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Faut pas perdre le nord !
N° 305 - décembre 2011

Le modèle universitÉ inc. recrée les classes sociales
Gabriel Ste-Marie
Éric Martin et Maxime Ouellet, tous deux diplômés en sciences politiques, viennent de publier un livre – Université inc. (Lux, éditeur) – qui dénonce les hausses des droits de scolarité. Le gouvernement Charest a annoncé une augmentation de ces frais de près de 75 % sur cinq ans. À terme, ils représenteront 3800 $ par année.

L’essai identifie les promoteurs du dégel et classe leurs arguments autour de mythes qu’ils expliquent et réfutent. Ils se réfèrent aux propos de politiciens comme Jean Charest, Line Beauchamp, Raymond Bachand, François Legault, Lucien Bouchard et Joseph Facal, tout comme à l’ancien recteur de l’Université de Montréal, Robert Lacroix, du banquier Jacques Ménard et à des membres de l’Institut économique de Montréal comme Claude Montmarquette, Germain Belzile et Mathieu Laberge.

Les auteurs montrent que ces promoteurs partagent tous le credo néolibéral, soit celui d’une société avec moins de coopération et plus de concurrence entre les individus. Ce modèle appliqué aux universités signifie moins de diplômés et moins d’accessibilité, surtout pour les jeunes provenant de milieux moins fortunés et moins scolarisés.

Martin et Ouellet montrent qu’après les hausses des droits de scolarité, faire un bac coûtera l’équivalent de 10 % des revenus annuels de la famille type. Pour les familles où les parents n’ont pas de diplôme universitaire, ce sera 22 %. Cette barrière culturelle et monétaire restreint la mobilité sociale. Pour les auteurs, le meilleur moyen de financement, qui donne une chance à tous, demeure l’impôt progressif.

Ils démontrent également que le système universitaire n’est aucunement sous-financé. Mis à part les États-Unis et la Corée du Sud, tous les pays de l’OCDE ont une dépense par étudiant universitaire moins élevée qu’au Québec ! Cette donnée inclut autant la partie publique que privée du financement.

Le Québec consacre 1,94 % de son produit intérieur brut aux universités. En Ontario, c’est 1,76 % et la moyenne canadienne sans le Québec est à 1,58 %. Au Québec, les universités sont très bien financées. Le problème : Le financement va de moins en moins à l’enseignement.

Les auteurs expliquent que les universités délaissent l’enseignement au profit de la recherche. Cette nouvelle orientation démultiplie les dépenses bureaucratiques. Il faut gérer les demandes de subventions et la façon dont elles sont dépensées, gérer les enjeux légaux liés aux brevets, tout comme les transferts technologiques des universités vers les entreprises.

Entre 1980 et 2004, les subventions et contrats de recherche des universités sont passés de 120 millions $ à 1,4 milliard $ ! Il y a aussi la haute direction des universités qui se verse une rémunération sans cesse croissante. Entre 1997 et 2004, Martin et Ouellet indiquent que la masse salariale du personnel de direction et de gérance s’est accrue de 83 % !

Les professeurs se tournent vers la recherche, activité plus lucrative, et délaissent la transmission du savoir. Les auteurs s’indignent du fait qu’aujourd’hui, les professeurs n’enseignent même pas la moitié des cours de bac, déléguant l’enseignement aux chargés de cours, souvent moins formés, moins payés et à statut précaire. Le système universitaire québécois n’a pas besoin de frais de scolarité additionnels, mais doit revenir à sa mission d’enseignement.

Les jeunes politicologues mettent en garde contre l’idée d’instaurer un système de remboursement proportionnel au revenu. C’est ce qu’ont fait le Royaume Uni et l’Australie. Rapidement, cette méthode a servi de prétexte au gouvernement pour retirer de plus en plus de financement public, avec comme résultat un endettement étudiant qui a explosé, pouvant même atteindre 200 000 $ par personne en Australie ! Les premières gagnantes de l’endettement étudiant sont les institutions financières.

Pour les auteurs, la bonification du système de bourses est un leurre, puisque trop d’étudiants à revenus modestes n’y sont pas admissibles. Les droits de scolarité ont déjà été augmentés dans la plupart des provinces canadiennes, avec pour conséquence qu’en 2009, l’étudiant canadien moyen a terminé son bac avec un endettement de 27 000 $, contre 15 000 $ au Québec.

Les provinces qui, comme l’Ontario, ont davantage augmenté les frais en médecine, en dentisterie et en droit connaissent aujourd’hui une forte corrélation entre l’origine sociale et la discipline universitaire choisie.

Les statistiques montrent que l’accroissement des droits de scolarité restreint l’accès à l’éducation supérieure. Elles montrent aussi que les universités québécoises sont déjà parmi les mieux financées au monde. Il n’y a pas de raison d’augmenter les frais de scolarité.

Les partisans des hausses partagent tous la même idéologie : ils veulent une société où les individus sont en perpétuelle concurrence les uns face aux autres, et où il y a beaucoup de perdants et quelques gagnants. Pour ce faire, ils prêchent l’éloignement du modèle fondé sur la coopération et la solidarité, où tous peuvent gagner.

Université inc., Éric Martin et Maxime Ouellet, Lux éditeur, 2003

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