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Une autre voie
N° 301 - juillet 2011
Martine Ouellet, incontournable dans le débat sur l’énergie
Pour une révolution tranquille énergétique et verte
Pierre Dubuc
Quand je l’ai rencontrée dans son bureau du chemin de Chambly dans sa circonscription de Vachon, Martine Ouellet était encore sous le charme de Mme Gro Harlem Brundtland avec qui elle venait de s’entretenir.

« Mme Marois m’avait demandé de la remplacer à la rencontre du Conseil InterAction. Je savais Mme Brundtland présente, mais je n’aurais pas su la reconnaître. Max Gros-Louis s’est fait un plaisir de me la présenter. »

Le fameux rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement des Nations Unies – qui porte le nom de Mme Brundtland – a défini la politique nécessaire pour parvenir à un développement durable. « Il a exercé une très grande influence sur ma prise de conscience environnementale », se rappelle la députée de Vachon, aujourd’hui porte-parole de l’opposition officielle en matière d’Environnement et de Développement durable.

C’est à ce titre qu’elle participe à des événements publics contre le gaz de schiste. Le 22 avril, elle était à Saint-Denis-sur-Richelieu, le 28 mai à la Présentation, en Montérégie. Comme son parti, elle exige un véritable moratoire. Elle ne s’est pas laissée embobiner par la décision du gouvernement Charest, suite au rapport du Bape, d’autoriser des fracturations pour des raisons dites «?scientifiques ».

« Il y a actuellement, explique-t-elle, suffisamment d’informations avec les 18 puits fracturés au Québec et les milliers de puits fracturés aux États-Unis. Ce que cherchent les gazières, avec la complicité du gouvernement, c’est de déterminer la valeur économique des titres miniers qu’elles possèdent pour augmenter la valeur de leurs actions. »

L’impact de cette exploitation sur la nappe phréatique ne pouvait qu’interpeller celle qui a milité pendant dix ans à Eau Secours !, la Coalition pour une gestion responsable de l’eau, dont deux ans, de 2008 à 2010, à titre de présidente.

Détentrice d’un bac en génie mécanique de l’Université McGill et d’un MBA des HEC, Martine Ouellet a fait carrière à Hydro-Québec pendant dix-huit ans jusqu’à son élection en 2010. Elle occupait le poste de Chef Efficacité énergétique Grandes Entreprises où elle était responsable de 30 % des objectifs d’Hydro-Québec.

Elle occupait aussi le poste de Chef Ventes, Mines, Métallurgie et Fabrication, où elle avait la responsabilité du lien commercial avec 100 des plus grands clients d’Hydro-Québec, qui représentaient plus de 20 % des ventes de la société d’État.

Cette expérience lui permet aujourd’hui de jeter un regard particulièrement critique sur le Plan Nord du gouvernement Charest. « Je n’ai jamais vu de projets miniers aussi gros. Ce sont des mégaprojets. Toute l’électricité qu’on va y produire ira à l’industrie minière. C’est l’équivalent de 4 ou 5 alumineries. »

« Est-ce que ce sont les bons choix à faire en termes de politique énergétique ? Faut-il répondre positivement à toutes les demandes de l’industrie et à quel prix ? », se demande Martine Ouellet en soulignant le montant ridiculement bas des redevances que le gouvernement touchera. « M. Charest avait annoncé de redevances de 1,5 milliard $. M. Bachand, le ministre des Finances, a dû reconnaître que ce serait plutôt autour de 120 millions $. On paye des routes et des infrastructures pour que les minières tirent de notre sol du minerai quasiment gratuitement ».

La députée de Vachon imposerait des redevances plus importantes sur leurs revenus ou encore leurs profits bruts, et réviserait les déductions consenties aux entreprises minières. Mais elle plaide aussi pour la négociation avec les minières de l’implantation d’usines de transformations des métaux. Des aciéries, par exemple.

Plus fondamentalement, à un projet de développement économique basé essentiellement sur l’exploitation des ressources naturelles, Martine Ouellet propose plutôt un développement économique basé sur une révolution énergétique, une deuxième révolution tranquille, une révolution verte.

« Nous nous sommes donné comme objectif au Parti Québécois de réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 25 % d’ici 2020. Comme 40 % de ces émissions proviennent du transport, la cible est tout indiquée », déclare celle qui prône le développement du transport en commun et l’électrification des moyens de transport : train, autobus et voitures.

« Bombardier fabrique déjà des trains. Nous construisons des autobus et des camions. Nous pourrions produire des composantes électriques pour ces véhicules, de même que pour les voitures. Je ne pense pas que l’avenir soit à la production de voitures au Québec, mais nous pourrions produire et exporter des composantes électriques et faire de l’assemblage. Il y a déjà plusieurs entreprises émergentes dans ce secteur. Le gouvernement pourrait aider à leur consolidation par ses politiques d’achat. »

« Notre potentiel énergétique pourrait aussi servir au développement industriel », soutient-elle. « On a de l’électricité disponible, avec des avantages comparatifs. Notre électricité est de meilleure qualité et renouvelable. Ça vaut cher. C’est souvent un critère d’établissement pour une entreprise. Ça se monnaye. Je pense par exemple aux fabricants de panneaux solaires qui veulent, pour des considérations environnementales et de marketing, une énergie propre. Il y a des projets en ce sens en discussion à Bécancour. »

Martine Ouellet a un plan avec des objectifs hiérarchisés pour cette révolution énergétique verte. En tête de liste, vient l’efficacité énergétique, dans le cadre d’une politique globale, sous la responsabilité d’une agence de l’efficacité énergétique forte.

