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Une autre voie
N° 301 - juillet 2011
Voyage de noces du USS George HW Bush en Méditerranée
La guerre au sol en Libye est en marche
MIchel Chossudovsky
Un déploiement sans précédent de puissance navale est en cours dans la Méditerranée. Le 1er juin, les États membres de l’Alliance nord-atlantique (OTAN), dont le Canada, ont décidé au cours d’une rencontre à Bruxelles de « renouveler la mission », c’est-à-dire poursuivre la guerre contre la Libye « pour 90 jours encore, jusqu’à la fin septembre ». Ce qui se dessine est une escalade des opérations militaires, qui mène simultanément à une guerre prolongée.

Le super-porte-avions USS George HW Bush, le navire le plus avancé dans l’arsenal naval américain, accompagné de son groupe d’assaut, est entré dans la Méditerranée pour se joindre à la Sixième flotte, à Naples.

Le USS George HW Bush (CVN77) est le plus gros navire au monde : avec «?4,5 acres d’espace sur sa piste d’aviation, le rendant capable d’accueillir 90 jets et hélicoptères. Il héberge un équipage de 5500 personnes ». Équipé avec des systèmes guerriers électroniques sophistiqués, il est la plus grande « base militaire mobile » au monde.

Le USS George HW Bush et son groupe ont été envoyés en « voyage de noce?» jusqu’à la zone d’opérations de la Sixième flotte, c’est-à-dire la Méditerranée. Il a été « certifié prêt aux opérations de combat » un mois avant le début de la guerre contre la Libye.

« La liberté en marche » (Freedom at Work) est le « logo humanitaire » du USS George HW Bush. La taille du super-porte-avions, ses systèmes d’armement avancés, ses capacités destructives, sans mentionner son coût, sont l’expression même des folles ambitions impériales américaines. Selon la doctrine « choc et stupeur », le USS George HW Bush est destiné à soumettre l’ennemi à la totale domination.

Depuis le début de la guerre le 19 mars, plus de 10 000 sorties ont été menées. L’OTAN reconnaît un total de 9036 sorties, incluant 3443 sorties de frappes sur une période de deux mois, du 31 mars au 31 mai.

Les opérations militaires ne sont plus limitées aux campagnes de bombardements à haute altitude, dans lesquelles les cibles de frappes sont « pré-approuvées » et planifiées à l’avance. Le déploiement d’hélicoptères et d’opérations aériennes à basse altitude est envisagé. Ces dernières pour supporter le déploiement de commandos de l’OTAN et des forces rebelles au sol.

Avec le déploiement du USS George HW Bush et de son groupe, de pair avec les navires de guerre des autres pays alliés, une nouvelle étape de la guerre s’amorce.

Le navire britannique HMS Ocean, déployé à partir de Chypre, est équipé comme porte-hélicoptères, pour des hélicoptères Apache.

Les Apaches seraient déployées à partir du HMS Ocean, le plus gros navire de guerre britannique. À la mi-mai, des exercices en mer ont été tenus au large de Chypre, impliquant des bateaux de guerre britanniques et néerlandais, avec le HMS Ocean jouant un rôle central comme porte-hélicoptères. «??L’exercice comprenait des répétitions de défense anti-aérienne et du tir à munitions réelles en mer, avec des exercices amphibies en zone ­côtière.?»

En échange, la France a confirmé qu’elle déploierait ses hélicoptères d’attaque Tigres.

Nous pouvons ainsi nous attendre à un changement majeur dans la nature des opérations militaires au cours des semaines à venir, à l’envoi de commandos en appui à des opérations terrestres, avec des hélicoptères et des déploiements aériens à basse altitude jouant un rôle important. (Ces vols à basse altitude ne seraient pas limités aux drones Predators).

La nature des opérations aériennes deviendra, par conséquent, plus ciblée. L’objectif avoué est « d’emmener la campagne aérienne au sol ». Le super-porte-avions USS George HW Bush et son groupe de combat joueront un rôle clé dans l’implantation de la prochaine phase de la guerre.

Dans les semaines précédent son «?voyage de noces » en Méditerranée, le USS George HW Bush, avec son groupe de combat, a pris part à un grand jeu de simulation de guerre au large de la côte des Cornouailles, au Royaume-Uni, sous les auspices de la Royal Navy, du 19 au 26?mai.

Nommé « Exercice Saxon Warrior », cette simulation s’est tenue dans un environnement maritime, avec la participation de navires de guerre britanniques, américains, français, allemands, suédois et espagnols. En tout, l’exercice mettait en cause la participation de 26 unités navales ( EGFE Movements Exercise Saxon Warrior).

