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On a choisi le meilleur
N° 196 - février 2001

Une fondation pour les drames oubliés
Pierre Dubuc

La première Maison des travailleurs



« Lorsque j’ai été reçu médecin, on m’a offert un sac de golf. Je ne m’en suis jamais servi », m’a-t-il dit. Cependant, à voir de quel pas alerte, malgré ses 74 ans, le docteur Benoît Deshaies nous fait visiter les deux étages de la Polyclinique médicale populaire, située en face du métro Papineau à Montréal, on réalise que ce n’est pas un quelconque handicap physique qui l’a tenu loin des parcours de golf.

Le Dr Deshaies a consacré sa vie aux victimes d’accidents du travail et de lésions professionnelles et il veut aujourd’hui prolonger son action, même lorsqu’il sera dans l’au-delà !

La Polyclinique populaire

« Mon père est mort à 46 ans de silicose. Il travaillait dans une fonderie à Joliette » raconte le Dr Deshaies pour expliquer comment s’est effectué son choix de carrière et son engagement personnel.

En 1967, il a fondé avec Jean-Paul Ménard, alors président du Conseil du travail de Montréal, la Polyclinique populaire en vue d’offrir une ressource médicale et professionnelle pour les travailleurs ayant subi un accident de travail.

La Polyclinique compte aujourd’hui 25 personnes, dont 18 professionnels. Le Dr Deshaies s’est fait un plaisir de me présenter celles et ceux qui se trouvaient sur les lieux en me faisant visiter les salles d’ergothérapie, de physiothérapie, de chiropractie, d’acupuncture même, sans oublier la pharmacie.

Bien entendu, en bon docteur, il m’a demandé, chemin faisant, à quand remontait mon dernier examen médical, si je fumais et il a testé mes capacités cardio-vasculaires en m’obligeant à monter l’escalier les marches deux par deux pour le suivre.

Il faut rendre les services non couverts

Le succès de la Polyclinique populaire serait de nature à satisfaire toute personne normalement constituée. Mais pas le Dr Deshaies ! Aussi, a-t-il décidé de mettre sur pied une fondation qui porte son nom.

Il m’en explique la raison en citant le Rapport d’activités 1999 de la CSST. On y lit que les réclamations refusées, les dossiers en suspens et d’autres dont le sort est inconnu totalisent 21 713 demandes. « On peut présumer, en étant conservateur, dit le Dr Deshaies, qu’au moins 217 personnes, soit 1% des 21 713, sont probablement sans travail, vivent sous le seuil de la pauvreté, ont besoin de services non couverts par les régimes d’assurances publics ou privés, comme une expertise médicale, des traitements en chiropractie ou en psychologie. »

Voilà pour la justification statistique. Mais il y a aussi la justification pratico-pratique beaucoup plus convaincante. Et le Dr Deshaies nous parle de ce travailleur d’Hydro-Québec, électrocuté en 1972, qui démissionne par la suite de son travail, devient vagabond et se présente à la Polyclinique. Ou encore de ce gars de Roberval devenu paralysé par suite d’un accident de travail. Ou encore de cet enseignant qui a développé des problèmes de santé mentale. « Ce sont les plus difficiles à soigner », de me dire le Dr Deshaies à propos du dernier cas.

La prise en charge commence par l’hébergement

La Fondation Docteur Benoît Deshaies a reçu ses lettres patentes au mois d’août 1998. Elle est présentement en campagne de levée de fonds. Le Fonds de solidarité s’est engagé à verser 2 500 $ par année pendant quatre ans. La FTQ et la CSQ ont contribué chacune 1 000 $. Des entreprises comme Gaz Métro et Pétro-Canada ont accepté de doubler la mise de leurs syndicats. Plusieurs syndicats et progressistes participent à un « vins et fromages » bénéfice annuel ou encore à la Loto-voyages mensuelle.

« L’argent recueilli est maintenant suffisant pour que nous puissions procéder à la mise sur pied du comité d’attribution chargé d’évaluer les demandes », de dire le Dr Deshaies. Mais c’est évidemment insuffisant pour combler ses attentes et ses rêves. « Je voudrais que la Fondation fasse l’acquisition d’une résidence pour créer la première Maison des travailleurs du Québec. On y accueillerait les personnes éligibles qui, venues des quatre coins du Québec, pourraient y être hébergées à peu de frais, sinon gratuitement, pour toute la période de leur prise en charge par une équipe médicale professionnelle multidisciplinaire », nous confie-t-il. Chose certaine, le jour n’est pas venu où le Dr Deshaies sortira du placard le sac de golf reçu avec son diplôme de médecin.

On peut rejoindre la Fondation Docteur Benoît Deshaies, 230 boul. Gouin O., Montréal, H3L 1J6. Tél. 0 (514) 331-1937 ; télécopieur 0 (514) 331-0141; courriel 0 fondationdbdeshaies@videotron.ca

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