« Il faut faire des gains énergétiques dans les usines, les commerces et les résidences », précise-telle. Les usines, elle connaît bien. C’était sa responsabilité à Hydro-Québec. « Il faudrait viser particulièrement la diminution de consommation de combustible fossile (mazout et gaz naturel) principaux émetteurs de GES. En visant, premièrement, une amélioration de l’efficacité énergétique et aussi en convertissant à l’électricité plusieurs équipements, comme les séchoirs à minerai », donne-t-elle comme exemple.

Pour réduire la consommation, elle ne partage pas l’avis de ceux pour qui la solution réside dans l’augmentation des tarifs. « Je n’y crois pas, dit-elle. Pour qu’il y ait un impact significatif, il faudrait une augmentation trop importante. Cela entraînerait des effets pervers : augmentation de la pauvreté chez certains, délocalisation des entreprises. Je suis pour une augmentation des tarifs qui suit le coût de la vie. »

Que faire alors ? « On ne s’en tirera pas sans une réflexion organisée. Quel genre de développement industriel désire-t-on ? Bien sûr, il faut un nouveau code national du bâtiment. Mais il faut aussi se poser d’autres questions. Quel style de vie veut-on ? Des maisons toujours plus grandes ? Plus de climatisation ? Garder le vieux frigidaire pour la bière ? »

Des choix devront aussi avoir lieu concernant les sources d’énergie. Prend-on pour modèle la Suède qui s’est donné pour objectif de remplacer complètement le pétrole comme source d’énergie d’ici 2020, ou encore la Norvège avec son fonds souverain constitué à même les revenus de ses ventes de pétrole ?

Le documentaire Contre le courant soulevait le débat en opposant au développement hydro-électrique de la Romaine l’utilisation d’autres sources d’énergie renouvelables : géothermie, biomasse, éolienne.

Martine Ouellet a, bien entendu, vu le film. « On montrait seulement les mauvais aspects de l’hydro-électricité et les bons aspects des autres sources d’énergie renouvelables. Ces sources d’énergie alternative sont intéressantes mais à court terme, elles vont rester marginales. Elles ne peuvent produire des centaines de mégawatts. »

Elle trouve réductrice l’analyse économique qui compare le coût de production d’un kilowatt/heure à la Romaine avec son prix de vente actuel à l’État du Vermont. « Faut tenir compte du prix de vente d’un kilowatt/heure en 2020-2022 et pendant la durée de vie du barrage soit une centaine d’années, pas aujourd’hui. Et bien malin qui peut prévoir dix ans d’avance, alors pensez à 100 ans ! Si on avait tenu compte du coût de vente de l’électricité à l’époque, on n’aurait jamais construit la Baie James. »

Par contre, elle est d’accord avec l’idée d’accompagner tout développement hydro-électrique d’un parc éolien dès la conception du projet. « Eau et vent sont complémentaires », lance-t-elle. Cependant, elle ajoute qu’il ne faudrait pas surestimer l’importance qu’on peut accorder à l’éolien dans le bilan énergétique du Québec.

« Nous ne pouvons dépasser 10-20 % du total à cause de l’intermittence de la production, souligne-t-elle. C’est différent aux États-Unis où tout le réseau est interconnecté. Au Québec, notre réseau est isolé du reste de l’Amérique du Nord. »

Elle passe aussi au crible les autres sources d’énergie renouvelables. « Le développement du solaire voltaïque est limité à cause des coûts. Sa production est aussi source d’émissions de gaz à effet de serre plus importante que l’hydraulique à cause de la production du polysillicium. Le chauffage par la géothermie n’est performant que s’il est compensé par la climatisation. Sinon, la terre se refroidit. Il y a aussi danger de contaminer la nappe phréatique.?»

La responsable du dossier de l’environnement au Parti Québécois est d’accord avec la fermeture de la centrale nucléaire de Gentilly II. « Les risques sont trop grands et on a toute l’expérience négative de la centrale de Pointe Lepreau au Nouveau-Brunswick. »

Par contre, bien qu’elle demande un moratoire sur l’exploration du gaz de schiste, elle n’élimine pas d’emblée l’exploitation du pétrole. « On aura besoin de pétrole pour les 20-30 prochaines années, minimum. Il faut examiner les possibilités et gérer les risques. On pourrait aussi en exporter et se constituer un fonds souverain comme en Norvège.?»

Pourquoi ne pas prendre plutôt modèle sur la Suède ? « Je crois que nous devrions nous aussi viser une élimination du pétrole au Québec et c’est possible et souhaitable. Toutefois ce n’est pas réaliste pour les vingt prochaines années », conclut-elle.

On sera d’accord ou pas avec Martine Ouellet mais, chose certaine, elle sera incontournable dans le débat sur l’énergie.

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