de renseignement] n’a jamais été si forte » ».

Obama a souligné le fait que l’Iran constitue une « menace à la sécurité d’Israël, des États-Unis et du monde entier ». Il a ajouté : « C’est pour cela que notre politique est très claire : nous sommes déterminés à empêcher l’Iran de se procurer des armes nucléaires. Et c’est pourquoi nous avons imposé les sanctions les plus complètes et percutantes que le régime iranien ait jamais affrontées. Et, rassurez-vous, c’est pour cette raison que nous n’écartons aucune option. »

Durant les dernières semaines, les tabloïds états-uniens ont été littéralement couverts de déclarations d’Hillary Clinton et du secrétaire à la Défense Leon Panetta selon lesquels: « Aucune option n’est écartée ».

Panetta a toutefois indiqué qu’« Israël ne devrait pas envisager d’action unilatérale contre l’Iran », et que « toute opération militaire d’Israël contre l’Iran doit être appuyée par les États-Unis et coordonnée avec eux ».

L’expression « Aucune option n’est écartée » indique que les États-Unis envisagent non seulement une attaque contre l’Iran, mais aussi que cette attaque pourrait inclure l’utilisation d’armes nucléaires tactiques antiblockhaus ayant une capacité explosive de trois à six fois celle d’une bombe d’Hiroshima.

Cruelle ironie du sort, pour riposter au programme d’armement nucléaire inexistant de l’Iran, on envisage d’utiliser contre lui ces bombes nucléaires « humanitaires » et « pacificatrices » « fabriquées aux États-Unis », lesquelles, selon des « avis scientifiques » d’experts sous contrats avec le Pentagone, sont inoffensives pour les populations civiles environnantes.

Alors que l’Iran ne possède pas d’armes nucléaires, on mentionne rarement le fait que cinq « États (officiellement) non nucléarisés », soit l’Allemagne, la Belgique les Pays-Bas, l’Italie et la Turquie, possèdent des armes nucléaires tactiques fabriquées aux États-Unis et déployées sous commandement national sur leurs bases militaires respectives. On prévoit utiliser cet arsenal nucléaire contre l’Iran.

Ces bombes B61 tactiques, stockées dans ces cinq « États non nucléarisés », ont pour objectif des cibles au Moyen-Orient. Conformément à des « plans de frappe de l’OTAN », ces bombes B61 antiblockhaus thermonucléaires seraient lancées contre la Russie ou des pays du Moyen-Orient comme la Syrie et l’Iran (cité dans National Resources Defense Council, Nuclear Weapons in Europe, février 2005).

Ces « États nucléarisés non déclarés », qui accusent sans preuves documentées Téhéran de développer des armes nucléaires, ont eux-mêmes la capacité de lancer des ogives nucléaires sur l’Iran, la Syrie et la Russie.

C’est Israël plutôt que l’Iran qui constitue une menace à la sécurité mondiale. Israël possède entre 100 et 200 ogives nucléaires stratégiques, toutes déployées contre l’Iran.

Déjà, en 2003, Washington et Tel-Aviv confirmaient leur collaboration au « déploiement de missiles de croisière Harpoon pour la flotte israélienne de sous-marins de classe Dolphin. Ces missiles, fournis par les États-Unis, étaient armés d’ogives nucléaires ».(The Observer, 12 octobre 2003).

Selon le général russe Leonid Ivashov : « Depuis octobre 2006, l’armée et les cercles politiques israéliens parlent ouvertement de la possibilité de lancer des missiles et d’effectuer des frappes nucléaires contre l’Iran, et G. Bush a immédiatement appuyé l’idée. À l’heure actuelle [2007], on vante les mérites des frappes nucléaires sous la forme d’une ‘’ nécessité ‘’. On apprend au public à croire qu’une telle possibilité n’a rien de monstrueux et qu’au contraire, une frappe nucléaire est tout à fait réalisable. On prétend qu’il n’y a aucun autre moyen d’arrêter l’Iran. »

Il convient de noter qu’au début du second terme de Bush, le vice-président Dick Cheney avait dit très clairement que l’Iran était « en tête de liste » des ennemis voyous des États-Unis et qu’Israël allait, pour ainsi dire, « bombarder à leur place », sans que les États-Unis ne mettent de pression pour « qu’ils le fassent » et sans s’engager militairement.

Les règles et directives de l’Armée étas-unienne régissant l’utilisation des armes nucléaires ont été « libéralisées » (par exemple, elles ont été « déréglementées » par rapport à celles qui prévalaient durant la guerre froide). La décision d’utiliser des armes nucléaires tactiques contre l’Iran ne dépend plus du Commandant en chef Barack Obama. Il s’agit d’une décision strictement ­militaire.

La nouvelle doctrine stipule que le Commandement, le Contrôle et la Coordination (CCC) concernant l’utilisation d’armes nucléaires doivent être « souples », afin de permettre aux différents commandants de combat de décider ou non de l’utilisation d’armes nucléaires et à quel moment le faire.

La « communauté internationale » a cautionné une attaque contre l’Iran au nom de la paix mondiale. « Rendre le monde plus sécuritaire » constitue la justification pour lancer une opération militaire qui pourrait résulter en un holocauste nucléaire.

Alors que l’on peut concevoir la perte de vies et la destruction résultant des guerres actuelles, incluant celles d’Irak et d’Afghanistan, il est impossible de comprendre entièrement la dévastation que pourrait entraîner une Troisième Guerre mondiale employant de « nouvelles technologies » et des armes sophistiquées, dont des bombes nucléaires, avant que cela ne se produise et ne devienne une réalité.

Une attaque contre l’Iran aurait des conséquences dévastatrices. Elle déclencherait une guerre régionale totale de l’est de la Méditerranée à l’Asie centrale, conduisant peut-être l’humanité à un scénario de Troisième Guerre mondiale.

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