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N° 299 - mai 2011
La tournée latino-américaine du président Obama
Une visite fanfaronne, offensante et pusillanime
André Maltais
Du 19 au 23 mars dernier, le président de la plus grande puissance militaire de l’histoire humaine, Barack Obama, visitait le Brésil, le Chili et le Salvador ; une tournée Latino-américaine faite à la course et assombrie par les bombardements contre la Libye.

Le périple a confirmé ce que croit un très grand nombre de latino-américains: l’administration états-unienne est désespérément intéressée par les richesses du sous-continent mais, en contrepartie, n’a rien à offrir aux peuples de la région.

Répliquant à la présence chinoise qui menace de plus en plus l’influence états-unienne en Amérique latine, Obama avait ciblé les deux plus grandes économies sud-américaines (Brésil et Chili) à qui il était venu proposer une «?nouvelle alliance égalitaire?».

Mais celle-ci n’était accompagnée d’aucune mesure concrète, échéancier ou appui politique que ce soit, alors que le président états-unien avait visiblement la tête au Moyen-Orient ou ailleurs.

La nouvelle proposition d’association semble copiée sur l’Alliance pour le progrès, annoncée il y a exactement 50 ans, en 1961, par le président Kennedy pour contrebalancer l’influence de la révolution cubaine dans la cour arrière des États-Unis, et qui a duré à peine une décennie.

En fait, dit Frida Modak, ex-secrétaire de presse du président Salvador Allende, Obama a fait comme si les nouvelles réalités politiques, en Amérique latine, n’existaient tout simplement pas.

En plus du lourd silence sur l’appui de son pays aux dictatures chiliennes et brésiliennes des années 60 et 70 et à la guerre civile salvadorienne des années 80, le président états-unien n’a pas même mentionné le Venezuela, la Bolivie ou l’Équateur, pas plus qu’il n’a dit mot de l’UNASUR, des bases militaires en Colombie, de Guantanamo, de la réactivation de la 4e flotte, de l’ALBA ou du coup d’État au Honduras.

Au Brésil, où le président états-unien s’est présenté en futur «?grand client?» du pays, la visite a été loin d’être harmonieuse.

Répondant au désir d’Obama de s’associer à l’exploitation du pétrole de l’immense gisement sous-marin dit « Presal?» et d’obtenir un important contrat d’avions de chasse, la nouvelle présidente, Dilma Rousseff, s’est plainte des barrières tarifaires imposées par les États-Unis contre plusieurs produits brésiliens, dont l’éthanol et les avions de la firme Embraer.

Selon le quotidien mexicain La Jornada, Rousseff, a insisté sur une relation bilatérale «?entre égaux?», en plus de solliciter l’appui du président Obama à une réforme fondamentale du Conseil de sécurité de l’ONU, avec le Brésil comme membre permanent.

Obama a répondu en défendant un élargissement limité du Conseil de sécurité et manifesté sa simple appréciation de l’intérêt montré par le Brésil.

De plus, l’appareil de sécurité accompagnant le président était si imposant que, lors d’un discours au Théâtre municipal de Rio de Janeiro, on comptait presque deux fois plus de gardes du corps états-uniens que d’invités brésiliens. Rien de bien amical pour le pays hôte !

Mais le pire affront, dit l’Argentin Atilio A. Boron, directeur du Programme latino-américain d’éducation à distance en sciences sociales, c’est qu’Obama ait donné le feu vert aux actions militaires de l’OTAN contre la Libye à partir du Brésil.

Membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, Brasilia s’était exprimé contre les opérations militaires et a été l’un des cinq pays qui se sont abstenus, lors du vote.

En conséquence, l’ex-président Lula da Silva a décliné une invitation à manger avec Obama. Après des mois de préparation, la présidente Rousseff annulait une conférence conjointe prévue avec le président Obama qui, lui, annulait un discours en plein air qu’il devait prononcer à Rio de Janeiro.

Au Chili, Obama était précédé par la nouvelle d’un accord de coopération nucléaire négocié entre ministres chiliens et multinationales étrangères sans que le moindre débat interne ne soit prévu par le président chilien, Sebastian Pinera.

Le projet est annoncé dans le pire contexte mondial possible, au moment où le Japon, l’un des pays les plus avancés au monde, nage en pleine catastrophe nucléaire après le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars dernier.

Pour le sénateur chilien Alejandro Navarro, la construction de centrales nucléaires est insensée dans un pays comme le Chili, plus sismique et infiniment moins avancé que le Japon. Surtout, dit-il, que la technologie états-unienne laissera le Chili à la merci des États-Unis.

La production d’énergie nucléaire vise surtout à approvisionner le secteur minier du cuivre, dont la production est, bien sûr, vitale pour les États-Unis.

Dans un discours très attendu, prononcé dans un centre culturel de Santiago, Obama, après avoir dit que l’Amérique latine allait bien et qu’elle était «?toujours plus importante pour les États-Unis?», n’a rien pu annoncer de mieux qu’un échange d’étudiants universitaires !

Un silence glacial a ensuite suivi les menaces proférées contre Cuba, selon lesquelles le peuple cubain mérite d’être libre et que, lui, Obama, est prêt à « mettre fin à cette histoire-là?».

Interrogé à propos d’une éventuelle collaboration des États-Unis aux enquêtes de la justice chilienne sur les crimes de la dictature Pinochet, le président états-unien a balbutié quelque chose comme «?on va considérer toutes les sollicitudes.?»

Quant au Salvador, Obama l’a inclus dans son voyage, nous dit le sociologue de ce pays, Rudis Flores, pour récompenser le président «?de gauche?», Mauricio Funes, de ses politiques en matière de sécurité et de lutte anti-drogue alignées sur Washington.

Funes s’est même transformé en promoteur de la reconnaissance du gouvernement illégal de Porfirio Lobo, au Honduras, et de la réincorporation de ce pays à l’Organisation des États américains (OEA).

Obama veut aussi que Flores laisse tranquille la base militaire de Comalapa qui abrite le Centre de surveillance anti-drogue (poste d’observation satellitaire branché avec les bases colombiennes) et l’Académie internationale pour le renforcement de la loi (ILEA, en anglais), qui est un centre d’entraînement policier considéré comme une réédition de ­l’École des Amériques de Panama.

À San Salvador, après s’être contenté d’annoncer 250 millions de dollars pour la lutte anti-drogue en Amérique centrale, Obama s’est rendu au tombeau de l’Archevêque Oscar Romero, assassiné il y a 31 ans par les militaires du major Roberto d’Aubuisson, financés et entraînés par les États-Unis.

Une bonne partie de la population a perçu cela comme une offense, puisqu’en même temps, le président états-unien n’a fait aucune déclaration de regret ou demande de pardon.

Comme au Chili, l’homme n’a pas voulu parler du passé, ce qui a fait dire au président nicaraguayen, Daniel Ortega?: «?J’accepterais de ne plus parler des politiques du passé avec Obama si ces politiques avaient disparu !?»

Obama n’a même pas voulu parler du présent, par exemple de plus de deux millions d’immigrants salvadoriens qui demandent la régularisation de leur statut aux États-Unis et qui sont menacés de déportation.

Tout cela explique pourquoi, José Pinera, frère du président chilien et ex-ministre du travail et des mines sous la dictature Pinochet, a commenté le voyage d’Obama en parodiant Jules César?: « Je suis venu, j’ai vu et je n’ai rien dit !?»

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