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Une autre voie
N° 301 - juillet 2011
L’Est pour toujours, un film de Carole Laganière
La misère ? Un destin ou un mauvais karma ?
Ginette Leroux
La cinéaste Carole Laganière, issue du quartier Hochelaga-Maisonneuve, avait comme intention, lorsqu’elle a réalisé Vues de l’Est en 2003, « d’aller à la rencontre d’enfants qui sont étiquetés comme perdants avant même d’avoir poussé leur premier cri » et de leur donner la parole. Au cours des années suivantes, un lien s’est tissé entre elle et ces jeunes. Durant sept ans, elle les a regardés vivre et, au passage, a filmé les changements qui s’opéraient dans leur vie d’adolescents.

Aujourd’hui, sept ans plus tard, avec L’Est pour toujours, la réalisatrice et scénariste engagée propose une observation fine et profondément humaine des jeunes adultes que sont devenus ces enfants, appuyée par l’œil attentif et enveloppant de la caméra de Philippe Lavalette, capturant ainsi une mer ­d’émotions, tantôt douloureuses et troublantes, tantôt pleines d’espoir.

La première scène du film montre Maxime qui, en 2007, déclarait son amour à Valérie. Mal à l’aise, elle avait décliné sa proposition amoureuse. Malgré ses 15 ans, cette fille perspicace avait senti le manque abyssal d’amour chez son ami Maxime. « Avant, je fuguais toujours, j’étais agressif, dit le jeune homme maintenant âgé de 18 ans, après avoir passé les cinq dernières années dans un centre jeunesse où il a profité d’un encadrement intensif. Maintenant, je vis pour la musique. Je ne serais pas en vie sans elle. »

« J’ai été placée dans une bonne famille d’accueil. Ma mère n’était pas souvent là. Elle n’allait pas bien et ne pouvait pas s’occuper de nous?», raconte, à son tour, Valérie, aujourd’hui une belle blonde de 18 ans. Malheureusement, sa sœur et elle ont rapidement été séparées. Philosophe, elle a fini par accepter la situation. La jeune adulte, qui regrette de n’avoir pas vécu avec sa sœur, fait le pari de devenir travailleuse sociale. Pour le moment, elle tentera de compléter son secondaire à l’éducation des adultes.

« Bonjour, je m’appelle Maxime Desjardins et j’ai 10 ans », lançait alors celui qu’on retrouvera, à 14 ans, héros du film Le Ring, sorti en 2007, d’Anaïs Barbeau-Lavalette et, plus récemment, à la télévision, dans l’émission Virginie. Aujourd’hui, à 17 ans, Maxime Desjardins-Tremblay regarde l’avenir avec appréhension, conscient que la vie d’acteur n’assure ni la stabilité ni la sécurité dont il a besoin pour avancer dans la vie.

Marianne, la cadette du groupe, qui avait 8 ans dans Vues de l’Est et rêvait à l’époque de connaître son père, raconte, sept ans plus tard, comment ils se sont retrouvés grâce à Facebook. Malgré un léger handicap : il ne parle qu’anglais !

En 2003, Jean-Roch avait 11 ans. Il fréquentait une école pour élèves qui présentent des troubles du comportement. Le garçon violent, agressif, fugueur s’est transformé en jeune homme posé, maintenant capable de faire son chemin dans la vie. « Tu étais un petit garçon qui avait de très bonnes valeurs. Tu as un bon cœur », affirme la mère qui s’émeut de voir son fils voler de ses propres ailes.

Deux filles, décidées et industrieuses, ressortent du groupe. À 19 ans, Samantha fréquente le cégep, travaille à temps plein et aime la vie. Pour elle, la pauvreté n’est plus un mode de vie. Quant à la primesautière Vanessa, elle n’a pas froid aux yeux ni la langue dans sa poche. Pourtant, à 21 ans, elle s’inquiète de sa petite taille qui lui donne l’air d’une adolescente, devant un employeur qui doute de ses capacités à accomplir la tâche demandée. Elle craint de ne jamais arriver à faire sa place au soleil. Arrivera-t-elle à surmonter ses difficultés et à chasser ses idées noires ?

Perdant un jour, perdant toujours ? Est-ce que le fait de grandir dans Hochelaga-Maisonneuve, un quartier défavorisé de l’est de Montréal, scelle pour toujours le destin des enfants qui y sont nés, freinant leur capacité à sortir de la misère ? Ou, au contraire, trouvent-ils l’élan nécessaire pour se sortir de ce mauvais karma ?

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