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N° 303 - octobre 2011
L’empreinte canadienne est celle des compagnies minières
Mieux vaut moins de démocratie que trop !
André Maltais
Du 7 au 13 août dernier, le premier ministre canadien, Stephen Harper, recevait un accueil plutôt tiède en Amérique latine.

Après un passage obligé et particulièrement mal synchronisé au Brésil où, pour protéger le pays des problèmes du dollar états-unien, le gouvernement brésilien venait tout juste de restreindre les investissements étrangers, Harper est allé là où le Canada a des ententes de libre-échange : Costa Rica, Colombie et Honduras.

En concluant un traité de libre-échange, puis en visitant le Honduras, Stephen Harper a montré au monde entier que les coups d’État militaires sont bons pour les affaires canadiennes, dit Todd Gordon, professeur de sciences politiques à l’Université York.

Le Canada, dit-il, a secrètement soutenu le renversement, en 2009, du président Manuel Zelaya parce que, entre autres « erreurs », celui-ci avait imposé un moratoire sur les nouvelles activités d’exploration minière en attendant une nouvelle loi des mines. Or, 90 % des investissements dans le secteur minier hondurien sont canadiens.

En Amérique latine, le Canada se fait aussi négativement que rapidement connaître par ses compagnies minières.

Selon l’ONG états-unienne, Council on Hemispheric Affairs (COHA), le Canada possède près de 60 % des compagnies minières du monde. Depuis 2004, les investissements miniers canadiens représentent le tiers de tous les investissements miniers réalisés en Amérique latine, soit plus de 1200 projets mi­niers « du Mexique à l’Argentine » d’une valeur totale de 28,2 milliards de dollars.

Dans les années 1980 et 1990, le Canada a activement contribué à la vague néolibérale mondiale en appuyant tous les accords (ALÉNA, ZLÉA, etc.) et institutions (FMI, OMC, etc.) qui promouvaient la liberté et la sécurité des investisseurs internationaux et en liant lui-même son aide internationale à l’ouverture des marchés des pays « bénéficiaires » aux détenteurs canadiens de capitaux.

En même temps, les gouvernements canadiens n’appuyaient sérieusement aucune des conventions internationales de protection de l’environnement, des travailleurs et des populations dans les pays récipiendaires d’investissements étrangers.

La nouvelle ruée vers l’or a commencé peu après 1990, année où le Canada est devenu membre de l’Organisation des États américains (OÉA). De 1990 à 2001, les investissements miniers canadiens en Amérique latine ont crû de 400 %.

En 2010, l’ONG MiningWatch Canada, rendait public un rapport de 2007 qui indique que, presque totalement laissées à elles-mêmes, les compagnies minières canadiennes sont responsables de près de la moitié des inconduites documentées dans le monde.

Destruction d’écosystèmes, pollution de cours d’eau et de nappes phréatiques, déversements toxiques, détournement d’eau potable, augmentation des taux d’arsenic, de plomb et de mercure dans les organismes vivants, fermetures de villes et villages, corruption des administrations locales, ventes forcées de terres, intimidation, voire assassinats d’opposants ; la liste des abus de ces compagnies canadiennes est très longue.

Ces dernières ne tuent pas directement ceux qui s’opposent à leurs projets, mais on les accuse de « contaminer le tissu social » des populations en y fomentant la division et la violence qui conduisent à ces assassinats.

Certaines compagnies, écrit Jesse Freeston, du mensuel coopératif canadien Dominion, se gagnent des appuis en faisant des dons pour construire des services publics, comme des écoles et des hôpitaux.

D’autres rémunèrent en douce des promoteurs parmi les habitants d’un village. Ces promoteurs encouragent les gens à vendre leurs terres à la compagnie et nient et dénigrent les arguments légitimes des opposants, essaient de les soudoyer, les calomnient, les intimident ou les tuent, carrément !

Au Salvador, écrit Jen Moore, de MiningWatch Canada, les tactiques de la canadienne Pacific Rim ont mené aux meurtres de quatre activistes au cours des trois dernières années. Trois autres opposants aux mines ont aussi été assassinés dans des conflits mettant en cause des intérêts miniers canadiens, en Colombie, au Mexique et au Guatemala.

Pacific Rim réclame même 77 millions de dollars au gouvernement salvadorien pour avoir suspendu l’un de ses projets, la mine El Dorado, dans la région de Cabanas. La mine ne respectait pas les modestes exigences environnementales du pays et menaçait le seul cours d’eau approvisionnant les 6,1 millions de Salvadoriens.

En Colombie, le 1er septembre, deux semaines après le passage de Stephen Harper, un jeune prêtre de la ville minière de Marmato était assassiné. José Reinel Restrepo Idairraga militait contre un projet de la compagnie canadienne Medoro Resources, qui prétend fermer la ville et la remplacer par une mine d’or à ciel ouvert.

En novembre 2009, des inconnus assassinent Mariano Abarca, dirigeant du Réseau mexicain des populations affectées par les mines. Il se battait contre les opérations de la firme canadienne Blackfire Exploration, dans le Chiapas.

Au Guatemala, le 20 juin, le président Alvaro Colom, entamait les démarches pour suspendre le projet de la mine Marlin d’une autre compagnie canadienne, Goldcorp, accusée de contaminer l’environnement et de menacer les opposants.

Mais, comme au Honduras où elle est aussi très influente, Goldcorp est chanceuse. Dans un scénario rappelant l’exclusion du parti Lavalas des récentes élections haïtiennes, les tribunaux guatémaltèques ont interdit à Sandra Torres, ex-épouse du président Alvaro Colom, de se porter candidate aux élections présidentielles.

Cela éliminait purement et simplement le parti de Colom de la course électorale, avec le résultat que deux candidats de droite se disputeront maintenant le second tour des élections.

Les agissements des compagnies canadiennes à l’étranger ne sont passibles d’aucune sanction au Canada. Le 27 octobre 2010, un timide projet de loi, le bill C-300, était défait par six voies à la Chambre des communes. Lors de ce vote, plusieurs députés du Parti Libéral, du NPD et du Bloc québécois brillaient par leur absence, incluant le chef libéral, Michael Ignatieff.

Le projet aurait permis au gouvernement canadien d’enquêter sur les allégations de viol des droits humains et environnementaux contre des compagnies minières canadiennes implantées outre-frontières. À défaut d’empêcher les entreprises trouvées coupables de poursuivre leurs opérations, la nouvelle loi aurait pu les priver d’une partie des généreuses aides financières que l’État leur accorde.

En passant par des agences comme l’ACDI et la Société de développement des exportations (SDE), le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international canadien aide à tour de bras l’industrie minière canadienne. Selon le Financial Post, à elle seule, la SDE donne annuellement 20 millions $ à l’industrie extractive incluant des assurances contre les risques politiques.

Le Groupe de recherche de l’Université McGill sur les mines canadiennes en Amérique latine (MICLA) recense une centaine de conflits entre les populations latino-américaines et des entreprises minières canadiennes. Cela reflète la puissante vague anti-extractiviste qui commence à rugir en Amérique latine.

Au Pérou, en juin dernier, après deux mois de soulèvement, la population Aymara du département de Puno, alliée aux indigènes boliviens de l’autre côté de la frontière, a contraint le gouvernement néolibéral d’Alan Garcia à révoquer une concession accordée à la canadienne BearCreek Mining, près du lac Titicaca.

Le 23 août, le nouveau président nationaliste, Ollanta Humala, faisait adopter une loi obligeant les compagnies minières et pétrolières étrangères à consulter les communautés locales avant de construire des projets d’extraction.

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