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Le diable est dans les détails
N° 298 - avril 2011

Voter comptera plus que jamais !
Pierre Dubuc
Les élections, ça compte ! Les récents événements aux États-Unis le démontrent. L’influence de la droite américaine sur les deux principaux partis fédéraux, les conservateurs et les libéraux, doit nous interpeller à la veille d’une élection fédérale.

Les élections, ça compte ! », c’est le commentaire de la revue britannique The Economist, saluant l’adoption par l’État du Wisconsin d’une législation mettant fin à la négociation collective pour les employés de la fonction publique, tout en supprimant le prélèvement automatique des cotisations syndicales à la source et en obligeant les syndicats à la tenue d’un vote de réaccréditation chaque année.

Au même moment, Tim Phillips, le président de la fondation Americans for Prosperity, à la tête d’un groupe de partisans du Tea Party en appui au gouverneur Scott Walker, narguait les syndicalistes du Wisconsin et leurs supporteurs en prédisant que le mouvement allait s’étendre à plusieurs autres États.

American for Prosperity a été créé en 2004 par les frères David et Charles Koch, des multimilliardaires américains, pour intervenir sur la scène politique, avec une multitude d’autres soi-disant « organismes citoyens », think tank, instituts et fondations. Au Wisconsin, selon une enquête de la revue Mother Jones, le conglomérat Koch Industries PAC a versé directement 43 000 $ au candidat républicain Scott Walker pour sa campagne électorale. À cela s’ajoutent 65 000 $ par le biais d’un don d’un million à la Republican Governors Association et une somme de 4,5 millions en publicités agressives contre son opposant du Parti démocrate.

Cette implication directe dans le processus électoral par le financement de candidats et, phénomène nouveau, la création, le financement et l’organisation d’activités de masse de groupes comme le Tea Party est l’aboutissement d’une série d’interventions de la famille Koch pour influencer la politique américaine.

Le père, Fred Koch, décédé en 1967, a été un des membres fondateurs de la John Birch Society, un groupe archi-réactionnaire qui qualifiait le président Eisenhower d’agent communiste et ne cachait pas son admiration pour Benito Mussolini.

Ses fils, Charles et David, héritier d’un empire – qui, selon le magazine Forbes, se classe au deuxième rang des plus importantes entreprises aux États-Unis, tout juste derrière le groupe Cargil – sont des disciples de Friedrich Von Hayek, le théoricien du néolibéralisme.

Aux élections présidentielles de 1980, les frères Koch ont versé 2 millions $ au candidat du Parti Libertarien, Ed Clark, qui attaquait Ronald Reagan à partir de postions encore plus à droite. Plusieurs des positions défendues par Clark se retrouvent aujourd’hui dans le programme du Tea Party : abolir la sécurité sociale et la loi du salaire minimum, mettre fin au contrôle des armes à feu et aux impôts sur le revenu des individus et des corporations.

Le candidat libertarien n’ayant obtenu qu’un pour cent des votes, les frères Koch ont décidé de se retirer de la vie publique, ce qui ne les a pas empêchés de continuer à chercher à influencer le débat politique en sous-main. Déjà, en 1977, ils avaient financé la création du Cato Institute, le premier think tank libertarien. Aujourd’hui, l’organisme compte plus d’une centaine d’employés à temps plein et a encaissé une somme de 11 millions $ des frères Koch entre 1986 et 1993.

La famille Koch intervient également par le biais de deux fondations : la Fondation Charles G. Koch, qui a versé plus de 48 millions à des groupes de droite entre 1998 et 2008, et la Fondation Claude R. Lambe qui, elle, a octroyé des subventions de 28 millions $. Pour la même période, le conglomérat Koch Industries a dépensé 50 millions $ en activités de lobbying et le comité politique Koch PAC a mis 8 millions $ pour soutenir des campagnes politiques. À titre individuel, les frères Koch – dont la fortune combinée les place au troisième rang des plus grosses fortunes américaines, derrière Bill Gates et Warren Buffet – et les membres de leur famille ont déposé 2 millions $ de plus dans la cagnotte de candidats républicains.

