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Un monorail pour relier le Québec
N° 296 - février 2011
Des images inoubliables de la Romaine avant sa mise à mal
Chercher le courant à la source
Ginette Leroux
Si vous payez un compte d’électricité, vous devez voir ce film ». Ce film, c’est Chercher le courant des réalisateurs Nicolas Boisclair et Alexis de Gheldere. Par ce slogan accrocheur, ils veulent attirer l’attention de leurs concitoyens, usagers d’hydroélectricité, sur l’enjeu du développement des énergies renouvelables au Québec.

Au cours de 500 kilomètres et durant 46 jours, de sa source au Labrador à son embouchure dans le golfe du Saint-Laurent, les canots parcourent la rivière Romaine, transportant à leur bord, en plus des cinéastes, deux jeunes environnementalistes, Fran Bristow, biologiste et coordonnatrice de l’expédition, et Steve Leckman, étudiant en sciences de l’environnement à l’Université McGill.

Au bout de 35 jours, ils seront rejoints par Roy Dupuis. À bord d’un canot pneumatique, l’artiste militant et des membres d’organismes dédiés à la protection de l’environnement s’emploieront à mesurer la concentration de mercure pouvant nuire aux poissons, prisonniers du futur réservoir de la Romaine-2.

Des images inoubliables filmées en 2008, un an avant que notre société d’État donne le feu vert à la mise en chantier de quatre barrages sur l’une de nos dernières grandes rivières sauvages.

Dans un premier temps, les réalisateurs tendent à démontrer l’importance de protéger et de sauvegarder nos précieuses richesses naturelles. Ils s’attardent, dans un deuxième temps, à faire la preuve qu’ici même au Québec, des experts en énergies vertes sont à l’œuvre et qu’il existe de nombreuses expériences d’énergies renouvelables alternatives, telles la géothermie, les panneaux solaires, les éoliennes, et plusieurs autres.

Partageant les visées des deux cinéastes, Roy Dupuis, reconnu pour ses convictions militantes, a accepté d’emblée de donner son appui à leur démarche. En plus d’agir comme narrateur, il y a aussi engagé sa notoriété en tant qu’artiste pour assurer au film une plus grande visibilité auprès de la population.

Rencontré à la cafétéria de Radio-Canada, Roy Dupuis me parle de son engagement dans les causes environnementales. « Alain Saladzius, un ingénieur en assainissement des eaux, et d’autres spécialistes comme lui m’ont convaincu que ce genre de développement n’est pas économiquement rentable, surtout qu’on le fait au détriment de l’ensemble de la collectivité québécoise », commence-t-il.

Membre de la Fondation Rivières depuis huit ans et maintenant président de l’organisme, Roy Dupuis constate que, vu la complexité du dossier à défendre, une entrevue donnée à la télé, dans les journaux ou à la radio ne suffit pas à exposer aux gens les tenants et aboutissants de son parti pris dans une cause environnementale.

« Un film est donc l’outil le plus efficace pour conscientiser les gens à l’importance de la protection de nos richesses collectives, telles les grandes rivières sauvages, par ailleurs de moins en moins nombreuses dans le monde. Chercher le courant nous a aussi donné l’occasion de démontrer qu’il existe chez nous une panoplie d’expériences d’énergies renouvelables alternatives validées par de nombreux experts. Rentables, elles constituent pour l’avenir une industrie à développer, créatrice d’emplois », affirme-t-il.

L’artiste et le militant cohabitent chez Roy Dupuis. Ces rôles sont pour lui indissociables.

« De tout temps, les artistes ont scruté, analysé et remis en question la société dans laquelle ils vivent. Un vrai artiste affiche son point de vue. Il a pour rôle de transmettre l’information capable d’apporter plus de liberté à l’individu. Malheureusement, constate-t-il, certains, inconscients, relèguent ce rôle au plan d’amuseurs publics. Fais-nous rire, mais dérange-nous pas ! » On oublie souvent, ajoute-t-il, que, comme militant, « il y a derrière moi une organisation composée d’un tas de spécialistes. C’est grâce à eux que j’ose prendre position ».

Une façon pour Roy Dupuis d’interpeller ses concitoyens. Seuls devant les nouvelles télévisées, les gens se sentent impuissants. C’est inévitable.

« L’organisation est un lieu de rencontres, et il y a de plus en plus d’ONG qui poussent un peu partout au Québec, ce qui permet de canaliser l’insatisfaction populaire. En faire partie aide les intéressés à voir qu’il existe des solutions, des moyens de passer à l’action et, par conséquent, que la possibilité de changer les choses leur appartient », plaide celui qui affirme demeurer positif quant à l’avenir énergétique du Québec.

« Ce sera à nous d’agir. Ce que je peux faire moi, c’est informer en espérant que ça porte fruit », conclut-il.

Dans un autre coin de la cafétéria, les deux cinéastes se sont aussi prêtés avec beaucoup de spontanéité aux questions de l’aut’journal. Pas avant de feuilleter la copie que je venais de leur remettre. « Hum ! Hum ! Les gars, est-ce qu’on peut commencer l’entrevue ? » leur ai-je murmuré en riant.

Le militant, c’est Nicolas Boisclair et le journaliste, Alexis de Gheldere. Ensemble, ils signent la réalisation de leur premier documentaire avec Chercher le courant. Les deux passionnés de la nature se sont rencontrés dans le minibus qui les menait de Chibougamau à la Rupert.

« En 2005, Nicolas organisait une descente de la rivière Rupert, me raconte Alexis, déjà signataire de la pétition pour sa sauvegarde. J’en ai profité pour aller la voir dans son état naturel. » À la suite de cette aventure, les adeptes de l’environnement sont restés copains, se retrouvant de temps à autre à pagayer sur d’autres rivières.

L’idée d’une collaboration a germé en 2006. Ils ont mis dans la balance leurs expériences respectives d’organisateur d’expédition et d’écopédagogue pour Nicolas, et de réalisateur touche-à-tout pour Alexis. Deux années de préparation pendant lesquelles ils se sont employés à chercher un producteur et du financement. En 2008, le compte était bon.

Le film est excellent, non seulement pour les amants de la nature et les écologistes inquiets, mais surtout parce qu’il concerne tous les Québécois. Les jeunes comme Nicolas et Alexis, conscients de la fragilité et de la survie de l’environnement sacrifié à des fins de consommation, y seront sensibles. Les moins jeunes de la génération des travailleurs de la Baie-James s’y retrouveront aussi.

« Mon père et mes oncles m’ont transmis l’esprit de ces barrages en revenant de la Baie-James », raconte Nicolas. Monsieur de Gheldere, en sa qualité d’ingénieur, visitait souvent les chantiers. « J’ai accompagné mon père quelques fois dans ses voyages. Il était heureux de me montrer le barrage le plus productif du Québec », se souvient Alexis. Un des oncles de Nicolas, né en 1955, dit souvent que ce projet a lancé sa génération.

Sans renier le passé, Chercher le courant est un plaidoyer en faveur de l’adaptation au changement. Notre avenir en dépend.

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