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Un monorail pour relier le Québec
N° 296 - février 2011
En situation de crise, le Canada serait forcé d’exporter son eau
La farce du libre-échange se perpétue
Léo-Paul Lauzon
Les Canadiens et les Québécois n’ont jamais voulu la signature de traités de libre-échange avec quiconque, surtout pas avec les États-Unis et encore moins celui négocié récemment avec la Colombie, cette succursale états-uniennes qui viole à tour de bras les droits de la personne. Mais, pour les States, la Colombie, c’est pas pareil que Cuba et ce qu’était l’Irak de Saddam Hussein.

Tous ces traités ont été magouillés en catimini, en vase clos, et excluent des droits sociaux élémentaires concernant les travailleurs et l’environnement. Ces traités ont été imposés aux Canadiens par leurs politiciens complices. Le patronat l’a répété à plusieurs reprises qu’il ne voulait pas de clauses sociales, et même l’ancien ministre péquiste Daniel Paillé, devenu bloquiste depuis, l’avait rappelé avec beaucoup de « compassion » : « Les affaires avant les droits humains ».

Donc, ces traités conclus uniquement dans le but de favoriser les gros pays occidentaux à exploiter plus les petits pays en développement et de privilégier les transnationales, plus grosses que le Canada, de faire ce qu’elles veulent quand elles le veulent, sans aucune entrave, obstacle ou irritant de quelque nature que ce soit à leur droit de contracter.

Le libre-échange est le pire ennemi de la démocratie. Il met tous les pays et tous les travailleurs de la terre en concurrence pour le plus petit commun dénominateur au profit des transnationales qui, elles, forment de puissants oligopoles mondiaux contrôlant le prix des biens et services.

Et elles exigent d’inclure tous les services publics dans leurs traités et demandent de les privatiser, comme la santé, l’éducation, l’eau, l’électricité, les autoroutes, les prisons, les garderies, les ponts, le transport en commun, et même l’armée.

Totalement débile lorsqu’une compagnie canadienne comme Abitibi-Bowater, incorporée au Delaware aux États-Unis, poursuit son propre gouvernement canadien en vertu de l’ALÉNA et obtient 130 millions en fonds publics d’Ottawa. Scandaleux.

La compagnie, qui a fermé sauvagement en 2010 son usine à Terre-Neuve, licenciant au passage des milliers d’employés, s’est offusquée que le gouvernement de cette province l’exproprie et lui reprenne ses droits de coupe, ses centrales hydroélectriques et l’usine abandonnée. Charest devrait faire de même.

Comme elle a tous les droits, et ses travailleurs et la population, aucun droit, elle s’est sentie brimée dans sa liberté corporative et a donc poursuivi le gouvernement fédéral en vertu de l’ALÉNA et a eu, comme il se doit, gain de cause.

Et le sublime premier ministre conservateur canadien qui claironne : « 130 millions $ versés à AbitibiBowater. Ottawa a eu ce qu’il pouvait obtenir de mieux, selon Harper » (La Presse, 27 août 2010). Monsieur Harper, le gouvernement n’a rien eu du tout, bien au contraire, il a dû verser 130 millions de dollars en argent public provenant, en partie, des travailleurs licenciés.

Démocratie, vous dites ? Le gouvernement canadien avait répété les mêmes âneries lorsqu’il s’était fait humilier dans le cas du bois d’œuvre et avait dû verser des centaines de millions de dollars au gouvernement des É.-U. A. et à ses producteurs de bois. Le Canada et le Québec sont devenus des filiales américaines et Stephen Harper et Jean Charest leurs marionnettes. Tiens, dans Le Devoir du 24 juillet 2010 : « Alena : le Canada de plus en plus poursuivi »… par 28 compagnies américaines.

Il y a aussi cette perle d’impérialisme parue dans Le Devoir du 28 février 2009 : « Le Québec poursuivi (par l’états-unienne Dow Chemical) pour avoir interdi un pesticide » qui violait ses lois environnementales. « Business first », et de la santé publique, les affairistes en ont rien à crier.

La privatisation de la santé ouvrira, de droit, toute grande ouverte la porte aux transnationales de la santé et de l’assurance privée comme le laisse voir le titre révélateur de ces deux articles : « Le recours au privé ouvrirait la porte aux cliniques américaines » (Le Devoir, 3 avril 2007) et « Une première plainte d’un investisseur étranger (des É.-U. A.) contre le système de santé canadien dans le cadre de l’Aléna » (Le Devoir, 1er octobre 2008).

C’est pas fini, ce n’est que le début, puisque après notre pétrole et notre gaz naturel que nous serons obligés d’exporter aux States, même en cas de pénurie au Canada, un autre article de journal mentionnait : « En situation de crise, le Canada pourrait être forcé d’exporter son eau ».

Me semble que ça prend pas une grosse lumière pour comprendre qu’il ne faut pas négocier, au nom de l’élémentaire souveraineté du pays et du bien commun, des traités de pseudo libre-échange avec les États-Unis, le pays le plus impérialiste au monde, qui n’a pratiquement aucun service public.

Pour eux, l’eau, la santé et l’éducation sont de simples marchandises à céder aux profiteurs. Avec la montée du conservatisme aux États-Unis et des adeptes du Tea Party de Sarah Palin, adeptes de l’État-néant, ça va s’empirer davantage.

Dire que Bernard Landry, l’ancien premier ministre péquiste du Québec, était un farouche partisan du libre-échange (ALÉNA) avec l’Oncle Sam et préconisait même l’utilisation du dollar américain au Québec ! Allô nationaliste !

Preuve additionnelle que les compagnies mettent à genoux tous les États et tous les travailleurs de la planète, est la récente fermeture de l’usine d’Electrolux dans l’Assomption et son déménagement à Memphis aux États-Unis : « Memphis a ouvert son portefeuille. Electrolux obtiendra 132 millions pour délocaliser l’usine » (Le Devoir, 16 décembre 2010).

Liberté pour les uns et dictature pour la majorité. Voici ce que signifient vraiment les traités de libre-échange. Quand on est rendu que nos gouvernements ne peuvent plus accorder des contrats publics à leurs entreprises nationales, c’est carrément de l’hégémonie comme dans le contrat initialement accordé à Bombardier : « Nouvelles voitures du métro : on repart à zéro » (La Presse, 14 juillet 2010).

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