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N° 299 - mai 2011
Le GICL, affilié à Al-Qaïda, en première ligne de l’insurrection libyenne
Les services secrets jouent les entremetteurs
Michel Chossudovsky
Les concepts sont sens dessus dessous : au nom de la « guerre au terrorisme », l’alliance militaire des États-Unis et de l’OTAN soutient une rébellion comprenant des terroristes islamiques.

Différentes factions figurent au sein de l’opposition libyenne : des monarchistes, des membres des Forces armées libyennes, le Front national pour le salut de la Libye (FNSL), la Conférence nationale pour l’opposition libyenne, agissant comme groupe d’encadrement, et des transfuges du régime de Kadhafi, dont le ministre de la Justice et Moussa Koussa, le ministre des Affaires étrangères qui a récemment fait défection.

Al-Jamaa al-Islamiyyah al-Muqatilah bi Libya, le Groupe islamique combattant en Libye (GICL), fait partie intégrante de l’opposition libyenne, un fait rarement reconnu par les médias occidentaux.

Les forces de l’opposition sont en grande partie constituées de milices civiles non entraînées, d’anciens membres des forces armées libyennes et de paramilitaires entraînés par le GICL. Le GICL, affilié à Al-Qaïda, est en première ligne de l’insurrection armée.

Le GICL, à la fois l’entité, ainsi que ses membres sur une base individuelle, est classé dans la catégorie des terroristes par le Conseil de sécurité (CS) de l’ONU.

Les concepts sont sens dessus dessous. Washington et l’OTAN, lesquels affirment être en « guerre contre le terrorisme », appuient un « mouvement prodémocratique » infiltré par des membres d’une organisation terroriste.

De plus, le soutien aux forces de l’opposition infiltrées par des terroristes en vertu de la « responsabilité de protéger » (Right to protect ou R2P) découle de l’accord 1973 du CS de l’ONU, lequel constitue une violation flagrante de la résolution 1267 du CS de l’ONU. Celle-ci identifie le GICL, comme une organisation terroriste.

Le Groupe islamique combattant en Libye (GICL), a été fondé en Afghanistan par des moudjahidines libyens, vétérans de la guerre soviéto-afghane.

Dès le départ, du début jusqu’au milieu des années 1990, le GICL a joué le rôle d’« agent de renseignement » pour le compte de la CIA et du MI6, le service de renseignement britannique. À partir de 1995, le GICL s’est activement engagé dans la « guerre sainte » islamique contre le régime laïque libyen, y compris dans la tentative d’assassinat de Mouammar Kadhafi en 1996.

Depuis la guerre soviéto-afghane, le réseau Al-Qaïda a servi d’« agent de renseignement » pour la CIA. L’administration Clinton s’est servie d’agents d’Al-Qaïda pour acheminer du soutien à l’Armée de Bosnie-Herzégovine au début des années 1990. L’Armée de libération du Kosovo (UCK), appuyée par l’OTAN, avait développé des liens étroits avec le réseau terroriste islamique.

En Yougoslavie, Al-Qaïda a servi d’agent du renseignement dans le contexte de la « guerre humanitaire » de l’OTAN. Des organisations terroristes y ont été soutenues et financées clandestinement. En 1999, l’intervention de l’OTAN est venue à la rescousse de l’UCK, qui était infiltrée par des aqgents d’Al-Qaïda.

L’opération « Aube de l’odyssée » en Libye reflète-t-elle une manœuvre habituelle des États-Unis et de l’OTAN ? C’est-à dire d’appuyer une insurrection infiltrée par des terroristes dans le but de justifier une intervention sur une base humanitaire afin de « sauver la vie des civils » ?

Cela fut la justification de l’OTAN pour intervenir en Bosnie et au Kosovo. Quelles sont les leçons à tirer pour la Libye ?

Le GICL a été appuyé non seulement par la CIA et le British Secret Intelligence Service (MI6), mais aussi par des factions au sein de l’agence de renseignement libyenne, dirigée à l’époque par l’ancien ministre des Affaires étrangères Moussa Koussa, lequel a fait défection pour le Royaume-Uni à la fin mars 2011.

En octobre 2001, Moussa Koussa, le chef du renseignement libyen, a rencontré le secrétaire d’État adjoint des États-Unis William J. Burns. La réunion entre Koussa et Burns a été d’une importance cruciale. De hauts représentants de la CIA et du MI6 étaient présents à cette rencontre, dont Sir John Scarlett, qui à l’époque était le chef du Comité mixte du Renseignement (CMR) du Cabinet et relevait directement du premier ministre Tony Blair. Le CMR supervise la planification des priorités du MI5, du MI6 et du Defense Intelligence (renseignement de la Défense) pour le gouvernement britannique.

« Notre homme à Tripoli », Moussa Koussa, devait jouer le rôle d’agent double. Lors de rencontres secrètes avec Sir John Scarlett, il a été « convenu qu’un agent du renseignement britannique pourrait agir à Tripoli ».

