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N° 303 - octobre 2011
La Libye possédait le meilleur système de santé publique d’Afrique
Neuf mille sorties de frappe de l’OTAN plus tard...
Michel Chossudovsky
Selon certains secteurs de la « gauche progressiste » ayant appuyé le mandat de « responsabilité de protéger » donné par les Nations Unies à l’OTAN, « l’ambiance en Libye, particulièrement à Tripoli, est celui d’un sentiment d’euphorie, partout. Les gens sont incroyablement excités à l’idée de repartir à zéro. Il y a vraiment une sensation de renaissance, une impression que leur vie recommence ».

Les rebelles sont présentés comme des « libérateurs ». Le rôle crucial joué par des terroristes affiliés à Al-Qaïda dans les rangs des rebelles n’est jamais mentionné.

« Recommencer à zéro » ? Il n’y a pas de quoi être euphorique. Un renversement historique est intervenu dans le développement économique et social du pays. Les réalisations passées ont été éradiquées. Voilà la vérité qu’on s’interdit d’exprimer : un pays entier a été déstabilisé et détruit, son peuple réduit à un état d’extrême pauvreté.

Dès le départ, les bombardements de l’OTAN ont eu pour objectif d’anéantir les infrastructures sanitaires, les écoles, les hôpitaux et le réseau de distribution d’eau du pays, pour qu’il puisse être « reconstruit » avec l’aide des donateurs et créanciers parrainés par le FMI et la Banque mondiale.

Il y a eu environ neuf mille sorties de « frappes », dont des milliers sur des cibles civiles, incluant des zones résidentielles, des édifices gouvernementaux, des installations électrogènes et d’approvisionnement d’eau. Un pays en entier a été bombardé par l’artillerie la plus sophistiquée qui soit, y compris avec des munitions à revêtement d’uranium. Déjà, au mois d’août, l’UNICEF annonçait que le bombardement intensif des infrastructures hydrauliques libyennes par l’OTAN « pourrait provoquer une crise sanitaire sans précédent ».

Pourtant, peu importe l’opinion qu’on peut avoir de Mouammar Kadhafi, son gouvernement a joué un rôle clé dans l’élimination de la pauvreté et le développement des infrastructures sanitaires et d’enseignement du pays.

Avant l’« intervention humanitaire » de l’OTAN, le système de santé public en Libye était le meilleur d’Afrique. Selon l’Organisation mondiale de la santé, « tous les citoyens ont [avaient] accès gratuitement aux soins de santé publics. En Afrique du nord, le pays affiche les plus hauts taux d’alphabétisation et d’inscriptions dans les collèges et universités. Le gouvernement augmente [augmentait] substantiellement le budget du développement pour les services de santé ».

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a confirmé que la dénutrition était en-deçà de 5 %.

La Jamahiriya arabe libyenne fournissait à ses citoyens ce qui est refusé à bien des États-uniens : des services de santé gratuits et une éducation gratuite, comme le confirment les données de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’UNESCO.

Selon l’OMS, l’espérance de vie à la naissance était de 72,3 ans (2009), l’une des plus élevées des pays en développement. Le taux de mortalité infantile des moins de 5 ans est passé de 71 en 1991 à 14 en 2009, pour 1000 naissances.

Le taux d’alphabétisation était de 89 % en 2009, (94 % chez les hommes et 83 % chez les femmes) et 99,9 % des jeunes sont alphabètes. Le ratio brut d’effectifs scolarisés au primaire était de 97 % pour les garçons et les filles.

Le ratio de professeurs stagiaires dans les écoles primaires libyennes était de un pour 17 et 74 % des enfants graduant de l’école primaire étaient inscrits à l’école secondaire, selon les données de 1983 de l’UNESCO. Des données plus récentes confirment une nette augmentation des effectifs scolarisés.

En ce qui a trait aux effectifs scolarisés au niveau supérieur (postsecondaire, collège et université), le taux était de 54 % en 2002 (52% chez les hommes et 57% chez les femmes).

Concernant les droits des femmes, la Banque mondiale cite des performances remarquables : « Au cours d’une période relativement courte, la Libye a réussi à offrir un accès universel à l’éducation primaire avec 98 % d’effectifs scolarisés au secondaire et 46 % au niveau supérieur. Dans la dernière décennie, les effectifs féminins ont augmenté de 12 % à tous les niveaux d’éducation. Aux niveaux primaire et secondaire, les filles ont dépassé les garçons de 10 %. »

Dans la plupart des pays en développement, au cours des dernières années, les prix des denrées alimentaires essentielles ont monté en flèche en raison de la déréglementation des marchés, de la levée du contrôle des prix et de l’élimination des subventions, par suite de l’imposition des politiques de la Banque mondiale et du FMI en faveur du « libre marché ».