Au milieu des années 1980, les Koch ont donné 30 millions $ à la George Mason University d’Arlington en Virginie pour la création du Mercatus Center, un think tank qualifié par le Wall Street Journal « du plus important think tank dont on n’a jamais entendu parler. » Quatorze des vingt-trois plus importantes législations de George W. Bush lui auraient d’abord été suggérés par le Mercatus Center.

Après avoir mis sur pied tous ces labos d’idées, les frères Koch se sont rendu compte que ce n’était pas suffisant pour faire avancer leurs idées. En 1984, ils ont créé le Citizens for a Sound Economy, dans lequel ils ont injecté près de 8 millions $ au cours des années suivantes. L’organisme a embauché cinquante organisateurs, actifs dans 26 États, pour faire rallier les électeurs au programme politique des frères Koch.

C’est avec l’expérience acquise avec ce groupe que les Koch ont fondé en 2004 Americans for Prosperity et embauché Tim Phillips pour diriger l’organisme. Immédiatement après l’élection d’Obama, la fondation est entrée en action avec l’organisation de rassemblements « populaires » contre les mesures de relance de l’économie.

Puis, par l’intermédiaire d’une de ses filiales – Patients United Now –, elle est responsable de la tenue de plus de 300 rassemblements contre la réforme de la santé. Americans for Prosperity a aussi organisé au moins 80 événements contre l’entrée en vigueur d’une taxe sur le carbone.

L’exploitation pétrolière et l’exploitation forestière – par l’intermédiaire de la Georgia-Pacific – étant les deux principaux secteurs d’activité de Koch Industries, il n’est pas étonnant que priorité ait été donnée aux questions environnementales.

Classé comme l’un des dix plus grands pollueurs aux États-Unis, Koch Industries a consacré plus d’argent, entre 2005 et 2008, à combattre les législations environnementales, que Exxon Mobil. Ils ont financé, entre autres, la Heritage Foundation, qui nie le réchauffement de la planète, et l’Independent Women’s Forum, qui mène campagne pour qu’on ne présente pas dans les écoles publiques américaines le réchauffement de la planète comme un fait scientifique.

Les Koch ont financé une exposition d’histoire naturelle au Smithsonian Institute de Washington qui présentait les changements climatiques en cours comme une évolution normale à laquelle l’être humain allait s’adapter. L’exposition a fait scandale, tout comme la présence de David Koch au conseil d’administration du National Cancer Advisory Board, alors qu’en 1999, Koch Industries a payé une amende de 21 millions $ pour le déversement de 91 tonnes de benzène, un produit cancérigène, à sa raffinerie de Corpus Christi au Texas.

Dans une entrevue accordée au New York Times (21 février 2011), Tim Phillips, le président de Americans for Prosperity, affirmait que son groupe était déjà à l’œuvre en Indiana, en Ohio et en Pennsylvanie, tous des États dirigés par des gouverneurs républicains, pour l’adoption de législations antisyndicales similaires à celle du Wisconsin.

Cela fait partie du plan de ses patrons. Récemment, selon le New York Times, les Koch ont tenu une réunion secrète avec des leaders patronaux et des politiciens républicains pour organiser la bataille contre les syndicats. « Si ce n’est pas nous, qui d’autre ? Si ce n’est pas maintenant, quand ? », pouvait-on lire dans la lettre d’invitation. Les Koch avaient aussi invité Mark Mix, le président de la National Right to Work Legal Defense Foundation, un organisme voué à la destruction des syndicats, active dans les États du Sud.

Les élections, ça compte ! comme le démontrent les événements aux États-Unis. À méditer par tous les syndicalistes et les progressistes à la veille d’une élection fédérale, alors que l’influence de la droite américaine sur les deux principaux partis fédéraux, les conservateurs et les libéraux, ne se dément pas.

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