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Un monorail pour relier le Québec
N° 296 - février 2011

C’est à genoux dans la gravelle qu’ils les aiment !
Michel Rioux
Ainsi donc, du moins si on prête foi à ce qu’en disait début janvier Me Jean-François Munn dans La Presse, les syndicats seraient trop forts au Québec et toute amélioration dans le sens d’une mise à jour du Code du travail accentuerait ce qui serait déjà un déséquilibre certain en faveur des travailleurs !

Pour ne pas être en reste, et peut-être aussi parce qu’il était de mèche avec l’avocat patronal Munn, PKP lui-même revenait à la charge quelques jours plus tard, dans Le Devoir cette fois, arguant lui aussi de ce que les grévistes et lock-outés seraient des privilégiés, pour ne pas dire des parasites. Dans ce merveilleux monde de Quebecor, sans doute le lait devrait-il se boire et le miel se déguster, conséquence de la bienveillance du patron.

Car il y aurait scandale en la demeure ! Les travailleuses et les travailleurs qu’il a mis à la rue il y a deux ans, nous apprenait PKP, toucheraient des revenus nets de 44 000 $. Pour ne pas passer pour démagogue, n’insistons pas sur le fait que, dans le même article auquel le patron de Quebecor faisait allusion, on souligne qu’il a touché en 2010 plus de 8,7 millions $.

On veut bien croire qu’il est un phénix, un visionnaire, pour tout dire une bolle, le PKP. Mais qu’il ait empoché, tout juste avant de dîner, le 1er janvier, autant d’argent que les lockoutés en une année complète, cela dépasse quand même l’entendement. Vu d’un autre angle, il faudrait que les lockoutés s’y mettent à presque 200 pour « accoter » ce que gagne le boss.

Non mais ! Même si le remake de ce film maintes fois tourné et mettant en vedette des syndicats trop forts n’est pas de nature à surprendre quiconque s’intéresse, même de loin, aux questions syndicales, il n’en demeure pas moins que c’est un peu fort de café.

Il faut avoir passé les dix dernières années en Papouasie, et incommunicado de surcroît, pour soutenir que le rapport de forces en matière de relations patronales/syndicales se trouverait ces jours-ci du côté des travailleurs, comme le font Péladeau et Munn.

Ce dernier doit nécessairement détenir des informations privilégiées au sujet de syndicats qui, ces dernières années, seraient partis avec la caisse patronale, seraient allés arracher des concessions extraordinaires du côté des avantages sociaux, auraient engraissé indûment leurs caisses de retraite aux dépens d’employeurs menottés et à plat ventre.

Il a bien pris garde de les diffuser, ces informations, car même si je suis un fidèle lecteur de tout ce qui s’écrit au Québec (à l’exception bien sûr du Journal de Montréal !), il est difficile de croire que les syndicats seraient entrés d’une quelconque manière dans une période idyllique.

Ce qui, au contraire, fait maintenant le quotidien des syndicats, ce sont plutôt des luttes pour préserver le vieux gagné, pour empêcher des fermetures avec des reculs toujours plus importants dans les dispositions des conventions collectives.

Le film qui joue plutôt ces temps-ci nous montre une raffinerie qui ferme d’une curieuse manière, une entreprise, Électrolux, qui, après plus de 100 ans, annonce en anglais à ses 1300 employés qu’elle s’apprête à quitter pour des cieux plus payants.

Sans parler de ces travailleurs qu’on a mis à genoux chez Olymel, avec un chantage au déménagement dans les plaines de l’Ouest et grâce aux bons soins de ce cher Lucien Bouchard.

Et si on évoquait le cas du Journal de Québec ? Et celui du Journal de Montréal ? Me Munn fait de Vidéotron une locomotive. Faut-il lui rappeler qu’elle roule encore avec l’argent public de la Caisse de dépôt, la locomotive en question ? Je crois me souvenir que, lorsqu’il était négociateur en chef de la CSN lors du funeste épisode des décrets, en 1982, la lucidité de Me Munn se portait mieux.

Il fut une époque, qu’on croyait révolue pourtant, où les propriétaires et leurs hommes liges rêvaient de voir les travailleurs dans une posture idéale à leurs yeux : à genoux dans la gravelle, taillables et corvéables à merci.

Des progrès ont été réalisés depuis. Mais il s’en trouve encore pour soutenir qu’en grève ou en lock-out, un travailleur ne peut avoir qu’une seule perspective : se laisser mourir de faim. Avec des positions de la sorte, nul doute que Me Munn saura recruter de nouveaux clients. Quelqu’un pourrait lui filer le numéro de téléphone de PKP ? Me semble qu’ils sont faits pour s’entendre. Sur le dos des travailleurs, comme de raison.

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