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Le NPD et le Québec
N° 300 - juin 2011
Après avoir financé les profits, les travailleurs épongent les dettes
Le retrait des compagnies appauvrit les retraites
Maude Messier
Imaginez que, du jour au lendemain, vos revenus soient amputés de 35 %. Sans que vous n’y puissiez vraiment rien.

C’est pourtant ce qui est arrivé aux travailleurs retraités de l’usine Papiers Fraser de Thurso. Une manifestation a d’ailleurs été organisée la semaine dernière à Gatineau, devant les bureaux d’affaires de Brookfield Asset Management, société détentrice de l’entreprise Papiers Fraser.

Le Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier (SCEP) a également pris part au rassemblement et réitéré son total appui aux retraités dans ce dossier, faisant même valoir que le syndicat étudiait les recours légaux possibles contre la compagnie.

Le vice-président du SCEP au Québec, Renaud Gagné, déplore que l’entreprise se soit soustraite à ses obligations financières à l’égard du régime de retraite des travailleurs de façon détournée. « Nous entendons bien continuer de nous battre pour que ce genre de situation ne survienne plus », a-t-il déclaré.

Dans une entrevue accordée à l’aut’journal, Renaud Gagné relève avec ironie les énergies déployées par Brookfield pour dorer son image de bon citoyen corporatif dans la région de l’Outaouais, comme en témoignent les nombreuses affiches de commandites pour divers événements et activités socioculturels.

Une situation qui a de quoi choquer les retraités de l’entreprise, lesquels ont vu fondre leurs revenus de retraite comme peau de chagrin. « S’ils avaient du respect un peu, avec les millions qu’ils font, ils auraient accepté de négocier », soutient le dirigeant syndical, rappelant à cet effet l’entente conclue avec AbitibiBowater, il y a quelque mois à peine.

Quelques semaines seulement après avoir conclu des négociations ayant abouti à d’importantes concessions pour les travailleurs, lesquels ont notamment consenti à une réduction de salaire de 3,21 $ l’heure, Papiers Fraser se plaçait sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) en juin 2009.

« Pour sauver les emplois et le régime de retraite, les travailleurs ont accepté ces concessions le couteau sur la gorge », se souvient M.?Gagné.

En se plaçant sous la protection de la LACC, l’entreprise n’a pas eu à verser les sommes dues au régime de retraite pour combler le déficit de solvabilité qui s’établissait à 65?%, ce qui indigne au plus haut point la direction syndicale du SCEP.

Après des mois d’arrêt de production, la compagnie Fortress Specialty Cellulose se porte acquéreur des installations de Thurso en décembre 2009 et prévoit investir 150 millions $ pour transformer l’usine de pâte à papier afin de produire de la rayonne.

Le problème, c’est que Fortress refuse d’investir si elle doit assumer aussi les dettes qui incombent à Papiers Frasers, comme c’est normalement le cas, dettes qui s’élèvent à 30 millions $ pour le régime de retraite et à 6 millions $ pour les primes de licenciement.

Ayant tout à perdre, les travailleurs ont finalement consenti à accorder une quittance à Fortress, offrant ainsi « une page blanche pour l’entreprise », fait valoir Renaud Gagné. Il y a donc terminaison du régime avec déficit en juillet 2010. Dorénavant, les employés n’auront droit qu’à un régime de retraite à cotisations déterminées, beaucoup moins avantageux.

Cette terminaison de régime affecte durement les quelque 800 retraités de l’usine de Thurso, coupant leurs revenus de retraite de 35%, soit environ 1000 $ par mois en moyenne. « Ce qui reste, ça paye la base, le nécessaire. Ces 1000 $ représentaient finalement les petits extras pour profiter de la retraite que ces gens se sont planifiée leur vie durant. »

Papiers Fraser a également vendu en avril 2010 ses installations spécialisées dans les pâtes et papiers à Twin Rivers Paper Company, une nouvelle société également détenue par Brookfield Asset Management, prévoyant ainsi que les gains tirés de ces deux ventes d’actifs permettront de régler les réclamations des créanciers, mais pas des retraités.

« Brookfield a dit : je vends de la main droite et j’achète de la main gauche. La main gauche achète et empêche que l’usine ferme, à condition que vous renonciez au régime de retraite », ajoute Renaud Gagné, indigné que les entreprises puissent se départir de leurs responsabilités aussi facilement.

« On prend l’argent des citoyens pour subventionner une compagnie qui en a volé d’autres. Earl Jones est en prison, Lacroix est en prison pour avoir volé les économies que les gens ont mis de côté pendant leur vie. Du côté de la LACC, c’est une loi dont ils se servent pour voler le monde et c’est tout à fait légal », déplore le dirigeant syndical.

Ce qu’il craint, c’est évidemment que de telles pratiques ne deviennent monnaie courante. Et ces craintes ne sont pas futiles. « Black Diamond et White Birch essaient de nous faire le même coup, la demande est la même », indique-t-il.

Alors que Papiers White Birch bénéficie de la protection de la LACC depuis février 2010, le fonds d’investissement Black Diamond se porte acquéreur, par le biais d’une société désignée sous l’appellation WB/BD, des trois usines de l’entreprise situées au Québec, soit à Québec, Masson et Rivière-du-Loup.

« Mais cette acquisition est conditionnelle au renouvellement des conventions collectives et à la terminaison du régime de retraite actuel, dont le déficit s’élève à 160 millions $, sans quoi c’est la faillite. »

Une situation qui pourrait entraîner des pertes de revenus à la retraite de l’ordre de 35 % à 65 % pour les retraités actuels et futurs. 1000 travailleurs seraient ainsi victimes de cette transaction.

Chose certaine, il est hors de question pour le SCEP de laisser White Birch « laver ses dettes » en bénéficiant de la protection de la loi. Pour Renaud Gagné, une formule similaire à ce qui s’est négocié dans le cas d’AbitibiBowater permettrait à la fois d’éviter la faillite et de conserver les régimes de retraites.

À ce sujet, le SCEP et la FTQ dénonçaient vertement, vendredi dernier, l’absence de White Birch et de Black Diamond à une rencontre organisée par la centrale syndicale avec le ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, Clément Gignac, et des représentants de la Régie des rentes du Québec pour tenter de trouver une solution.

Bien qu’il semblerait que « le gouvernement n’approuvera aucune entente où les retraités ou les employés actifs seraient lessivés, où ils perdraient énormément », d’après de ce rapportait Le Soleil, le SCEP juge ce faux bond « irresponsable et méprisant ».

Renaud Gagné rappelle que, si l’entente avec AbitibiBowater ne fait pas l’unanimité, elle a au moins le mérite de sauver l’argent des retraités.

Une telle entente, à l’avantage des deux parties, serait tout à fait envisageable selon M. Gagné, tout dépendant des intentions de White Birch et de Black Diamond.

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