Il est significatif que « Saxon Warrior?» soit une des plus grande simulation de guerre tenues par la Royal Navy, en lien étroit avec la marine états-unienne, l’OTAN et le Pentagone.

« Le groupe d’assaut du George HW Bush est bien préparé pour ce déploiement », a dit le vice-amiral Nora Tyson, commandant du groupe, et première femme à diriger le groupe d’un porte-avion états-unien.

Les exercices de simulation sont directement reliés à la « vraie guerre ». Saxon Warrior simulait tant la structure de commandement multinationale que la configuration de la guerre dirigée par l’OTAN dans la Méditerranée en termes de déploiement naval, aérien et d’hélicoptères, ainsi que les possible opérations de forces au sol. Les 5500 marins à bord du USS George HW Bush sont destinés à servir en cas de débarquement de commandos en territoire ennemi.

Bien que l’exercice ait eu lieu sous la direction de la marine britannique, des exercices de vols à basse altitude d’avions et hélicoptères ont aussi été entreprises dans le Sud-Ouest de l’Angleterre et une partie du Pays de Galles, simulant les conditions d’un pays ennemi fictif. L’attention portée aux opérations d’hélicoptères et de missions aériennes à basse altitude est entièrement conséquente avec la prochaine étape de la guerre contre la Libye.

Si la Royal Navy coordonnait le jeu de guerre, la force navale états-unienne, en termes de déploiement militaire et de «?structure de commandement fictive », était de loin le joueur clé.

L’exercice de huit jours suivant des scénarios de mission uniques « englobant des combats sous-marins, aériens et de surface ». Le 26 mai, la dernière journée a culminé avec « une guerre simulée » dans un environnement maritime.

Alors que Saxon Warrior était basé sur des scénarios géopolitiques et militaires « fictifs », les participants, eux, savaient fort bien qu’ils s’entraînaient pour la guerre contre la Libye.

Ces jeux de guerre font partie du cadre d’une coopération militaire avancée entre Londres et Washington, impliquant l’intégration de facto des structures de commandement britanniques et états-uniennes. Les jeux de guerre ont été prévus pour coïncider avec la visite officielle du président Barack Obama au Royaume-Uni, soulignée comme une « relation spéciale » entre les États-Unis et le Royaume-Uni.

Significativement, les rencontres de haut niveau entre le président Barack Obama et le premier ministre David Cameron ont mené à l’établissement d’un conseil conjoint de sécurité nationale, avec le mandat de coordonner la prise de décisions militaires ainsi que la politique étrangère. Dirigé par les conseillers à la sécurité nationale américains et britanniques, ce conseil vise à consolider encore davantage l’axe militaire anglo-américain.

Ce qui s’annonce est une escalade des opérations militaires, qui mène simultanément à une guerre prolongée.

Ce changement dans la direction des opérations militaires vers un support de l’aviation et des hélicoptères aux commandos au sol ne mènera pas nécessairement à une invasion en bonne et due forme, du moins dans un proche futur.

Le USS HW Bush et son groupe de combat joueront un rôle clé dans le soutien aux opérations au sol grâce aux sorties des avions et hélicoptères.

Dans le cadre de la stratégie « Choc et Stupeur », les bombes anti-bunker BLU-109 de 2000 livres doivent être larguées sur la Libye au moyen des chasseurs Tornado de la Royal Air Force britannique. « Choc et Stupeur » fait partie de la doctrine de « Dominance rapide » ou « Force décisive », servant à intimider l’adversaire jusqu’à la soumission, ainsi qu’à terroriser la population civile.

Il vaut la peine de noter que l’usage d’armes nucléaires tactiques contre la Libye a été envisagé dans le cadre de la «?guerre humanitaire ». En 1996, la Libye était le pays choisi dans le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord comme la cible d’une arme nucléaire tactique B61-11, une bombe perceuse de bunkers munie d’une ogive nucléaire.

Le plan pour nucléariser la Libye n’a jamais été mis de côté. Peu après le début de la campagne de bombardement le 19 mars, le Pentagone a ordonné des tests de fonctionnalité de la bombe nucléaire B61-11. Ces tests ont été conduits en utilisant les mêmes bombardiers furtifs B2, de la même base militaire au Missouri, qui a servi à coordonner les raids des B2 sur la Libye au début de la guerre, le 19?mars.

Tous ces développements pointent vers un dangereux processus d’escalade militaire, qui pourrait potentiellement s’étendre au-delà des frontières libyennes. Les implications économiques et géo-stratégiques de cette guerre vont beaucoup plus loin.

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