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Un monorail pour relier le Québec
N° 296 - février 2011
De la neutralité à l’envahissement d’une armada états-unienne
Le Costa Rica renie son passé pacifiste
André Maltais
Grâce au président Oscar Arias (2006-2010), le Costa Rica, petit pays sans armée, autrefois surnommé la Suisse de l’Amérique centrale, renie maintenant complètement les valeurs de pacifisme et de neutralité garanties depuis 1948 par sa propre constitution.

L’ex-prix Nobel de la paix a d’abord attaché son pays aux États-Unis en imposant à son peuple le Traité de libre-échange entre les États-Unis et l’Amérique centrale (CAFTA, en anglais).

Puis, en 2009, le même Arias s’improvisait « médiateur » entre les auteurs du coup d’état hondurien et les partisans du gouvernement renversé de Manuel Zelaya, contribuant largement au succès de cette étape cruciale de la stratégie états-unienne en Amérique centrale, avant de céder la présidence, le 7 février 2010, à l’ex-ministre de la sécurité publique et vice-présidente du pays, Laura Chinchilla.

Moins de deux mois après son entrée en fonction, celle-ci renouvelle une convention de vigilance conjointe dans les eaux territoriales costariciennes entre son pays et les États-Unis. Mais, cette fois, utilisant le prétexte de la lutte anti-drogue, elle permet à Washington d’installer dans le pays 46 navires de guerre, 10 avions de combat, 200 hélicoptères et plus de 7 000 soldats.

Pour la Commission nationale de liaison (CNL) du mouvement populaire costaricien, cela indique que le nouveau gouvernement s’est allié au Plan Colombie qui, à partir du pays andin, s’étend maintenant au Mexique et à presque toute l’Amérique centrale.

« La militarisation états-unienne du Costa Rica, affirme l’un des communiqués politiques du CNL, était prévue dans le chapitre sur la sécurité du CAFTA qui a transformé notre pays en un protectorat des États-Unis. »

Après l’armada états-unienne, c’était au tour de la police colombienne, auteure d’innombrables assassinats dans son propre pays, d’être invitée au Costa Rica pour « conseiller » la police costaricienne.

La Colombie, déclarait aux médias Laura Chinchilla, le 24 juillet dernier, est une « référence obligée » en matière de sécurité à cause de l’expérience qu’elle a accumulée et des succès qu’elle a obtenus dans la lutte contre le crime organisé et le trafic de drogues.

Or, rien n’est plus faux, puisque le Plan Colombie, en plus de généraliser la violence et la mort dans le pays dont il porte le nom, a surtout servi à faire passer le commerce de la drogue des mains des cartels colombiens à celles des paramilitaires et de leurs alliés de la « parapolitique », installés partout dans le gouvernement de l’ex-président, Alvaro Uribe.

Rien d’étonnant à cela, dit le CNL, car, pour financer les guerres qui leur permettront de reconquérir l’Amérique latine, les États-Unis et leurs alliés ont absolument besoin de s’approprier les gains faramineux générés par ce trafic.

Ainsi, dans les années 1990, les banques états-uniennes auraient blanchi entre 2,5 et 5 billions de dollars US d’argent sale qui ont fini par faire partie des circuits financiers des États-Unis. Sans cette méga-contribution (un billion de dollars représente un million de millions de dollars !), l’économie états-unienne serait littéralement en chute libre !

C’est sans doute ce qui explique pourquoi la drogue prospère partout où Washington prétend la combattre, comme on le voit en Colombie, en Afghanistan et au Mexique.

Au Costa Rica, aussitôt arrivés les renforts états-uniens et colombiens, le gouvernement Chinchilla montre les vraies raisons de leur présence dans le pays en accusant le Nicaragua sandiniste de violer le territoire costaricien.

