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Le NPD et le Québec
N° 300 - juin 2011
Le plus bas taux de participation à une élection présidentielle occidentale
Coup d’État électoral de Michel Martelly
Roger Annis*
Haïti se retrouve aujourd’hui avec un néo-duvaliériste comme président élu, grâce à l’effort concerté de puissances étrangères pour continuer de contrecarrer les aspirations du peuple haïtien à la justice sociale.

Michel Martelly est étroitement associé à l’extrême-droite haïtienne qui a renversé des gouvernements élus à deux reprises (en 1991 et en 2004). Le 7 avril, il a déclaré à la radio anglaise de la SRC, dans le cadre de l’émission The Current, qu’Haïti « avait pris la mauvaise direction au cours des 25 dernières années », ce qui correspond à la période de temps au cours de laquelle le peuple haïtien a tenté de surmonter l’héritage d’impunité, de dépendance et de sous-développement laissé par la tyrannie de Duvalier.

Martelly s’est engagé à reconstituer les tristement célèbres Forces armées d’Haïti (FADH) que l’ancien président Jean-Bertrand Aristide avait dissoutes en 1995 à cause de leur penchant prononcé pour les coups d’État et les nombreuses violations des droits de la personne. Anciens et futurs soldats s’entraînent déjà dans des camps un peu partout en Haïti et attendent leur appel au service.

Martelly a également déclaré que le développement économique et social d’Haïti repose sur la capacité de convaincre un plus grand nombre d’investisseurs étrangers d’installer leurs ateliers ou leurs usines en Haïti, particulièrement des « sweatshops » (ateliers de misère).

L’élection à deux tours de scrutin qui l’a porté au pouvoir a été financée et inspirée par des puissances étrangères. Les Etats-Unis, le Canada et l’Europe ont payé au moins 29 millions de dollars pour la financer. Le vainqueur reconnaît que les coûts de sa campagne – un million de dollars pour le premier tour et 6 millions pour le deuxième – ont été couverts en grande partie par des « amis » aux États-Unis. Il refuse cependant de dire de qui il s’agit.

Sa campagne a été menée par la même firme de relations publiques espagnole – Osto & Sola – qui a pris en charge l’élection victorieuse, bien que frauduleuse, de Felipe Calderón à la présidence du Mexique en 2006.

L’élection haïtienne a été un processus d’exclusion politique. En effet, le plus gros parti politique d’Haïti, Fanmi Lavalas, a été arbitrairement exclu du scrutin par le Conseil électoral provisoire (CEP), formé de manière non constitutionnelle. Elle a aussi été une vaste manœuvre pour priver la plupart de l’électorat haïtien de son droit de vote. L’inscription des électeurs était partielle, lors du premier tour de scrutin, le 28 novembre 2010. Aucune inscription supplémentaire n’a été autorisée pour le second tour de scrutin du 20 mars 2011. Le scrutin a été marqué par la fraude et les irrégularités, non seulement au cours du premier tour, mais également lors du second.

Le représentant spécial adjoint du secrétaire général des Nations Unies pour Haïti, Nigel Fisher, a exprimé la satisfaction du Conseil de sécurité concernant le résultat de l’élection lorsqu’il s’est adressé à la SRC de Vancouver le 5 avril dernier. Tout en reconnaissant qu’il y avait eu « pas mal de fraude » lors du scrutin du 28 novembre, il a déclaré que tout était oublié lors du second tour.

La preuve la plus accablante du manque de légitimité de cette élection est son taux de participation exceptionnellement bas. Les résultats préliminaires du CEP, dévoilés le 4 avril, font état d’un autre taux record de faible participation au scrutin du 20 mars, à peu près égal au taux de participation de 23 % enregistré le 28 novembre. Selon le Center for Economic Policy Research de Washington, il s’agit là des taux de participation à une élection présidentielle dans l’hémisphère occidental les plus bas depuis au moins 1945.

Partout dans le monde, beaucoup de médias ont fait volte-face de manière étonnante dans leur couverture de ces événements. Alors que le premier tour de scrutin avait été présenté, à juste titre, comme étant profondément et irrémédiablement frauduleux, le second tour est devenu, comme par magie, acceptable pour les médias et les gouvernements nord-américains et européens. Il n’était cependant pas acceptable pour le CEP qui est juridiquement « l’arbitre final » de toutes les élections haïtiennes. Seuls quatre de ses membres, et non pas la majorité requise de cinq membres, ont voté en faveur de la tenue d’un second tour de scrutin.

Ce qui est encore plus important, c’est que Michel Martelly a été imposé au CEP par l’Organisation des États américains (OEA) et par Washington, en tant que second candidat face à la favorite du premier tour, Mirlande Manigat. Les calculs du CEP avaient pourtant démontré que Jude Célestin, le candidat du parti Unité du président René Préval, s’était classé deuxième lors du premier tour de scrutin.

Le quotidien canadien ayant le plus fort tirage, le Toronto Star, a publié un éditorial le 30 novembre 2010, dénonçant le premier tour de scrutin comme étant une « fraude » et affirmant que l’exercice au complet devait être refait à une date ultérieure. Des journalistes de Radio-Canada sur le terrain en Haïti ont qualifié le vote de « simulacre » ou de « fraude complète ».

Martelly lui-même a qualifié le premier tour de « fraude » et, conjointement avec 13 autres candidats, a demandé le 28 novembre dernier que l’élection soit annulée… pour faire marche arrière dès le lendemain, quand Edmond Mulet, le chef de la force d’occupation militaire du Conseil de sécurité en Haïti, l’a contacté par téléphone pour lui dire qu’il pourrait avoir gagné.

L’accession de Martelly au pouvoir constitue un coup d’État électoral. Il s’agit d’une continuation des objectifs du coup paramilitaire de 2004, à savoir exclure le peuple haïtien de ses propres institutions politiques et affaiblir encore plus ses aspirations à la justice sociale, exprimées de façon si éloquente par Aristide lors de son retour en Haïti.

Tout cela augure mal pour l’effort massif de reconstruction qui reste toujours à accomplir. Les promesses d’aide et de reconstruction demeurent en grande partie lettres mortes. Les efforts de reconstruction en Haïti ont à peine commencé, quinze mois après la catastrophe.

Plus de 95 % des décombres n’ont pas encore été enlevés et moins de 10 % des 9 milliards de dollars promis par des donateurs étrangers au 31 mars dernier ont été réellement remis.

Plus d’un million de personnes sont toujours sans abri, vivant encore sous des tentes dans des camps de fortune parce que seulement 15 % des logements temporaires nécessaires ont été construits.

En ce moment, on fabrique un battage médiatique autour de la « victoire » de Martelly, à la suite d’élections truquées ; mais à mesure que ce battage s’estompera, le mécontentement et la lutte populaire reviendront de plus en plus au premier plan.

*Roger Annis est coordonnateur du Canada Haiti Action Network/Réseau de solidarité Canada-Haïti.

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