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N° 196 - février 2001

Précarité et iniquité sont le lot de 10 000 chargés de cours
Sophie Gélinas

Le « cheap labor » du monde universitaire



Les revendications des chargés de cours ont été au cœur de l’actualité au cours des derniers mois avec la grève à l’Université du Québec à Trois-Rivières et ça se poursuivra avec les négociations dans les autres universités.

Afin de faire front commun, tous les syndicats des chargés de cours des universités québécoises se sont unis au sein d’une coalition intersyndicale. Selon François Cyr, vice-président de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), l’objectif premier de l’Intersyndicale est la reconnaissance des chargés de cours. Reconnaissance de leur contribution sociale dans la démocratisation des universités québécoises, reconnaissance de ce corps d’emploi trop souvent méprisé afin qu’il soit davantage intégré dans le processus décisionnel et dans l’enseignement au premier cycle, reconnaissance enfin par le rattrapage salarial afin, dit-il, « que cessent les années d’exploitation et d’iniquité ».

Ils sont là depuis toujours

Avant même la formation de corps professoraux réguliers permanents, les chargés de cours étaient présents au sein des universités québécoises et reconnus socialement pour leur expérience. C’est là la source première de leur précarité. Ils étaient rémunérés de façon symbolique, donc inéquitable, pour leur contribution personnelle et sociale à l’université en retour des connaissances qu’ils y avaient acquises.

Avec la démocratisation et la plus grande accessibilité au cours des années 1970-1980, leur nombre a augmenté. Ils sont aujourd’hui plus de 10 000. Ils dispensent la moitié de l’enseignement du premier cycle, rejoignant ainsi 85 % des étudiantes et étudiants universitaires. Au cours des ans, ils se sont constitués en syndicats, mais leurs conditions de travail sont demeurées inférieures à celles du corps professoral permanent.

De 15 semaines en 15 semaines

Précarité et iniquité, tel est leur lot. Leur contrat de travail ne dépasse pas quinze semaines, soit la durée d’une session universitaire, et ils et elles travaillent de façon irrégulière. La possibilité de pouvoir toucher des prestations de chômage l’été est de plus en plus réduite avec les restrictions à la loi de l’assurance-emploi. À signaler également le peu de protection en cas de maladie.

Leur enseignement se fait dans des conditions matérielles difficiles. Ils n’ont pas de bureaux à leur disposition pour l’encadrement des étudiants. De cette façon, les administrations universitaires épargnent sur les coûts de soutien à l’enseignement et sur les infrastructures nécessaires à l’encadrement des étudiants et des étudiantes.

L’iniquité salariale est une autre donnée importante de la réalité de ce « prolétariat » du milieu universitaire. Une étude gouvernementale menée par l’Institut de recherche et d’information sur la rémunération (IRIR) sur la situation à l’Université de Trois-Rivières nous apprend, qu’à taches d’enseignement comparables, il existe des écarts salariaux importants entre les chargés de cours et les professeurs. Mais, ajoute l’IRIR, « rien dans la description des tâches de ces deux groupes ne donne toutefois à penser que la tâche d’enseignement diffère ».

Le salaire annuel moyen d’un chargé de cours, qui accepte toutes les charges de cours proposées, est de seulement 20 000 $. De plus, selon l’IRIR, il existe un écart moyen de 71,5 % pour une charge de cours, au détriment des chargés de cours, bien sûr. Il obtient pour une charge de cours un peu moins de 5 000 $ alors qu’il devrait en gagner un peu plus de 8 000 $ !

Qui est l’otage de qui ?

Très souvent, les étudiants sont pris entre les légitimes demandes des chargés de cours et une administration appauvrie par les nombreuses compressions budgétaires. Lors de la grève à Trois-Rivières, certains avaient le sentiment d’être « pris en otage ». D’autres, comme dans le cas de l’Association des étudiants des secteurs sciences humaines, arts, lettres et communications de l’UQAM, soutiennent leurs revendications. La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) appuie les revendications de l’Intersyndicale dans la « lutte pour la reconnaissance de leur travail à l’université » ainsi que pour le reclassement salarial. Son président, Christian Robitaille, pense que la reconnaissance des chargés de cours aura des conséquences bénéfiques pour les générations étudiantes futures. De meilleures conditions pour les chargés de cours ne pourront qu’être bénéfiques pour les étudiants et étudiantes.

Quant à François Cyr, il affirme que les associations étudiantes ont intérêt à soutenir les chargés de cours afin de rallier l’opinion publique à leur cause. « Les grèves seront moins nécessaires et, si elles le sont, elles seront plus courtes, étant donné l’appui de la population. »

De nouvelles coupures nous «couperaient » des étudiants

François Cyr se dit très optimiste pour les mois à venir. Pour le vice-président de la FNEEQ, « l’histoire des chargés de cours révèle que la lutte syndicale et l’audace dont les syndicats ont fait preuve ont permis de gagner et de consolider des acquis ». Cependant, des rumeurs sérieuses de nouvelles compressions budgétaires de l’ordre de 400 millions inquiètent la FNEEQ. François Cyr affirme sans détour que « toute coupure supplémentaire viendrait compromettre les efforts d’encadrement des étudiantes et étudiants auxquels les chargés de cours pourraient contribuer par une meilleure reconnaissance de leur travail ».

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