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N° 196 - février 2001

Nos lois ne dérangent pas Goodyear
Gabriel Sainte-Marie

125 plaintes pénales contre la direction



À Valleyfield, un syndicat fait la grève contre la multinationale Goodyear depuis neuf mois. La section 919 des Métallos occupe une situation particulière. Sur la quinzaine d’usines Goodyear d’Amérique du Nord, ce syndicat est le seul à défendre uniquement des employés de bureau 0 magasiniers, techniciens à la planification, aux laboratoires, à l’approvisionnement, à la comptabilité, etc. Il dérange la compagnie.

Ces travailleurs luttent avant tout pour la sécurité de leur emploi. Ils ont en moyenne 25 ans de service. Pour toucher à leur fonds de retraite avant 65 ans, ils doivent accumuler 30 années d’ancienneté. Le problème est que la multinationale cherche à abolir la plupart des postes. Ainsi, en plus de perdre leur emploi, ces syndiqués perdraient l’accès à leur fonds de pension.

La hausse des salaires est également à l’ordre du jour. Goodyear n’offre aux employés de bureau que la moitié de l’augmentation offerte aux syndiqués de la production. « Nos augmentations de salaire ont toujours été semblables à celles accordées au secteur de la production », explique Alain Hogue, président du syndicat. Daniel Mallette, vice-président, remarque que leur dernière augmentation remonte à juin 19950 « On est sans contrat de travail depuis cinq ans! »

Les travailleurs se battent aussi pour la reconnaissance de leur syndicat. Mallette explique 0 «Aussi ridicule que cela puisse paraître, la direction veut redéfinir la charte de notre syndicat! » Par exemple, Goodyear exige qu’à l’intérieur de cette charte se retrouve un article concédant le recours à la sous-traitance. «Accepter cela, c’est disparaître ! », explique Hogue.

Il continue 0 « La direction cherche à enlever le peu de temps de libération syndicale mis à notre disposition. En plus, il faut leur justifier comment on l’utilise! » Daniel Mallette rappelle que la compagnie n’apprécie pas qu’ils usent leur temps de libération syndicale pour faire… du syndicalisme!

Le syndicat réclame enfin une convention collective de trois ans, comme auparavant. « Ils nous proposent une convention qui prendrait fin en 2005, avec une renégociation salariale en 2002, avec arbitrage s’il y avait mésentente. On n’aurait ainsi qu’un seul contrat de travail de 1996 à 2005 !», explique Mallette.

Trois enquêtes gouvernementales condamnent la multinationale

Ainsi, depuis le 24 avril 2000, les 80 travailleurs tiennent un piquet de grève devant la multinationale six jours par semaine. Le 10 novembre dernier, les membres du syndicat rejetaient encore une fois fortement les offres de la direction. Comme dit Alain Hogue 0 «On est prêt à continuer le temps qu’il faudra. » C’est une longue lutte et les difficultés sont nombreuses.

Dès le premier jour du conflit, la compagnie a embauché des briseurs de grève 0 « Des employés de Goodyear non syndiqués ont été transférés à Valleyfield, des fils de cadres ont été engagés, la compagnie a même fait venir de l’Ontario douze fiers-à-bras », commente le président. Il continue 0 « La multinationale viole la loi et ça ne semble même pas la déranger… »

En effet, le gouvernement a tenu trois enquêtes depuis le début du conflit. Les trois condamnent les agissements illégaux de la direction de la compagnie. Les moyens du syndicat sont limités. Lorsque Goodyear enfreint la loi, le syndicat doit porter plainte en cour. Les longs délais et les frais élevés de la justice sont rudes pour le syndicat et ils l’affaiblissent. La compagnie joue cette carte.

« Jusqu’à maintenant, nous avons dû déposer 125 plaintes pénales contre la direction. Le total des poursuites s’élève à 5 millions$! », s’exclame le vice-président. « C’est de l’impérialisme. Le géant américain ne respecte simplement pas nos lois. Par exemple, Goodyear n’a toujours pas son certificat de francisation. Ça fait 20 ans que la loi est en place », poursuit Mallette.

De plus, toujours afin de miner les moyens financiers du syndicat, la transnationale poursuit fréquemment des membres de l’exécutif en justice. Les motifs invoqués sont ridicules.

Il aurait été ici possible de dénoncer les agissements sauvages de certains patrons. Cependant, l’exécutif refuse. Il redoute d’autres poursuites. Nous en restons donc aux cas généraux.

Le soutien de Madeleine Parent et de Françoise David

Malgré ces attaques, les Métallos poursuivent la lutte. Leur moral est toujours très bon. La principale raison de cette persévérance est la solidarité syndicale. «Dans notre région, la fraternité entre les différents syndicats est très prononcée », affirme Daniel Mallette.

Un fond de grève acceptable a pu être constitué grâce à de nombreux dons d’autres syndicats. « Ça nous aide à tenir le coup! », explique Hogue. Mallette explique qu’un important soutien moral est aussi apprécié 0 « Par exemple, Madeleine Parent et Françoise David sont venues nous épauler en juin dernier. »

Dernièrement, les grévistes ont réussi à avoir une petite cabane chauffée à l’entrée de l’usine. Ce sont les travailleurs d’Hydro-Québec qui fendent leur bois de chauffage, qui leur a aussi été donné. « Leur base est en face de la Goodyear et ils viennent sur leurs temps libres. C’est une belle expérience de solidarité », note le vice-président.

Une soirée intersyndicale d’appui aux grévistes s’est déroulée le 6 octobre dernier. Ce fut un succès 0 300 personnes se sont déplacés. Alain Hogue les remercie0 « Leur soutien nous a grandement encouragé à persévérer. »

La seule ombre au tableau vient de l’exécutif du syndicat de la production de l’usine. Ils semblent avoir suivi le jeu de la direction. Ils ne se mêlent pas au conflit. Cependant, leurs membres ont choisi l’autre voie, celle de l’appui, comme l’affirme Hogue0 « Autant financièrement que moralement, les gars de la production nous aident. »

Cette lutte est un bel exemple de solidarité des travailleurs contre les géants impérialistes. L’issue du conflit aura un impact important sur les luttes syndicales au Québec. On ne peut donc que souhaiter leur victoire.

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