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N° 196 - février 2001

Le continent se mobilise contre la ZLEA des marchands
André Maltais

Un vent se lève qui balaie les poudres aux yeux



Du 20 au 23 avril prochain, à Québec, le gratin de la mondialisation du commerce a rendez-vous pour discuter du projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). Le traité est une extension de l’ALENA à tous les pays des Amériques. S’inspirant de l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI), il vise à « ouvrir » tous les pays des Amériques aux prédateurs-investisseurs et à empêcher peuples et gouvernements de mettre des bâtons dans les roues des multimilliardaires avec des sujets comme l’environnement, le syndicalisme, la langue, la culture et le droit de tous à la santé et à l’éducation. Mais, comme le dit le groupe ATTAC-Québec, « un vent citoyen se lève qui balaie toutes les poudres aux yeux que lancent les chantres de la marchandisation du monde ».

Spectacle médiatique qui se tiendra dans une ambiance de galas et de dîners officiels, le Sommet des Amériques réunira les 34 chefs d’État et ministres du commerce de l’hémisphère américain (sauf Cuba qui brillera merveilleusement par son absence) de même que quelques 8000 lobbyistes du milieu des finances et des affaires, gardes du corps et journalistes.

Selon l’organisation Tradewatch, la ZLEA va « renforcer au passage » le pouvoir des entreprises sur les gouvernements. Elle va « accentuer la course vers le bas commencée avec l’ALENA. Même les travailleurs exploités du Mexique auront de la concurrence en la personne de ceux encore plus misérables d’Haïti, du Guatemala ou du Brésil ».

Prolétaires de tous les pays, dollarisez-vous !

Les pays latino-américains sont déjà engagés dans cette course folle avec les privatisations et ventes à rabais d’entreprises d’État et, depuis peu, avec des économies « dollarisées », déconnectées totalement de la grande majorité des populations. Désormais utilisé en Équateur et au Salvador, le dollar US aura cours légal au Guatemala en mai 2001 tandis que les pays anglophones des Caraïbes (Jamaïque, Trinidad/Tobago, etc.) et le Honduras songent sérieusement eux aussi à en faire leur « monnaie nationale ».

Lancée en 1994 lors du premier Sommet des Amériques, à Miami, la ZLEA s’est transformée en ronde de négociations en 1998 lors du Sommet de Santiago. Neuf groupes de travail ont alors été créés (agriculture, règlements des différends, services, propriété intellectuelle, politique de la concurrence, accès aux marchés, investissement, aide gouvernementale et marchés publics). Leurs travaux relèvent des trente-quatre sous-ministres du commerce. À Québec, les pourparlers seront élevés au niveau ministériel. L’entrée en vigueur de la ZLEA est prévue pour 2005.

Depuis 1998, les organismes non gouvernementaux (ONG) exigent en vain l’ajout de groupes de travail sur la démocratie, les droits syndicaux, la protection des consommateurs et l’environnement.

Trop parler nuit au profit

Comme ses semblables, la ZLEA est négociée secrètement à l’insu des parlements et des citoyens. Un récent rapport de la Commission des institutions de l’Assemblée nationale québécoise déplore « qu’on ne retrouve pas les parlementaires ni en amont ni en aval du processus de négociations alors que certains groupes de la société civile y ont une place privilégiée, tel le Forum des gens d’affaires des Amériques ».

Les sujets en discussion

Les négociations visent surtout à faire adopter les points suivants 0

- Une plus grande libéralisation des « services », ceux-ci comprenant éducation, soins de santé, environnement (incluant l’accès à l’eau), énergie et services professionnels en général.

- Le maintien des dispositions du chapitre 11 de l’ALENA permettant aux investisseurs étrangers de poursuivre les États dont les lois restreignent l’accès au marché national.

- Des assouplissements permettant aux États-Unis d’exporter leurs OGM et leurs biotechnologies (domaines où leur avance est insurmontable) aux trente-trois autres pays.

- Un renforcement de la notion de propriété intellectuelle accordant aux entreprises détentrices de brevets le monopole sur la commercialisation de ces derniers partout dans l’hémisphère. Les compagnies pharmaceutiques, par exemple, pourront vendre très cher à des entreprises sud-américaines des licences de fabrication de leurs médicaments brevetés, les rendant hors de prix pour les populations de ces pays.

