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N° 304 - novembre 2011
Une boîte de service-conseil forme des groupes d’opposition dans 40 pays
La révolution spontanée est un métier qui s’enseigne
Michel Chossudovsky
Un mouvement de protestation populaire, Occupy Wall Street, se développe à travers les États-Unis, avec des gens en provenance de tous les milieux et de tous les groupes d’âge, conscients qu’un changement social est nécessaire.

Dans sa forme actuelle, ce mouvement est-il un instrument de réforme significative et de changement social aux États-Unis ? Le mouvement a-t-il été coopté, en partie ou en entier ?

Il s’agit de questions importantes qui doivent être abordées par ceux qui font partie du mouvement Occupy Wall Street et ceux qui, partout aux États-Unis, au Canada et au Québec, appuient la véritable démocratie.

Une partie des gains financiers frauduleux obtenus à Wall Street dans les dernières années ont été recyclés dans les fondations et organisations caritatives exonérées d’impôts appartenant aux élites. Ces gains financiers fortuits n’ont pas été utilisés uniquement pour acheter des politiciens, mais ont aussi été acheminés aux ONG, aux instituts de recherche, aux centres communautaires, aux groupes confessionnels, aux environnementalistes, aux médias alternatifs, aux groupes de défense des droits humains, etc.

L’objectif ultime est de « fabriquer la dissidence » et d’établir les limites d’une opposition « politiquement correcte ». Par ailleurs, bien des ONG sont infiltrées par des informateurs agissant au nom de services de renseignement occidentaux. En outre, un segment de plus en plus important des médias alternatifs progressistes sur Internet est devenu dépendant du financement de fondations et d’organisations caritatives privées.

« La dissidence fabriquée » vise en même temps à promouvoir les divisions sociales et politiques (par exemple à l’intérieur des partis politiques et des mouvements sociaux, et entre ceux-ci). Cela encourage la création de factions au sein de chaque organisation.

Au cours des trente dernières années, la plupart des organisations progressistes fondées après la Seconde Guerre mondiale, incluant la « gauche » européenne, ont été transformées et remodelées. Le système de « libre marché » (néolibéralisme) constitue le consensus de la « gauche ». Cela s’applique entre autres au Parti socialiste en France, au Parti travailliste en Grande-Bretagne, au Parti social-démocrate en Allemagne, sans oublier le Parti vert en France et en Allemagne.

Aux États-Unis, le bipartisme n’est pas le produit d’une entente entre deux partis. Une poignée de puissants lobbys d’entreprise contrôlent à la fois les Républicains et les Démocrates.

En outre, les hauts dirigeants de l’AFL-CIO ont aussi été cooptés par l’establishment d’affaires, contre la base du mouvement ouvrier états-unien.

Ils assistent aux réunions annuelles du Forum économique mondial de Davos et collaborent à la Table ronde des entreprises. Toutefois, la base du mouvement ouvrier états-unien cherche à mettre en œuvre des changements organisationnels dans le but de démocratiser leurs syndicats.

Les élites économiques, qui contrôlent les grandes fondations, supervisent également le financement de nombreuses organisations de la société civile historiquement engagées dans les mouvements de protestation contre l’ordre économique et social établi. Les programmes de bien des ONG (incluant celles engagées dans le mouvement Occupy Wall Street) comptent sur le financement de fondations privées, dont, entre autres, les fondations Ford, Rockefeller, MacArthur et Tides.

Au cours l’histoire, le mouvement antimondialisation, ayant émergé dans les années 1990, s’est opposé à Wall Street et aux géants texans du pétrole, contrôlés par les Rockefeller et al. Pourtant, au fil des ans, les fondations et organisations caritatives des Rockefeller, Ford, etc. ont généreusement financé les réseaux progressistes anticapitalistes, ainsi que les environnementalistes (opposés aux grandes pétrolières), dans le but ultime de contrôler leurs diverses activités.

Au cours de la dernière décennie, les « révolutions de couleur » ont émergé dans plusieurs pays. Elles ont été ourdies par les services de renseignement des États-Unis dans le but d’appuyer clandestinement des mouvements de protestation et provoquer un « changement de régime » en vertu d’un mouvement démocratique.

Les « révolutions de couleur » sont soutenues entre autres par le National Endowment for Democracy, l’International Republican Institute et Freedom House. L’objectif de telles « révolutions » est de fomenter des troubles sociaux et d’utiliser le mouvement de protestation pour mettre en place un gouvernement pro-états-unien.

Lors du « printemps arabe » égyptien, les principales organisations de la société civile, dont Kifaya ! (Assez !) et le Mouvement de la Jeunesse du 6 avril, ont non seulement reçu l’appui de fondations américaines, mais elles bénéficiaient également de l’approbation du Département d’État états-unien.

