L'aut'journal
Le vendredi 19 juillet 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Une autre voie
N° 301 - juillet 2011
Comment allons-nous financer nos services publics ?
Un programme en santé réaliste et socialiste
Léo-Paul Lauzon
Si vous m’élisez au sein du nouveau parti socialiste du Québec (pas social-démocrate, mais bel et bien socialiste), et que je suis nommé ministre de la santé, voici quel sera mon programme dans ce secteur névralgique au cours de mon premier mandat. Promis, juré. Croyez-moi, ce ne sont pas des promesses et des paroles en l’air.

Je les vois venir, avec leurs gros sabots, les scribes et les pharisiens?: «?C’est bien tout ça, mais comment allons-nous financer ces services publics, monsieur le ministre?? ». Question-piège, évidemment, car ils veulent me crucifier au plus vite. «?Bande d’hypocrites et d’égoïstes » que je vais leur répondre en ajoutant?: « Pas question de surtaxer quiconque, même les compagnies et les riches, mais simplement abolir plusieurs abris fiscaux, couper les subventions aux entreprises et aux écoles privées (dont le Québec est le champion canadien par une très grosse marge), resserrer l’évasion fiscale criminelle dans les paradis fiscaux et dans les transactions inter-compagnies, imposer une taxe sur les transactions à la Bourse, augmenter, comme aux Etats-Unis, le nombre de paliers d’imposition de 3 à 6 et réactiver les impôts successoraux (oui, comme aux States), accroître substantiellement les redevances sur nos ressources naturelles et les nationaliser en tout ou en partie, etc. ». Voulez-vous d’autres exemples ? Les milliards ainsi récupérés seront investis dans nos services publics en lambeaux, tellement qu’ils tuent.

« La santé, priorité des Québécois » que titrait, pour une millième fois, Le Devoir du 28 décembre 2010. Nous, on va s’en occuper vraiment. Selon les dernières statistiques officielles du Programme des Nations unies (ONU) pour le développement, le Canada compte seulement 19?médecins par dix mille habitants, le plus bas pourcentage des pays occidentaux. La France en compte 37, la Belgique 42, l’Allemagne 35, la Suisse 40, la Norvège 39, la Suède 36, ainsi de suite. La solution à ce problème n’est pas structurelle mais seulement politique. Le Canada compte 34 lits d’hôpitaux par dix milles habitants contre 72 en France, 68 en Finlande et 81 en République tchèque. Cuba fait encore mieux que tous les pays occidentaux.

Voici donc quelques éléments de mon programme en santé.

Premièrement, la santé publique est trop importante pour la laisser entre les mains d’une corporation. La formation et la détermination des compétences des médecins québécois et étrangers ne relèveront plus des fédérations et des corporations de toubibs. Cela s’est avéré un fiasco total dans le passé et le fonctionnement actuel représente une partie importante de notre pénurie de médecins et autres problèmes en santé.

Deuxièmement, j’instaurerai des facultés de médecine dans les régions, me servant du réseau de l’Université du Québec (Rimouski, Rouyn, Gatineau, Saguenay) où l’on formera aussi des spécialistes. Ça fait république de bananes de ne pas former de médecins en région.

Troisièmement, j’implante rapidement des centres de chimiothérapie et de radiothérapie dans tous les coins du Québec, comme cela se fait dans tous les pays civilisés. Comme j’ai un cancer de la prostate depuis quatre ans, j’ai reçu de l’hormonothérapie et récemment quarante traitements quotidiens de radiothérapie à l’hôpital Notre-Dame. J’ai vu de mes yeux des malades de Rouyn et de Val d’Or en Abitibi et autres régions, victimes de cancers avancés, obligés de venir à Montréal pour recevoir leur chimiothérapie et leur radiothérapie. Totalement inhumain et indigne de contraindre ces patients à recevoir leurs soins à Montréal ! Quand on a un cancer, on veut être chez soi, auprès des siens, et non dans un hôtel.

Dans un excellent article de Philippe Cantin dans La Presse, publié le 19 janvier 2011, et intitulé?: « Le véritable héritage de Saku Koivu (ancien joueur des Canadiens) », le journaliste signale que Koivu, atteint d’un cancer grave a dû se rendre à Sherbrooke pour passer un Tep-Scan car il n’y avait pas d’appareil comme ça à Montréal. Incroyable mais vrai ! réplique de Saku Koivu?: « Docteur ce n’est pas normal que dans une ville comme Montréal il n’y ait pas de Tep-Scan. Même ma petite ville natale de Turku, en Finlande, profite de cet appareil?». Tiens toé !

