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Coteau rouge vous attend !
N° 302 - septembre 2011

Les cendres de Rezeq Faraj exercent leur droit au retour
André Le Corre
Avant son décès, le 24 octobre 2009, notre regretté ami Rezeq avait exprimé le désir que ses cendres soient dispersées dans son village natal Deir Rafat, situé aujourd’hui en Israël.

Le 17 mai 2011, son épouse Claudette, ses filles Leila, Nadia et Myriam ainsi que deux de ses neveux qui résident en Cisjordanie se sont rendus dans ce qui reste de ce village.

Claudette a donc versé ses cendres sur cette terre où il est né en 1943 et qu’il a dû quitter avec sa famille à l’âge de cinq ans. La journée était venteuse et les cendres se sont répandues sur une grande surface.

De ce village, comme 400 autres détruits par les Israéliens en 1948, il ne reste que quelques pierres où fleurissent des cactus. Seule une arche de pierres semble encore témoigner de ce qui fut une présence humaine dans ce lieu. Des Bédouins s’y sont installés et tentent de résister à leur expulsion.

Toutes les terres environnantes sont maintenant cultivées par des fermiers israéliens. Rezeq aura donc, peut-être, été le premier Palestinien à exercer de cette façon son droit au retour. La seule manière de revenir que les Israéliens sont prêts à accepter, puisque même les cercueils ne sont pas autorisés.

La seule exception connue aurait, semble-t-il, été faite pour le grand poète palestinien Mahmoud Darwich, mais l’Autorité palestinienne a décidé qu’il serait enterré à Ramallah.

Pourtant la résolution 194 du 11 décembre 1948 de l’Assemblée générale des Nations Unies garantissait le droit au retour des quelque 7 à 800 000 Palestiniens chassés de leurs foyers au début de cette même année. Cette résolution a été réaffirmée 130 fois depuis. Mais, comme il s’agit de résolutions de l’Assemblée générale, qui n’ont aucun pouvoir coercitif, aucune d’entre elle n’a été appliquée. Seules les résolutions du Conseil de sécurité sont exécutoires et, bien sûr, le veto constant des États-Unis, sur ce sujet comme bien d’autres concernant la Palestine, rend ce retour ­impossible.

Ce refus d’Israël se comprend aisément si l’on considère que la population juive sur tout le territoire de la Palestine historique est actuellement d’environ 6 millions, alors que les Palestriniens (Cisjordanie et Gaza) sont environ 5 millions. De plus le taux de croissance naturelle pour les Juifs est de 1,5 % alors qu’il est de 2,6 % pour les Arabes. Il en résulte qu’indépendamment du retour des réfugiés, la population juive sera minoritaire à moyen terme.

Si l’on considère maintenant que le nombre total des réfugiés palestiniens en Jordanie, au Liban et en Syrie est de plus de 2 300 000, on voit tout de suite l’ampleur du problème pour Israël et son rêve d’État juif dans toute la Palestine historique.

Pour comble d’ironie, le Parlement israélien, la Knesset, a promulgué en 1950 une loi dite « Loi du retour » qui garantit à tout Juif le droit d’immigrer en Israël avec la définition suivante : un « Juif » désigne une personne née d’une mère juive ou convertie au judaïsme et qui ne pratique pas une autre religion.

Ainsi donc, un ou une Juive née aux confins de l’Europe et de l’Asie et qui n’a jamais mis les pieds en Israël, pourra bénéficier de cette loi alors qu’un Palestrinien, chassé de son pays, qui réside maintenant en Cisjordanie à peu de distance de sa patrie d’origine ne peut y revenir !!!

Qu’aurait pensé Rezeq de l’actuelle situation en Palestine, alors que l’Autorité palestinienne se prépare à présenter le 20 septembre prochain une demande de reconnaissance d’un État palestinien indépendant ?

Rien de bon certainement, car son dernier combat a été la promotion d’un seul État laïc et démocratique sur tout le territoire de la Palestine historique, un pays où tous, Juifs, Chrétiens et Musulmans jouiraient des mêmes droits et seraient astreints aux mêmes devoirs. Une conception de l’avenir de la Palestine que partagent de plus en plus de Palestiniens et même d’Israéliens, qui apparaîtra un jour ou l’autre la seule valable.

La résolution présentée à l’ONU doit recueillir les 2/3 des votes. La définition de cet État palestinien serait : un retour aux frontières de 1967 (Ligne verte), l’évacuation de tous les colons israéliens de la Cisjordanie, la démolition du mur et la proclamation de Jérusalem Est comme capitale de cet État qui devrait être pleinement souverain.

Par contre, ce qu’Israël serait prêt à accepter : un échange de territoires qui consisterait en l’annexion à Israël des colonies les plus importantes situées autour de Jérusalem, et donnerait aux Palestiniens quelques territoires dans la partie nord d’Israël (Samarie), un État sans armée, privé de sa frontière du Jourdain, du contrôle de son espace aérien et qui ne pourrait conclure d’alliance avec ses voisins. Bref, un simulacre d’État. L’écart entre les deux conceptions de ce nouvel État est immense, pour ne pas dire infranchissable.

Ainsi, Rezeq, notre ami, notre frère, que ton âme soit en paix ! Les traces de ton existence sont maintenant implantées à jamais sur ta terre natale et peut-être qu’un jour ton village renaîtra et qu’une de ses artères pourra s’appeler, en arabe et en hébreu « rue Rezeq Faraj ». Qui sait ?

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