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N° 196 - février 2001

Sans les six victimes de Walkerton, le ministère de l'Environnement du Québec aurait continué à faire le mort…
André Bouthillier
Il était une fois en Ontario… dans une petite ville nommée Walkerton, un gestionnaire incompétent laissé à lui-même depuis que le premier ministre de la province restreint l’accès aux outils nécessaires à la surveillance de la qualité de l’eau. Ce qui devait arriver arriva. Deux mille personnes s’ intoxiquèrent et six personnes perdirent la vie du simple fait d’avoir bu de l’eau infectée par un parasite nommé E.coli. Une commission d’enquête confirme déjà l’incompétence du gestionnaire mais aussi sa malhonnêteté. Maintenant les commissaires s’affairent à prouver que le système provincial souffrait de déréglementation aiguë.

Il était une fois au Québec… 1000 réseaux d’aqueduc ne traitant pas l’eau distribuée, un gouvernement qui s’accommode d’un règlement sur la qualité de l’eau qui date de 1984 et qui ne tient pas compte des progrès scientifiques réalisés dans le domaine de l’eau potable, et un premier ministre qui diminue sans cesse les outils du ministère de l’Environnement quant à la surveillance de la qualité de l’eau.

Tout cela se passe en mai 2000... pourtant, en 1999, de nombreux mémoires déposés à la Commission Beauchamp, dont celui de la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau – Eau Secours!, avisent le gouvernement québécois du danger imminent. Même le docteur Payment, microbiologiste et spécialiste de l’analyse des eaux rattaché à l’Institut Armand-Frappier, alerte l’opinion publique en dénonçant les normes vétustes du règlement québécois sur la qualité de l’eau 0 « Les normes québécoises en matière de qualité de l’eau de consommation fournie par les municipalités sont inférieures à celles qui sont en vigueur aux États-Unis et dans les autres provinces canadiennes. »

Dans la foulée des événements de Walkerton... en juin 2000, le ministre de l’Environnement, Paul Bégin, déclare 0 «Nous ne voulons pas de Walkerton au Québec. » Et, sur la même envolée oratoire, il annonce un train de mesures qui seront adoptées par le gouvernement. De nouvelles normes s’appliqueront pour tous les systèmes de distribution d’eau potable, qu’ils soient municipaux ou privés, la désinfection de l’eau potable deviendra obligatoire dans tous les réseaux de distribution, même les plus petits, et la formation des opérateurs de tous les systèmes de traitement de l’eau deviendra aussi incontournable. Yé, de s’écrier le peuple !

Durant tout l’été... des articles de presse traitant de la pollution agricole qui se déverse dans les mêmes rivières où les villes puisent leur eau attirent l’attention du public. Trois éminents spécialistes québécois sur l’eau s’impatientent et demandent au ministre de bouger en dénonçant «l’interminable processus de révision » du règlement qui traîne depuis plus de dix ans.

Nous sommes maintenant rendus à la fin janvier 2001... les porte-parole du ministre continuent d’annoncer une politique sur la qualité de l’eau pour bientôt ! Par contre, un débat lancé à partir d’une étude-sondage réalisée en avril 2000 tente de convaincre l’opinion publique que le manque de formation des gestionnaires de l’eau serait responsable des dangers que courent les Québécois.

Le journal Le Devoir chapeaute... un de ses articles d’une citation du docteur Payment à l’effet « que c’est une question de vie ou de mort ». Comme inflation verbale, cela ne dépasse pas le fameux « génocide municipal » lancé par le maire de Verdun, mais ici l’effet sensationnaliste recherché par certains pourrait aider l’Association des embouteilleurs d’eau du Québec à atteindre son but.

Dites-moi donc à quoi ça sert... un gestionnaire municipal de l’eau compétent, s’il y a toujours plus de 1000 réseaux d’aqueduc dont l’eau n’est pas traitée ? Si aucun règlement n’oblige les propriétaires de puits artésien à faire vérifier leur eau ? À quoi ça sert, si les règlements qui déterminent les paramètres de la qualité de l’eau sont vétustes et surtout si le ministère de l’Environnement n’a plus le personnel nécessaire au suivi de la qualité de l’eau ? Veut-on protéger la population ou trouver des boucs émissaires ?

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