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Pour les amis de nos amis
N° 297 - mars 2011
45 membres du Congrès ont condamné les élections frauduleuses
Le Canada a tué la démocratie en Haïti
Pierre Dubuc
L’avocat haïtien Mario Joseph, rencontré par l’aut’journal lors de sa visite à Montréal, était sidéré de constater qu’aucun parlementaire canadien n’ait remis en cause le processus électoral en Haïti. « Aux États-Unis, un groupe de 45 membres du Congrès a condamné les élections frauduleuses du 28 novembre. Au Canada, les parlementaires ont tous, députés du Bloc et du NPD inclus, accepté le cadre dans lequel s’est tenu le premier tour. »

L’avocat des droits de l’homme terminait un bref séjour au Canada qui l’a amené à rencontrer, entre autres, une quarantaine d’avocats québécois au Palais de Justice de Montréal, pour examiner le soutien qu’ils pourraient apporter aux activités du bureau de Mario Joseph en Haïti.

Dans son esprit, il est clair que la soi-disant « communauté internationale », soit essentiellement, dans le cas d’Haïti, le trio Canada-France- États-Unis contrôle et manipule l’actuel processus électoral.

« Le recomptage électoral a été imposé au président Préval par l’Organisation des États américains. On propose Martelly comme candidat pour le deuxième tour. C’est le chef de la Minustah – la force d’occupation militaire des Nations unies – qui fixe les dates et donne le ton au débat. Ils ont tué la démocratie en Haïti », s’insurge-t-il.

Quelle serait la solution pour sortir de l’impasse actuelle ? Pour Mario Joseph, elle réside dans le respect de la Constitution haïtienne. « En vertu de l’article 149 de la Constitution, explique-t-il, le mandat de René Préval se terminait le 7 février 2011. Cela ne signifiait pas une vacance du pouvoir. La Constitution prévoit, dans un tel cas, que le juge le plus ancien de la Cour de cassation forme un gouvernement provisoire et que des élections aient lieu dans les 90 jours. »

Mario Joseph pense que de telles élections pourraient se dérouler normalement si on met fin à l’ingérence étrangère. Cela implique le départ de la Minustah. « La rue veut le départ de la Minustah. Des soldats ont violé nos femmes et on les a laissés quitter le pays avant qu’on ait pu les juger. Le Minustah est aussi responsable de l’épidémie de choléra », lance-t-il.

Les commentateurs politiques ont déploré la faible participation aux dernières élections. Mario Joseph l’attribue en grande partie aux exclusions de partis politiques populaires auprès des Haïtiens, comme le parti du mouvement Lavalas de l’ancien président Aristide, éjecté par un coup d’État en 2004. « À cause de ces exclusions, une bonne partie de la population a boycotté les élections. »

Dernièrement, lors d’émissions d’affaires publiques dans le cadre du premier anniversaire du tremblement de terre qui a dévasté le pays, plusieurs commentateurs et soi-disant experts recommandaient la mise en tutelle d’Haïti.

Mario Joseph reconnaît l’ampleur de la tâche de reconstruction et le peu de progrès réalisé à ce jour. « Tout est manquant, sauf la misère et la pauvreté ». Mais pas question de tutelle !

« Nous avons déjà subi l’occupation américaine de 1915 à 1934. Puis on a forcé les paysans haïtiens à tuer leurs cochons, sous prétexte de maladie, pour les rendre dépendants des importations. La même chose s’est produite avec le riz. D’autosuffisants, nous sommes devenus dépendants. Ces politiques néolibérales, on les appelle des plans de la mort en Haïti. »

L’avocat signale que le pays est déjà quasi sous tutelle. « L’aide étrangère est versée aux ONG étrangères et non au gouvernement haïtien. » Il existe présentement plus de 20 000 organisations non gouvernementales (ONG) en Haïti, dont certaines ont des budgets supérieurs aux ministères correspondants.

« Nous chérissons la liberté et il faut respecter la dignité du peuple haïtien », s’exclame Mario Joseph en rappelant que son pays est devenu la première république noire en 1804.

Il reconnaît qu’Haïti a besoin de l’aide étrangère, mais celle-ci doit être transparente et avec une reddition de compte. Il ne la considère surtout pas comme de la charité. Dans le cas du Québec, il voit cette aide comme un juste retour des choses. « Dans les années 1960, plusieurs intellectuels haïtiens ont émigré au Québec. Le Québec a profité de leurs compétences. C’était le pays plus pauvre qui aidait le pays riche. Le Québec a alors contracté une dette à l’égard d’Haïti. »

Là-bas, le bureau de l’avocat Mario Joseph s’occupe de la défense des victimes d’exactions, concernant leurs droits civiques et politiques, mais aussi économiques et culturels.

« Nous défendons les femmes victimes de viols. Leur nombre a triplé depuis le tremblement de terre. Les camps sont sans électricité et sans policiers. Nous leur prêtons assistance au tribunal, mais nous les aidons aussi à s’organiser pour prévenir les agressions. Nous avons des programmes d’utilisation de sifflets pour prévenir le voisinage. Des cours de judo pour l’autodéfense. »

Un autre dossier important est celui des expulsions forcées. « Des gens font valoir leurs titres de propriété pour menacer d’expulsion des réfugiés. Nous organisons des conférences de presse, des sit-in. »

Son bureau a ouvert un dossier légal sur le choléra et veut en tenir la Minustah responsable. S’ajoute le dossier des victimes de la dictature de Bébé Doc Duvalier.

C’est pour informer sur la situation en Haïti et trouver du soutien afin de pouvoir mener cette action légale et humanitaire que Mario Joseph est venu au Québec et au Canada. « Je fais une différence entre le gouvernement canadien que j’accuse d’être responsable d’avoir tué la démocratie en Haïti et les peuples canadien et québécois. Nous avons besoin de partenaires et d’amis. Nous avons besoin d’une aide qui va permettre aux Haïtiens de diriger leur pays. »

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