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N° 299 - mai 2011
Rob Ford détruit ce qui a contribué à construire sa ville
Un vent de droite souffle dru sur Toronto
Maude Messier
Syndicats, groupes communautaires, écologistes, de femmes, de citoyens et fédérations étudiantes : ils étaient plus de 10 000 dans les rues de Toronto, le 9 avril dernier, à dénoncer les politiques d’austérité du maire Rob Ford.

« Nous n’avons pas voté pour ces coupures », ont-ils scandé à l’attention de celui qui, depuis son élection, coupe dans les programmes sociaux et dans les services publics, privatise la collecte des ordures ménagères, envisage des hausses de tarification pour les installations récréatives, change de cap sur les politiques de développement du transport en commun et en matière de financement des logements sociaux.

La liste est longue quant aux orientations que préconise Rob Ford pour sa ville, alors que les organisateurs du « Rallye pour le respect » réclament qu’il « fasse plutôt passer les intérêts de la communauté, des services publics et des bons emplois avant son agenda politique. »

Si le maire de Toronto juge qu’il détient l’appui de la population et qu’il fait ce pour quoi il a été élu, il semble que ce ne soit pas l’avis des manifestants qui s’indignent de voir des services déjà existants coupés et des assises de la ville privatisées.

« Le maire Ford a été élu, mais il n’est pas le tsar », a déclaré Sid Ryan, président de la Fédération du travail de l’Ontario, traduisant ainsi le sentiment de trahison qu’ont exprimé de nombreux manifestants à l’endroit du maire.

L’aut’journal a rencontré Robert Lamoureux, porte-parole du Syndicat canadien de la fonction publique (CUPE-SCFP) en Ontario, syndicat qui représente notamment les quelques 26 000 cols blancs et les cols bleus de la ville de Toronto.

À son avis, les tensions qui animent présentement la métropole trouvent leurs origines dans le contexte de l’élection de Rob Ford à la mairie.

Conseiller municipal sous l’administration de David Miller, Rob Ford, profitant de la grogne suscitée par la grève de plus d’un mois de la collecte des ordures en juin 2009, a annoncé qu’il comptait privatiser le service de collecte des ordures, « pour éviter qu’une telle grève ne se reproduise. »

Une annonce populaire à laquelle s’est joint tout un programme anti-travailleurs, « Stop the gravy train », visant à diaboliser le secteur public, explique Robert Lamoureux.

Alors qu’il avait pourtant promis en campagne de ne pas diminuer les services, Rob Ford vient tout juste d’engager des experts-conseils pour faire la vérification de l’ensemble des services municipaux de façon à « choisir la meilleure option : rationalisation, sous-traitance, privatisation, PPP. Rien n’est épargné. »

Trois millions $ ont ainsi été investis dans cette démarche baptisée « Core services review » pour réaliser des économies potentielles de 7 millions $.

Cette tendance à tout remettre entre les mains du secteur privé est largement dénoncée par les groupes contestataires, dont les syndicats, qui y voient une menace, tant pour la dispensation, la qualité et le coût des services, mais également pour le maintien et l’indépendance de l’expertise publique.

Par exemple, le maire a unilatéralement choisi d’annuler des projets de développement de transports en commun pourtant déjà financés, tels que des lignes de tramway desservant des secteurs éloignés du centre-ville, et des voies réservées aux autobus, pour favoriser des projets de construction de nouvelles lignes de métro, pourtant plus coûteuses et dont l’option avait déjà été écartée.

« C’est inquiétant. On a l’impression que le maire Ford détruit ce qui a contribué à construire la ville. Il n’en a que pour les baisses de taxes et les coupures budgétaires, sans égard aux services. C’est l’avenir de notre ville qui est en jeu », déplore Robert Lamoureux.

Il souligne que ce sont les moins nantis qui écopent en première ligne de ces réformes, ce qui contribue à accentuer le clivage entre les pauvres et les riches. « Est-ce vraiment dans ce genre de ville que l’on souhaite vivre ? »

Pour le syndicaliste, la stratégie de Rob Ford est en ligne droite avec les attaques antisyndicales qui secouent ­l’État du Wisconsin aux États-Unis.

« Il a coupé dans les recettes de la ville en éliminant des taxes et rééquilibré son budget en récupérant 275 millions $ de surplus budgétaires accumulés dans un fonds de réserve en cas de situation d’urgence. Mais qu’en sera-t-il au prochain budget ? »

M. Lamoureux est d’avis que les restrictions budgétaires permettront au maire Ford d’aller de l’avant avec son programme et de justifier économiquement la bataille à mener contre les ­syndicats.

À ce propos, les conventions collectives des cols blancs et des cols bleus de Toronto viendront à échéance le 31 décembre prochain et le SCFP envisage d’ores et déjà des négociations difficiles.

Robert Lamoureux indique qu’ils s’attendent, bien entendu, à des coupures dans les salaires et les avantages sociaux, mais la bataille à mener prendra surtout des airs d’une offensive antisyndicale.

Car, pour le moment, la volonté de privatisation du maire Ford est contrée par un irritant majeur : une clause dans la convention collective de ces travailleurs stipule que la ville ne peut pas sous-traiter ou privatiser un service, si cela entraîne une perte d’emplois, sans quoi les travailleurs visés doivent être relocalisés.

« On s’attend évidemment à ce qu’ils s’en prennent à cette clause de sécurité d’emploi, dernier rempart contre le démantèlement des services publics. C’est une copie du message de droite en provenance des USA. »

Le vent de droite n’a rien de rassurant pour Toronto, où l’optique d’un gouvernement conservateur majoritaire, doublé d’un candidat conservateur au provincial, Tim Hudak, qui gagne en popularité, en inquiète plusieurs. Un trio qui serait évidemment complété par le maire Ford.

« Les trois paliers vont s’entraider pour détruire le mouvement syndical. Ça s’est déjà produit quand Dalton McGuinty [premier ministre de l’Ontario] a passé une loi pour supprimer le droit de grève aux travailleurs de la Commission des transports collectifs. Ford est passé par le provincial pour arriver à ses fins. »

Robert Lamoureux insiste sur le fait que la situation commande une défense concertée. La présence de nombreux groupes sociaux et communautaires pour appuyer le mouvement de contestation contre les orientations de Rob Ford est ailleurs chaudement saluée.

« C’est un wake up call. Il faut sensibiliser la population aux effets néfastes de ces politiques sur les services publics. Il y a vraiment, et plus que jamais, une nécessité de travailler ensemble. Les conservateurs, c’est le parti des riches, mais c’est comme si les gens ne font pas le lien entre leur vote et les répercussions de ces politiques dans leur quotidien. Il y a de l’éducation politique à faire. »

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