La Libye a été l’un des rares pays en développement à maintenir un système de contrôle des prix sur les denrées alimentaires de première nécessité, qui était toujours en vigueur au début de la guerre menée par l’OTAN.

La guerre et la mondialisation sont intrinsèquement liées. Le FMI et l’OTAN travaillent en tandem, en lien avec les think tanks de Washington. Les pays peu disposés à accepter les remèdes enrobés de sucre de la « médecine économique » du FMI feront tôt ou tard l’objet d’une opération « humanitaire » de l’OTAN dans le cadre de la « responsabilité de protéger » de l’ONU.

Tout cela n’est pas nouveau. Sous l’Empire britannique, « la diplomatie canonnière » était une façon d’imposer le « libre-échange ». Le 5 octobre 1850, l’envoyé britannique au Siam, Sir James Brooke, avait recommandé au gouvernement de Sa Majesté que :

« Si ces exigences équitables [d’imposer le libre-échange] étaient refusées, la présence d’une force serait immédiatement requise pour les faire respecter par la destruction rapide des défenses du fleuve [Chao Praya] […] Le Siam devrait avoir la leçon qu’il mérite depuis longtemps : son gouvernement devrait être remodelé, un roi plus favorable mis sur le trône et une influence devrait être acquise dans le pays, le rendant ainsi important pour l’Angleterre sur le plan commercial. » (The Mission of Sir James Brooke)

Aujourd’hui, nous appelons cette tactique « changement de régime » et « diplomatie du missile », laquelle prend invariablement la forme d’une « zone d’exclusion aérienne » sous l’égide de l’ONU. Son but est d’imposer la « médecine économique » du FMI, faite de mesures d’austérité et de privatisation.

Les programmes de « reconstruction » des pays déchirés par la guerre, financés par la Banque mondiale, sont conçus en coordination avec la planification militaire des États-Unis et de l’OTAN. Ils sont toujours formulés avant l’offensive militaire.

Les avoirs financiers étrangers de la Libye, qui ont été saisis, sont estimés à 150 milliards de dollars, dont 100 milliards dans les pays de l’OTAN.

Avant la guerre, la Libye n’avait pas de dettes. Au contraire. C’était un pays créancier investissant dans les pays africains voisins. L’intervention militaire en vertu de la « responsabilité de protéger » vise à pousser la Jamahiriya arabe libyenne dans le carcan d’un pays en développement endetté, sous la supervision des institutions de Bretton Woods établies à Washington.

Ironie amère du sort, après avoir volé la richesse pétrolière libyenne et confisqué ses avoirs financiers à l’étranger, la « communauté des donateurs » s’est engagée à prêter cet argent (volé) pour financer la « reconstruction » d’après-guerre. La Libye est condamnée à joindre les rangs des pays africains endettés que les politiques du FMI et la Banque mondiale ont menés à la pauvreté depuis la crise de la dette, au début des années 1980. Le Financial Post résume bien la situation :

« Le FMI a promis 35 milliards de dollars de financement [prêts] supplémentaire aux pays affectés par les soulèvements du printemps arabe et a reconnu formellement le conseil intérimaire libyen comme autorité légitime, ouvrant ainsi l’accès à une myriade de prêteurs internationaux alors que le pays envisage de se reconstruire après une guerre de six mois. […]

« La reconnaissance du FMI est significative pour les dirigeants intérimaires de la Libye puisque cela signifie que les banques internationales de développement et les donateurs tels que la Banque mondiale peuvent maintenant offrir du financement.

« Les pourparlers de Marseille ont eu lieu quelques jours après que les dirigeants mondiaux se furent entendus pour dégeler des milliards de dollars d’avoirs [d’argent volé] pour aider [par des prêts] les dirigeants intérimaires libyens à restaurer des services fondamentaux et à reconstruire après un conflit ayant mis fin à 42 ans de dictature.

« L’accord de financement par les grandes puissances économiques du Groupe des 7 et de la Russie vise à appuyer les efforts de réforme [ajustement structurel sous l’égide du FMI] dans la foulée des révoltes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

« Le financement vient principalement sous forme de prêts plutôt que de subventions. La moitié provient du G8 et des pays arabes, et le reste de divers prêteurs, ainsi que de banques de développement ». (Financial Post, 10 septembre 2011. Les mises entre crochets sont de l’auteur.)

Traduction par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

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