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Une autre voie
N° 301 - juillet 2011
Une opération militaire bâclée qu’on va payer deux fois
Vivement une armée québécoise !
Jeanne d’Arc Tremblay*
Savez-vous à quoi m’ont fait penser les inondations en Montérégie ? Bizarrement, aux barbottes. La barbotte est ce poisson qui affectionne les fonds vaseux. Si elle pouvait parler, elle s’étendrait longuement en remerciements envers les gros poissons qui lui laissent leurs restes de table.

L’image m’est venue quand j’ai entendu un maire, frappé de plein fouet par les inondations, dire qu’il aurait bien aimé que l’armée canadienne l’aide à rétablir la situation, mais il comprenait et acceptait que celle-ci ne veuille pas le faire. Plus diplomate que ça, tu meurs !

Ce maire réagissait au ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, qui venait de déclarer : « J’en ai discuté avec le ministre (de la Défense nationale) et nous sommes d’accord que la collecte de sacs de sable ne représente pas un rôle approprié pour les Forces canadiennes ». Apparemment, la défense civile n’est pas une priorité pour les Forces canadiennes. Son rôle consiste plutôt à défendre le pays (contre qui ?) et à effectuer des missions militaires outre-mer.

Pour justifier son refus d’aider les sinistrés québécois à réintégrer leurs foyers, le ministre ajoutait « Les services que vous avez demandés (…) placeraient les Forces canadiennes en concurrence avec le secteur privé.?»

Cela m’a ramené à 1989 quand j’ai publié La défense du Québec et la famille Tremblay. Dans ce livre, je faisais l’historique des interventions militaires canadiennes depuis 1534 et une analyse des dépenses militaires du Canada. Je concluais en montrant l’intérêt pour les Québécois de faire l’indépendance et de se doter d’un autre type de défense nationale.

D’après mes calculs et en évaluant tous les dangers d’invasion du Québec, j’en arrivais à la conclusion que nous pourrions facilement réduire de moitié le budget de la Défense dans un Québec indépendant.

Les forces armées québécoises auraient deux missions principales : s’occuper des catastrophes civiles et naturelles et surveiller nos eaux territoriales pour éviter leur spoliation et les divers trafics qui peuvent s’y mener. Mais aucune intervention impérialiste n’était prévue au programme.

Une armée offensive est d’autant plus ridicule dans un Québec indépendant que nous n’aurions que quatre voisins : les États-Unis, le Canada, le Groenland (Danemark) et les Iles St-Pierre et Miquelon (France). Face à une invasion états-unienne, il est ridicule de vouloir affronter leurs forces armées.

Quant au Canada, ce sont nos amis, ils l’ont assez répété lors du dernier référendum. Pour les deux autres, ils sont aussi désireux qu’on leur foute la paix que nous le sommes.

En 2009, les dépenses militaires du Canada (Défense et Anciens combattants) se sont élevées à 18 milliards $. Dans un Québec indépendant, nous récupérerions 20 % de cette somme, soit 3,6 milliards $. Un milliard et demi serait amplement suffisant pour assumer des forces minimales.

Avec de telles forces de défense civile, nous aurions pu sans problème aider la population de la Montégérie à enlever les sacs de sable et à rétablir la situation. Tout cela sans cesser la surveillance de nos eaux territoriales.

De plus, avec les 2 milliards $ économisés sur l’actuelle contribution du Québec à la défense canadienne, nous pourrions pu aussi régler les problèmes du ministère de la Santé.

Mais non ! De peur de perdre la protection des Anglo-Canadiens, nous acceptons piteusement de payer deux fois la facture. Une première fois en laissant les soldats à ne rien faire d’utile dans leurs casernes. Et une deuxième fois pour permettre aux entreprises privées d’engranger des profits sur le dos des seuls Québécois qui font face à un désastre naturel.

Et il se trouve un maire pour dire au fédéral « Je vous comprends », et il accepte ce gaspillage éhonté.

Décidément, les Québécois me font parfois penser aux barbottes.

Il est grandement temps que le peuple québécois se conduise comme tous les peuples normaux et se tienne debout en assumant lui-même les pouvoirs de dépenser ses impôts comme il l’entend.

Les lecteurs de l’aut’journal des années 1990 se souviendront sans doute de Jeanne d’Arc Tremblay qui assumait une chronique sur la défense nationale dans l’aut’journal. Jeanne d’Arc est l’auteure de La défense du Québec et la famille Tremblay, parue en 1989 et critiquée très négativement par le ministre de la Défense, mais élogieusement dans Le Monde diplomatique, La Presse et le Devoir. À l’occasion des inondations en Montérégie, elle a décidé de sortir de sa retraite pour nous livrer ce billet.

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