Cela, tout simplement parce que l’état nicaraguayen drague le fleuve San Juan qui sépare les deux pays mais dont les eaux « d’une rive à l’autre » lui appartiennent en vertu du traité Canas-Jerez, de 1858, traité qui, par la suite, a été ratifié par plusieurs jugements dont le dernier remonte au 13 juillet 2009 devant la Cour internationale de justice de La Haye.

Puis, au cours de l’automne, le gouvernement Chinchilla crie à l’invasion quand Managua envoie des soldats dans la région du fleuve San Juan pour y empêcher les bandes de trafiquants de drogue de fonctionner.

La présidente fait alors appel à l’Organisation des États américains (OÉA) qui, le 12 novembre, ordonne aux forces militaires et policières des deux pays de se retirer de la zone du fleuve San Juan.

Non seulement, analyse Trino Barrantes, président du parti costaricien Avant-garde populaire, l’organisme interaméricain influencé par les États-Unis ne tient aucun compte de la souveraineté nicaraguayenne sur l’ensemble de son territoire mais cet incroyable et troublant verdict équivaut à donner le feu vert aux narcotrafiquants dans la région.

Tout cela, alors que le prétexte invoqué par Laura Chinchilla pour laisser entrer les militaires états-uniens dans le pays était justement de combattre le trafic de drogues !

Le Nicaragua réagit en adoptant, le 16 novembre, une déclaration ferme par tous les pouvoirs du pays, y compris l’armée et la police nationale. Le document qualifie de « cause jugée » le statut du fleuve San Juan et réaffirme le droit du pays à exercer sa souveraineté et à appliquer les politiques de l’État dans la zone réclamée par le Costa Rica.

Au moment d’écrire ces lignes, la tension reste vive entre les deux voisins alors que les forces armées nicaraguayennes poursuivent leurs « opérations » anti-drogue à la frontière avec le Costa Rica.

Ce conflit programmé confirme les dires du quotidien russe, la Voix de la Russie, qui soutient l’existence d’un mouvement régional pour encercler le Nicaragua qui inquiète la droite, surtout depuis que les Sandinistes ont largement remporté les élections municipales de novembre 2008 et gouvernent maintenant 112 des 153 municipalités du pays.

Le Nicaragua, qui tiendra cette année des élections présidentielles, se retrouve maintenant borné, au nord, par un Honduras qu’un coup d’État a fait virer à droite et, au sud, par un Costa Rica qui vient de déclencher une guerre psychologique contre son président, Daniel Ortega.

De plus, le Panama, dont le président Ricardo Martinelli a mis à la disposition des États-Unis les installations de la plupart de ses bases aéronavales, et s’est empressé de reconnaître le régime hondurien issu du coup d’État, s’est clairement immiscé en faveur du Costa Rica dès les premières accusations portées contre le pays sandiniste.

La Voix de la Russie ajoute qu’en novembre, le président Martinelli, le dictateur hondurien, Porfirio Lobo, et l’ex-président colombien, Alvaro Uribe, se sont secrètement rencontrés pour faciliter l’asile politique au Panamá et au Honduras de plusieurs ex-chefs de la police secrète colombienne (DAS) et ex-ministres de l’administration Uribe, tous poursuivis par la justice colombienne pour collaboration avec les groupes paramilitaires.

L’arrivée dans ces pays voisins du Nicaragua des pires éléments de l’ancienne Colombie d’Alvaro Uribe ne présage rien de bon, d’autant plus que leurs réseaux d’activité à l’intérieur comme à l’extérieur de la Colombie, demeurent à peu près intacts.

Pendant ce temps, les 17, 18 et 19 novembre dernier, le Congrès des États-Unis était l’hôte d’une conférence parrainée par la droite anti-cubaine de Miami et intitulée: « Danger dans les Andes : menaces contre la démocratie, les droits humains et la sécurité interaméricaine : l’ALBA de Cuba, du Venezuela, de la Bolivie, de l’Équateur et du Nicaragua constitue-t-elle une menace aux intérêts des États-Unis et à la sécurité interaméricaine ? »

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