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Faut pas perdre le nord !
N° 305 - décembre 2011
Un scandaleux cadeau libéral de 600 millions $
Le Québec est un euphorisant pour les pharmaceutiques
Léo-Paul Lauzon
Pendant que le gouvernement libéral de Jean Charest demande et exige de la population, au nom d’une pseudo-solidarité, de payer plus de TVQ, et qu’il tarifie tous les services publics abondamment, il fait cadeau d’au moins 600 millions $ l’an à la riche et puissante industrie pharmaceutique, constituée de multinationales, comme Pfizer, Merck et Bristol-Myers Squibb, qui sont plus importantes financièrement que le Canada.

Pendant que Charest et compagnie gave les pharmaceutiques milliardaires de fonds publics, notre système de santé public, dangereusement sous-financé, tue. Les gens meurent dans l’attente d’une opération ou d’un scan ; les cancéreux d’Abitibi, de Sept-Îles ou de Gaspé doivent se déplacer à Montréal ou à Québec pour leur chimiothérapie ou leur radiothérapie ; les malades n’ont pas de chambre d’hôpital et sont cordés à la queue-leu-leu dans les couloirs ; on attend plus de 20 heures à l’urgence ; la majorité de la population n’a pas de médecin de famille, et pour consulter un spécialiste, faut parfois compter douze mois, et j’en passe.

Le patronat, les politiciens, les économistes et les universitaires de service nous répètent souvent que le modèle québécois coûte cher et que l’on n’a plus les moyens de le maintenir.

Ce sont ces mêmes zouaves qui nous enjoignent, au nom de la compétitivité inter-provinciale, d’adopter des politiques économiques, fiscales et sociales concurrentielles avec l’Ontario. Ben justement, comparons le modèle québécois avec l’Ontario.

Le Québec est la seule province à accorder 15 ans de protection aux médicaments brevetés, soit 2 ans de plus qu’ailleurs. Comme Québec rembourse à gros prix pendant deux ans de plus que dans les autres provinces les médicaments d’origine, au lieu de défrayer le prix des génériques (ces copies conformes des médicaments brevetés), ça fait que ça lui coûte la modique somme de 400 millions $ l’an de plus qu’en Ontario pour absolument rien, si ce n’est que d’obtempérer aux lobbyistes, issus souvent de la famille libérale, et d’enrichir indûment cette industrie qui finance grassement le parti libéral du Québec à même les fonds publics du monde ordinaire. Des montants substantiels que l’on pourrait investir directement dans notre système de santé publique.

Un article de La Presse du 17 juillet 2010 s’intitulait ainsi : « Règle des 15 ans en pharmaceutique. Québec en réflexion ». Ils sont plus prompts et plus courageux pour déréglementer le marché du travail et taxer le monde ordinaire de toutes les façons imaginables et toujours de façon régressive. Eh bien, après avoir réfléchi pendant plus d’un an, le gouvernement libéral du Québec vient de rendre sa décision : « Secteur pharmaceutique. La règle de 15 ans ne sera pas réévaluée » (La Presse, 27 octobre 2011). Tout simplement odieux comme décision, et pas un éditorial et pas une chronique pour dénoncer ce geste hautement criminel. Merde, on demande juste de faire comme en Ontario. Suis-je un dangereux communiste révolutionnaire armé pour autant ?

Pour tenter de défendre cette décision indéfendable, Jacques Delorme, du ministère des Finances, dans l’article de La Presse du 27 octobre 2011, nous a pondu l’énormité voulant que le gouvernement ne puisse pas calculer les coûts et avantages de cette politique, que seul le Québec applique, puisqu’il n’a pas eu accès à, tenez-vous bien, « l’algorithme complexe de Statistique Canada ».

Algorithme complexe mon cou. Nous servir une telle explication relève du mépris et de l’insulte. Une simple analyse comptable différentielle aurait pu permettre de calculer les coûts versus les avantages. Mais, comme il n’y a aucun avantage, le petit monsieur nous a sorti cet argument débile et primaire.

Il aurait pu demander à l’Ontario une copie de leurs calculs. Charest a-t-il utilisé l’algorithme complexe pour accorder de nouveaux tarifs d’électricité aux alumineries Alcoa et Alouette pour leurs investissements qui vont créer des emplois en « moins », et pour les milliards de dollars de fonds publics qu’il s’apprête à dépenser dans son fameux « Plan Nord ».

Puis, le même minusque, Jacques Delorme, nous a sorti le mensonge gros comme deux bras des investissements en recherche des pharmaceutiques brevetés au Québec afin de justifier cette dilapidation d’argent collectif.