Le développement du GICL en tant que mouvement djihadiste paramilitaire, ainsi que son intégration dans les forces d’opposition anti-Kadhafi est directement lié au rôle central joué par l’agent double Moussa Koussa, lequel a contribué à tisser des liens bilatéraux étroits avec la CIA et le MI6.

À cet égard, la défection de Moussa Koussa à la fin mars a toutes les apparences d’une opération soigneusement orchestrée. Dans un revirement inhabituel, l’affaire a été négociée avec le gouvernement britannique par l’intermédiaire d’un ancien chef du GICL, lequel travaille aujourd’hui pour une fondation des droits de la personne située à Londres.

Les liens bilatéraux entre la CIA, le MI6 et le renseignement libyen en octobre 2001 ont procuré aux agences de renseignement occidentales une supervision et un accès directs en Libye par le biais de leurs contreparties pro-états-uniennes au sein de l’agence renseignement libyenne menée par Moussa Koussa. Cet accord a permis au renseignement occidental d’infiltrer efficacement l’agence de renseignement libyenne, dirigée par un agent double du MI6.

Selon un rapport de 2008 du département d’État des États-Unis, le gouvernement libyen « a continué à coopérer avec les États-Unis et la communauté internationale pour lutter contre le terrorisme et son financement […] Les représentants du renseignement espèrent accroître leur aide à la Libye en matière de contre-terrorisme durant les exercices financiers de 2010 et 2011 […] »

En 2009, le renseignement libyen et la CIA ont mis en place un programme commun de contre-terrorisme par lequel des représentants du renseignement libyen suivraient une formation ­anti-terroriste donnée par la CIA. Ce programme faisait partie d’un accord négocié par Moussa Koussa avec la CIA. Il était également destiné (en théorie) à dissoudre le GICL avec l’appui des agents du renseignement de la CIA.

Gardez à l’esprit l’ambiguïté du « contre-terrorisme » de la CIA : la formation du GICL en Afghanistan entre le début et le milieu des années 1990 relevait d’un projet de la CIA visant à créer un bras armé libyen pour son réseau Al-Qaïda.

Toujours en 2009, les chefs du GICL emprisonnés auraient renoncé à leur lutte armée contre le régime de Kadhafi dans un accord conclu avec des représentants libyens de la sécurité.

Quel était le rôle du programme de contre-terrorisme libyen-états-unien selon la perspective de Washington ? Officiellement, il était d’identifier les membres du GICL et de dissoudre l’organisation. En pratique, l’opération menée par les États-Unis en Libye, incluant la formation de représentants du renseignement libyen sous les auspices de la CIA, procurait à l’agence un écran de fumée convenant aux opérations du renseignement menées en Libye.

Cette formation a permis à la CIA d’infiltrer le renseignement libyen et d’y trouver des homologues fiables.

Le programme de contre-terrorisme de 2009 est directement lié à la rébellion de mars 2011. Il a permis à la CIA ainsi qu’au British Secret Intelligence Service (MI6) de fournir un appui clandestin au GICL en prévision de l’insurrection armée de mars 2011.

Les médias suggèrent que le GICL a été dissout (à la suite de la mise en œuvre du programme anti-terroriste financé par la CIA). Il n’existe aucune preuve à cet effet. Le GICL figure toujours sur la liste des entités terroristes du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Il y a des indices selon lesquels la CIA et le MI6 continuent à soutenir clandestinement le GICL, lequel constitue maintenant la ligne de front de l’insurrection armée contre le régime Kadhafi.

La coalition des États-Unis et de l’OTAN arme les djihadistes. Des armes sont acheminées au GICL par l’Arabie Saoudite, qui, historiquement, depuis le début de la guerre soviéto-afghane, a soutenu clandestinement Al-Qaïda. Les Saoudiens, en coordination avec Washington et Bruxelles, procurent actuellement aux rebelles des roquettes antichars et des missiles sol-air.

Les médias occidentaux ont exprimé leurs préoccupations tout en soulignant que les djihadistes sont d’« anciens membres du GICL prenant part à la lutte armée à titre personnel » plutôt qu’en tant que membres d’une organisation terroriste.

L’ancien chef du renseignement libyen Moussa Koussa a joué un rôle clef dans l’acheminement du soutien clandestin au GICL pour le compte de ses homologues occidentaux du renseignement. L’ancien directeur de la CIA George Tenet, tout en ne faisant pas référence à « notre homme à Tripoli », reconnaît dans son autobiographie de 2007 que « le relâchement des tensions avec la Libye [fut] l’un des plus grands succès de [son] mandat, puisqu’il a mené à la coopération entre les deux services de renseignement contre Al-Qaïda ».

Il ne devrait y avoir aucun doute : L’OTAN et le GICL sont des associés. L’alliance militaire occidentale appuie une rébellion infiltrée par des terroristes islamiques au nom de la « guerre au terrorisme ».

Traduction Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

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