Les dissidents du Mouvement de la Jeunesse du 6 avril, lequel a été durant plusieurs années en liaison permanente avec l’ambassade des États-Unis au Caire, ont été entraînés par le Centre for Applied Non Violent Action and Strategies (Centre d’action et de stratégies non-violentes appliquées, CANVAS) une firme serbe de formation et d’experts-conseils spécialisée dans la « révolution », appuyée par Freedom House et le National Endowment for Democracy.

CANVAS a été créé en 2003 par OTPOR, une organisation serbe soutenue par la CIA et ayant joué un rôle central dans la chute de Slobodan Milosevic, dans la foulée des bombardements de l’OTAN en Yougoslavie en 1999, et dans l’installation d’un gouvernement serbe, financé par les États-Unis et l’OTAN. Cela a ouvert la voie à la séparation du Monténégro de la Yougoslavie, à l’établissement de la base militaire états-unienne Bondsteel et, ultimement, à la formation d’un État mafieux au Kosovo.

En août 1999, la CIA aurait mis en place un programme de formation pour OTPOR dans la capitale bulgare, Sofia. Le programme, divisé en différentes phases, flatte au départ le patriotisme serbe et l’esprit d’indépendance. Mais, après avoir semé la confusion et brisé l’unité du pays, la CIA et l’OTAN allaient aller beaucoup plus loin.

Aujourd’hui, le Centre for Applied Non Violent Action and Strategies (CANVAS) d’OTPOR se décrit comme « un réseau international de formateurs, et d’experts-conseils » impliqué dans « le commerce de la révolution ». Financé par le National Endowment for Democracy, il constitue une boîte de services-conseils qui, dans plus de 40 pays, conseille et forme des groupes d’opposition financés par les États-Unis.

En Égypte, le Mouvement du 6 avril et Kifaya (Assez !) ont reçu auparavant une formation de CANVAS à Belgrade « en stratégies de révolution non violente ». « Les tactiques utilisées par le Mouvement du 6 avril et Kifaya “ sortaient tout droit du plan de formation de CANVAS ” ». (Cité dans Tina Rosenberg, Revolution U, Foreign Policy, 16 février 2011.)

Il convient de noter la similarité entre les logos ainsi que les noms des « révolutions de couleur » organisées par CANVAS et OTPOR. Le Mouvement du 6 avril en Égypte a employé le poing fermé comme logo et Kifaya (Assez !) a le même nom que le mouvement jeunesse de protestation soutenu par OTPOR en Géorgie, appelé Kmara ! (Assez !). Les deux groupes ont été entraînés par CANVAS.

CANVAS et OTPOR sont actuellement engagés au sein du mouvement Occupy Wall Street.

Plusieurs organisations clés également actives dans ce mouvement ont joué un rôle notoire dans le « printemps arabe ». Fait significatif, Anonymous, le groupe d’hacktivistes actifs dans les médias sociaux, s’est engagé dans des cyberattaques contre des sites Web du gouvernement égyptien au plus fort du « printemps arabe ».

En mai 2011, Anonymous a mené des cyberattaques contre l’Iran. En août dernier, il a livré des attaques similaires contre le ministère syrien de la Défense. CANVAS et Anonymous sont maintenant activement engagés au sein du mouvement Occupy Wall Street.

Il reste à évaluer le rôle précis de CANVAS dans ce mouvement. Ivan Marovic, un leader de CANVAS, qui s’est adressé récemment au mouvement de protestation Occupy Wall Street à New York, a reconnu dans une déclaration antérieure qu’il n’y a rien de spontané dans la planification d’un « événement révolutionnaire » :

« On dira que les gens sont simplement allés dans la rue, mais c’est le résultat de mois, voire d’années, de préparation. C’est très ennuyeux jusqu’à ce que l’on atteigne un certain point, où l’on organise des manifestations ou des grèves de grande envergure. Si c’est soigneusement planifié, lorsque ça commence, c’est une question de semaines avant que tout soit terminé. » (Cité dans Tina Rosenberg, Revolution U, Foreign Policy, 16 février 2011.)

Cette déclaration du porte-parole d’OTPOR, Ivan Marovic, suggère que les mouvements de protestation dans le monde arabe ne se sont pas étendus spontanément d’un pays à l’autre, tel que l’ont présenté les médias occidentaux. Elle suggère aussi que le mouvement Occupy Wall Street a également fait l’objet d’une planification par un certain nombre d’organisations clés en ce qui a trait aux tactiques et à la stratégie.

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