Le Sommet des peuples

Mais, comme à Seattle, Prague et partout où a défilé récemment le cortège funèbre des « mondialisateurs » de pauvreté, une résistance continentale s’organise à Québec.

Syndicats et ONG des Amériques, regroupés sous le parapluie de l’Alliance sociale continentale, tiendront un sommet parallèle, le Sommet des peuples, du 17 au 20 avril. Une grande manifestation, le 21 avril, clôturera ce sommet. Le Québec est représenté au sein de cette alliance par le Réseau québécois sur l’intégration continentale, une coalition d’organisations syndicales (FTQ, CSN, CSQ), écologistes (regroupées dans le Réseau québécois des groupes écologistes), communautaires (dont Solidarité populaire Québec) et d’aide internationale (CUSO-Québec, Alternatives, Développement et paix, etc.).

La résistance se fait également autour de groupes d’activistes comme la CLAC (Convergence des luttes anticapitalistes), le CASA (Comité d’accueil du Sommet des Amériques), OQP-2001 (Occupation Québec Printemps 2001) et Opération SalAMI.

CLAC, CASA et OQP-2001 s’occupent de loger, transporter et nourrir des opposants venus des quatre coins d’Amérique. Ils ont aussi mis sur pied des comités médical (premiers soins), légal (support aux arrêtés et emprisonnés), culturel/artistique ainsi qu’un comité d’aide à franchir la frontière canadienne pour les militants de l’extérieur.

Avec Opération SalAMI, ils préparent aussi des « coups d’éclat pacifiques » (perquisitions civiles, «teach-in », blocages d’édifice, etc.) et un « carnaval anticapitaliste » visant à « nuire le plus possible » à la tenue du Sommet.

Toute cette opposition commence à inquiéter les organisateurs. Cela explique sans doute le « délire sécuritaire » annoncé pour Québec (voir encadré) de même que les propos du ministre canadien du Commerce international, Pierre Pettigrew, lors d’une entrevue accordée au Globe and Mail (12/12/00) dans laquelle il prétendait que le Canada veut atténuer la portée du chapitre 11 de l’ALENA.

« De la poudre aux yeux », analysait le lendemain ATTAC-Québec en montrant que, depuis 1998, le Canada n’a pas fait l’ombre d’une proposition au groupe de négociation de la ZLEA sur l’investissement.

Protégez-nous du délire sécuritaire

Comme le dit Marie-Ève Sauvé de OQP-2001 0 « Il y a des chefs d’État latino-américains qui risquent de se sentir à l’aise à Québec, en avril prochain, quand ils verront le déploiement de ce que la GRC qualifie de “ plus imposante opération de sécurité jamais effectuée sur le territoire canadien ”. »

En plus d’une armée de plus de 5000 policiers (dans un tout nouvel uniforme qu’on refuse de dévoiler aux médias !), un périmètre de sécurité dépassant largement les besoins sera entouré de 3,8 kilomètres de clôture barbelée (la clôture est déjà sur les Plaines d’Abraham !).

Ce périmètre obligera 25 000 personnes (résidents et travailleurs) à subir des contrôles d’identité comme en Palestine. « Ces mesures, poursuit Marie-Ève Sauvé, impliquent de suspendre la Charte des droits et libertés dans un périmètre de plus de 3 km, là où les droits d’association, de libre opinion, de réunion, de manifestation et de libre circulation ne s’appliqueront plus. »

Le néolibéralisme libère des places dans les prisons et les hôpitaux

Lisa Goodyer, aussi de OQP-2001, s’inquiète du vidage de la prison d’Orsainville (près de 600 places) et de certains hôpitaux. Elle qualifie ces mesures « d’alarmistes » et de « menaçantes » visant à « annihiler des protestations et des réclamations qui n’ont désormais nulle autre tribune que celle de la rue ».

De plus, l’automne dernier, une loi permettant les arrestations préventives a été adoptée par la municipalité. « Ça commence à ressembler à la crise d’Octobre 70 », ajoute Marie-Ève Sauvé.

Un comité de lutte contre le périmètre a été mis sur pied par OQP-2001 0 le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste. On peut consulter son « calendrier des hostilités » contre le périmètre à l’adresse suivante 0 http0//membres.tripod.fr/oqp2001

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