Puis-je référer le pantin à l’article du Devoir du 9 juillet 2010 intitulé : « Merck ferme son laboratoire montréalais. La cessation des activités entraînera 180 suppressions d’emplois » et à celui de La Presse du 10 novembre 2010 : « Merck au Canada. De la recherche… sans laboratoire ». Je suppose que Merck va faire de la recherche fondamentale en santé dans un autobus ou dans une tente-roulotte. Monsieur Delorme, pas besoin d’algorithme pour retracer ces articles de journaux. Puis, il y a le titre de ces deux articles qui viennent contredire les faussetés du ti-coune du ministère des Finances qui répète religieusement ce que son ministre lui a dit de dire :

« Ratiopharm. Licenciements à Mirabel. Fermeture de son centre de recherche qui entrainera une cinquantaine de pertes d’emplois » (La Presse, 5 novembre 2010) ;

« Autre coup dur pour la recherche à Montréal. Pfizer élimine 150 postes » (La Presse, 3 février 2011);

« Pharmaceutique. Labopharm supprime 23 autres emplois » (Le Devoir, 19 juillet 2011).

Le maintien de la règle de 15 ans coûte au minimum 400 millions $ l’an au trésor québécois puisqu’en délaissant un seul médicament, le Lipitor (cholestérol) de Pfizer au profit d’un médicament générique ferait que : « Lipitor : Québec pourrait épargner jusqu’à 225 millions de dollars par an grâce aux médicaments génériques » (Les Affaires, 6 mars 2010).

Les pharmaceutiques génériques sont aussi voleuses que les pharmaceutiques de pilules brevetées. Ce qui fait qu’en Ontario, en 2010, le premier ministre Dalton McGuinty a décidé, au nom des intérêts supérieurs de la collectivité, d’abaisser le prix des génériques à 25 % du prix du médicament breveté, ce qui va permettre à l’Ontario d’économiser 500 millions $ par année et des économies substantielles de 300 millions $ l’an seront au rendez-vous si Québec ne fait qu’appliquer la même règle qu’en Ontario : « Médicaments génériques. L’ Ontario joue les précurseurs. Des économies de 300 millions $ l’an sont envisagées au Québec » (La Presse, 9 avril 2010).

Naturellement, les compagnies génériques et les pharmaceutiques ont grimpé dans les rideaux et ont sorti l’artillerie lourde en Ontario. Qu’à cela ne tienne : « Ontario. Le premier ministre reste indifférent » (Journal de Montréal, 14 avril 2010). Bravo monsieur McGuinty qui vient d’être réélu. Pourtant, monsieur McGuinty n’est pas un socialiste pur et dur qui veut tout étatiser.

Au Québec, c’est pas pareil, et le modèle québécois est intraitable pour maintenir les grosses vaches sacrées des bonzes. Ça fait que, de connivence avec Charest et les libéraux, les profiteurs ont, avec leurs médias comme haut-parleurs fait peur au monde comme dans : « Coût des médicaments. Les fabricants de génériques brandissent les menaces » (La Presse, 30 juin 2010) et aussi « Les pharmaciens propriétaires menacent de réduire leurs services » (Le Devoir, 9 novembre 2010).

Que dire des pressions de Jean Coutu : « L’exemple ontarien inquiète le Groupe Jean Coutu » et « Médicaments génériques. Jean Coutu veut des mesures transitoires » (La Presse, 7 juillet 2010). Enfin, il y a eu aussi celle-ci : « Médicaments génériques. L’industrie menace d’annuler des investissements » (Le Devoir, 30 juin 2010).

Ce chantage éhonté des arnaqueurs, l’Ontario en a fait fi et il n’aurait absolument pas été toléré dans plusieurs pays, mais au Québec oui, car le gouvernement libéral est complice de ceux qui nous taxent continuellement.

Cédant aux pressions des lobbyistes, des pharmaciens et des pharmaceutiques avec qui le gouvernement libéral du Québec est en quelque sorte lié, Charest a ramené le prix des génériques à 50 % du prix des médicaments d’origine au lieu de les abaisser à 25 % comme en Ontario.

Résultat, au lieu d’épargner plus de 300 millions $ l’an : « Québec épargnera 164 millions $ » (La Presse, 6 novembre 2010). Et comme si ce n’était pas assez cynique, la modique baisse du prix des génériques sera progressive, ce qui revient à dire que dans beaucoup de cas, il n’y en aura pas de diminution du prix des génériques : « Médicaments génériques. Québec revient sur son engagement » (La Presse, 6 novembre 2010). Vraiment écœurant, si vous voulez mon avis, et même si vous ne le voulez pas !

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