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La chorale de la désinformation
N° 195 - décembre 2000

L’heure des « pas le choix »
François Parenteau
Juste avant les élections, selon la firme de sondages Léger Marketing, le portrait des intentions de vote donnait exactement les mêmes résultats qu’il y a cinq semaines, avant le début de la campagne. J’ai même vu M. Léger déclarer à la télévision que ç’en était à se demander pourquoi on faisait des élections. C’est bizarre que ce soit lui qui pose la question parce que moi, je pensais que c’était pour faire vivre les maisons de sondages...

De toute façon, peu importe qui aura gagné, je me demande bien à quoi mon vote de lundi servira. Je sais bien qu’ailleurs dans le monde, des gens sont morts en tentant d’obtenir le droit de vote mais je ne peux pas m’empêcher de penser que, présentement, mon vote (et pas seulement au fédéral) ne sert qu’à cautionner un paquet de politiques que je réprouve, des faveurs rendues aux « pushers » d’OGM aux lois sur les jeunes contrevenants. Le problème, c’est que je n’ai aucun moyen de me prononcer sur ces politiques dont je n’entends jamais parler d’avance.

Prenez le système de santé. Aucun parti ne fait campagne en proposant la privatisation des soins de santé, ne serait-ce que partielle. Que le NPD s’oppose à cette pratique, c’est crédible. Que le Bloc québécois fasse de même aussi. Mais que les libéraux, les conservateurs et l’Alliance se mettent de la partie, ça tient du surréalisme.

C’est ainsi que, sur ce sujet, nous avons vu les cinq chefs de parti jouer à qui ferait le plus vibrant plaidoyer en faveur d’un système de santé public universel. Pourtant, si on entend tellement parler d’ouvrir la porte à des cliniques privées ou même carrément de la privatisation des hopitaux, c’est qu’il doit bien y avoir quelqu’un qui propose ça quelque part. Alors, peut-on m’expliquer pourquoi personne ne défend cette politique dans l’arène électorale.

C’est clair que cette idée fait peur à une vaste majorité d’électeurs. Le système de santé est devenu plus qu’un sujet symbolique, c’est un véritable tabou. Ç’en est presque devenu un élément essentiel des identités canadienne et québécoise. Personne n’osera dire clairement qu’il remettra ça en cause.

Comprenez-moi bien 0 je suis fortement en faveur d’un système de santé public universel. Mais j’aimerais mieux que ceux qui veulent le privatiser le disent franchement et qu’ils tentent de me convaincre de leurs arguments plutôt qu’ils disent ce que je veux entendre en campagne électorale pour ensuite faire ce qu’ils veulent une fois au pouvoir. Parce que ce sera comme ça. C’est déjà comme ça. Personne ne parle d’ouvrir la porte au privé dans les soins de santé et pourtant, les cliniques privées poussent comme des champignons. Si des gens proposaient ça clairement, d’autres pourraient s’y opposer clairement. Présentement, tous ont comme programme la liste de souhaits de la population et jouent à qui a l’air le plus crédible à la défendre.

Et une fois au pouvoir, ils font un paquet de trucs dont personne n’a entendu parler en campagne électorale. Ils nous amènent de nébuleuses lois sur la clarté, ils instaurent des bulletins scolaires qui ont l’air de certificats de bonne conduite de camp de vacances, ils fusionnent de force des municipalités, ils proposent qu’on tourne à droite aux feux rouges, ils achètent des hélicoptères... et ils privatisent les soins de santé. Je peux bien alors rejoindre une gang dans la rue avec des pancartes mais il est trop tard pour que je puisse réagir avec mon arme la plus efficace 0 mon droit de vote.

Ce n’est pas d’être blasés que les citoyens se désintéressent de la politique. C’est d’être lucide de savoir que ça ne changera rien. Stockwell Day peut brûler son petit carton 0 il est clair que s’il était élu, il finirait par ouvrir la porte au privé dans les soins de santé. Personne n’est dupe de cette hypocrisie. Il dirait que la situation des hopitaux était pire que ce qu’il croyait, qu’il fallait faire rentrer l’argent du privé pour sauver le système, qu’il n’avait pas le choix. C’est toujours cette même rengaine. Pour la globalisation de l’économie, les coupures dans l’aide sociale et l’assurance-chômage, le remboursement de la dette, les fusions municipales, le virage ambulatoire, nos élus nous disent qu’ils n’ont pas le choix.

C’est devenu bien étroit, la démocratie 0 nous avons le pouvoir de choisir celui qui n’aura pas le choix...

Texte lu à l’émission Samedi et rien d’autre, 1ère chaîne de Radio-Canada, le 25 novembre 2000.

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