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Coteau rouge vous attend !
N° 302 - septembre 2011

Faire de la politique autrement
Pierre Dubuc
Faire de la politique autrement, c’est d’abord et avant tout s’intéresser aux questions politiques fondamentales de notre époque et chercher à en comprendre la dynamique.

Notre époque, c’est celle de la mondialisation, de la domination du capitalisme financier à l’échelle du globe. La crise financière actuelle en témoigne éloquemment. Les États s’endettent pour renflouer les banques et les banques prennent prétexte de l’endettement des États pour exiger qu’ils leur cèdent à rabais les biens publics !

Avec, à l’horizon, des privatisations, des déréglementations, des suppressions de programmes sociaux d’une ampleur encore jamais vue, l’avenir est sombre pour les peuples du monde. Mais, déjà, la résistance se manifeste, des pays arabes à l’Espagne, à la Grèce et, bientôt, à bien d’autres pays.

Mais il serait illusoire et naïf de s’attendre à un affrontement simultané à l’échelle mondiale avec, d’un côté, les représentants du capital financier et, de l’autre, les peuples de la planète.

Faire de la politique autrement, c’est donc connaître les caractéristiques de son pays. La lutte des classes et des peuples est un phénomène complexe, qui s’inscrit dans un cadre national selon les particularités de chaque pays.

Le Canada est un pays impérialiste, très lié économiquement aux États-Unis, même s’il cherche à diversifier ses partenariats par des ententes, principalement avec la Chine et l’Inde.

Le gouvernement Harper représente une coalition formée principalement des pétrolières de l’Ouest, des financiers de l’Ontario et de la droite religieuse. Il veut faire jouer au Canada un rôle militaire accru à l’échelle mondiale comme « partenaire junior » des États-Unis dans l’affrontement majeur qui se dessine entre les grandes puissances pour le repartage des richesses du monde.

Les forces militaires canadiennes sont en Afghanistan et en Libye, et le gouvernement Harper a annoncé son intention d’ouvrir de nouvelles bases militaires à travers le monde, au moment même où les États-Unis annonçaient la fermeture, pour des raisons budgétaires, de certaines d’entre elles. Drôle de coïncidence ! Pour financer ce budget militaire, le gouvernement procédera à des compressions de plusieurs milliards de dollars dans la fonction publique et les programmes sociaux.

Faire de la politique autrement, c’est identifier les principales contradictions du pays, les lignes de fracture sur lesquelles il est possible d’agir.

Pas besoin d’avoir fait des études doctorales en histoire canadienne pour se rendre compte que la question nationale est le talon d’Achille du Canada. Et cela, davantage aujourd’hui que jamais dans son histoire.

Premièrement, parce que la mondialisation, qui varlope les cultures nationales, particulièrement celles des nations ne faisant pas partie de l’anglosphère, ­provoque une vive réaction identitaire.

Elle s’est d’abord exprimée par la résurgence du phénomène religieux – on pense surtout à l’Islam – mais le principe des nationalités refait aujourd’hui surface. On le voit bien avec le printemps arabe, où les forces qui s’en réclament disputent le pouvoir aux islamistes, liés aux forces armées, elles-mêmes de mèche avec les États-Unis comme c’est le cas en Égypte, ou encore dans la zone euro, où les peuples défendent leur identité nationale contre les projets du capital financier d’une plus grande centralisation des pouvoirs économiques et politiques.

Deuxièmement, parce que le Québec, par suite de son déclin démographique, sera de plus en plus marginalisé politiquement et économiquement au sein du Canada.

De plus, ses valeurs sociales-démocrates, pacifistes et environnementales, qui s’appuient sur une longue tradition, entreront en conflit de plus en plus marqué avec celles du gouvernement Harper.

Troisièmement, parce que la question autochtone va devenir explosive.

Au Québec, il y a les réactions prévisibles des peuples autochtones face au pillage de leur territoire dans le cadre du Plan Nord. Dans l’ensemble du Canada, il y a les enjeux liés au Passage du Nord-Ouest dans l’Arctique, par suite de la fonte des glaces.

Le gouvernement Harper va engager des milliards de dollars pour militariser l’Arctique afin d’assurer la souveraineté canadienne face aux autres grandes puissances, mais également pour intimider les Autochtones du Nunavut et du Nunavik qui observent avec envie la démarche vers l’indépendance de leurs frères et sœurs du peuple Inuit du Groënland.

Faire de la politique autrement, c’est se servir de ce puissant levier politique qu’est la question nationale en l’articulant à la question sociale.

À cette fin, il y a deux pièges à éviter, soit de considérer la question nationale avant tout comme une question constitutionnelle ou comme étant essentiellement une lutte entre deux bourgeoisies, la québécoise et la canadienne.

Ces deux aspects sont présents, mais la question nationale, c’est d’abord et avant tout la lutte d’un peuple contre son assujettissement économique, politique et culturel.

La question nationale a les potentialités d’être le point nodal où se concentrent les différentes revendications démocratiques.

De plus, pour une petite nation – d’un point de vue démographique – comme le Québec, le contexte international est d’une grande importance.

La lutte du peuple québécois et des peuples autochtones vers leur indépendance se nourrit aujourd’hui de l’exemple des peuples arabes, comme elle s’est inspirée au XIXe siècle, dans le cas des Patriotes, du mouvement des indépendances en Europe et en Amérique latine, et, au début des années 1960, du mouvement de décolonisation et des droits civiques aux États-Unis.

Les succès de cette lutte pourraient, à leur tour, servir d’exemple pour les mouvements nationaux des Noirs et des Hispanophones aux États-Unis, dont on peut d’ores et déjà prédire la résurgence suite à l’échec de la présidence d’Obama.

Faire de la politique autrement, c’est aller plus loin que de défendre les acquis sociaux et nos conditions de travail et de vie.

Faire de la politique autrement, c’est viser à prendre le pouvoir. Cela veut dire mobiliser la population dans cette pers­pective.

Cela demande de s’inscrire dans le jeu politique, de clarifier les enjeux, d’évaluer les rapports de forces, d’élaborer des stratégies et des tactiques, et de procéder aux alliances de classe nécessaires pour atteindre notre but.t

Allocution préparée pour le Colloque des Nouveaux cahiers du socialisme tenu le 27 août dernier.

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