Quatrièmement, je redéfinis les tâches des médecins et des infirmières-infirmiers afin d’accroître les responsabilités de ces derniers et libérer ainsi les premiers afin qu’ils se concentrent sur autre chose. Le programme de formation des infirmières-infirmiers sera modifié en conséquence. Franchement, dans une clinique médicale publique, les infirmiers-infirmières pourraient régler la majorité des problèmes, diminuant ainsi le temps d’attente interminable et parfois mortel, dans les cliniques et à l’urgence.

Cinquièmement, on facilitera, comme en Ontario, la venue de médecins étrangers. « L’Ontario a délivré plus de 1200 permis de pratique à des médecins étrangers en 2006, comparativement à une cinquantaine au Québec » (La Presse, 31 mars 2007). Québec en a délivré 89 en 2008 et 112 en 2010 (La Presse, 9 février 2011). Dorénavant, l’État se chargera d’évaluer leurs compétences.

Sixièmement, finis les nombreux millions de dollars en subventions publiques aux pharmaceutiques et aux biotechnologiques qui sont carrément devenus des bars ouverts et des paniers percés, et dont le Québec est le champion pourvoyeur en Amérique du Nord. On crée la société d’État Pharma Québec qui verra à effectuer et à coordonner la recherche et le développement publics de nouveaux médicaments et le traitement de malades en partenariat avec nos universités, mais sans exclure le privé d’ici et d’autres pays comme le Brésil, la Chine, Cuba et l’Inde.

L’Institut de recherche publique Armand-Frappier, affilié à l’université du Québec, fut un succès retentissant. Malheureusement, comme dans beaucoup d’autres domaines, le gouvernement du Québec a nommé l’arriviste Francesco Bellini à la tête de cet instrument collectif qui, sentant la bonne affaire, l’a privatisé et l’a vendu à l’anglaise Shire pour plusieurs milliards de dollars. Bellini a empoché au passage quelques centaines de millions de dollars. Il ne reste plus rien de ce succès collectif que fut l’Institut Armand-Frappier (IAF-Biochem Pharma).

Septièmement, le parti socialiste du Québec va aligner le prix de nombreux médicaments à ceux pratiqués en Europe, en Asie et en Amérique latine puisqu’ils représentent une partie importante des coûts de notre système de santé, lesquels augmentent à un rythme affolant sans aucun contrôle (je dirais même avec leur complicité) de nos gouvernements afin de ne pas froisser les transnationales pharmaceutiques de médicaments d’origine et génériques. Croyez-moi, les prix vont baisser.

Il est fort probable que les pharmaceutiques vont nous menacer, (comme elles l’ont fait dans le passé et comme elles le font dans beaucoup d’autres secteurs d’activités) de mettre fin à leur approvisionnement. Comme il s’agit d’un domaine d’intérêt primordial, libre-échange ou pas, le Québec fabriquera, comme d’autres pays (Brésil, Inde, Cuba, Afrique du Sud) ses propres copies.

Huitièmement, les malades seront soignés et opérés dans des délais raisonnables. Face à la pénurie criante de nombreux médecins spécialistes (pédiatres, gynécologues, urgentologues, oncologues, etc.), à l’absence de services adéquats offerts en région et au laps de temps nécessaire pour former de nouveaux généralistes et spécialistes, je signerai une entente de collaboration avec Cuba afin que, pour un certain temps, ils nous envoient des médecins compétents comme ils le font avec d’autres pays.

Neuvièmement, je promets de régler le problème des urgences et d’augmenter le nombre de lits d’hôpitaux afin que les patients ne soient plus « parkés » à la queue-leu-leu dans les corridors des urgences et qu’ils y meurent parfois.

Dixièmement, les coûts de la santé privés ne seront, d’aucune façon directe et indirecte, déductibles d’impôts et ne recevant aucune aide gouvernementale. Finies la santé et l’éducation qui n’ont de privé que le nom. Il ne peut y avoir de véritable démocratie si l’État n’assure pas à la population un accès universel à tous les services publics. Ceux qui veulent payer 975 $ par année pour des services médicaux privés à leurs enfants (La Presse, 7?janvier 2011), le feront entièrement à leurs frais sans aucune déduction fiscale.

Les problèmes de notre système de santé publique sont réglables en prenant à titre d’exemple plusieurs pays d’Europe et Cuba. Il s’agit d’une simple question de volonté politique.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.