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Les Fros des bois
N° 295 - décembre 2010

La motion Michaud : une nébuleuse affaire
Pierre Dubuc
Gaston Deschênes, qui a été chef du Service de recherche et directeur des Études documentaires de l’Assemblée nationale, a fait œuvre utile en publiant L’affaire Michaud, Chronique d’une exécution parlementaire.

Il démontre, en long en large et en travers, qu’Yves Michaud n’a jamais prononcé à l’occasion des audiences des États généraux sur le français à Montréal « les propos inacceptables à l’égard des communautés ethniques et, en particulier, à l’égard de la communauté juive », que lui reproche la motion adoptée par l’Assemblée nationale, le 14 décembre 2000, sans que les députés aient accès à une transcription de ces propos ni que M. Michaud ait pu se faire entendre.

Gaston Deschênes rend compte également, dans le menu détail, du combat héroïque mené par Yves Michaud pour obtenir réparation de la part des députés, et justice devant les tribunaux.

Cependant, le mystère demeure entier sur l’origine de la motion présentée conjointement par Lawrence Bergman du Parti libéral, membre éminent de la communauté juive de Montréal, et André Boulerice du Parti Québécois.

Bien que M. Michaud ait soutenu que la campagne de désinformation contre lui a été lancée par Robert Libman et le B’nai Brith, qui auraient sommé Lucien Bouchard de s’opposer à sa candidature dans la circonscription de Mercier, Gaston Deschênes écrit qu’il « reste beaucoup de zones grises dans cette histoire » et que « la genèse de la motion est restée nébuleuse ».

La question linguistique – et, de toute évidence, celle de la communauté juive – étaient au cœur de l’affrontement. M. Michaud avait, en effet, annoncé deux jours auparavant qu’il se présenterait à l’investiture du Parti Québécois dans la circonscription de Mercier lors de l’élection partielle en se donnant pour mandat la défense du français à l’Assemblée nationale.

Coup de théâtre, un mois après l’adoption de la motion, soit le 11 janvier 2001, Lucien Bouchard démissionne. Les appuis à Yves Michaud qui s’expriment dans le parti ne sont pas étrangers à sa décision. Dans le discours qu’il prononce au Salon rouge, il évoque longuement l’affaire Michaud, en soutenant toujours que ce dernier avait tenu des propos intolérants à l’égard des communautés ethniques et minimisé l’Holocauste.

Moins de deux mois plus tard, Lucien Bouchard fait son entrée au sein d’un important cabinet d’avocats de Montréal, Davies, Wards, Phillips, Vineberg.

Gaston Deschênes rappelle aussi fort pertinemment que, lors de la publication en 1992 du livre de Mordecai Richler, Oh Canada ! Oh Quebec !, Gilles Duceppe avait dénoncé Richler comme un « artisan du racisme » et sa collègue à la Chambre des communes Pierrette Venne avait demandé au gouvernement de bannir ce livre qui incite à la haine. Cependant, le chef du Bloc, Lucien Bouchard, avait (cette fois) pris ses distances de leurs propos en estimant que c’était à l’opinion publique de juger.

La trajectoire des plus fervents opposants à toute réparation à l’égard d’Yves Michaud est aussi très éloquente. Ainsi, lorsque M. Michaud a déposé une pétition demandant réparation qu’il adresse au président de l’Assemblée nationale le 10 décembre 2001, trois députés se signalent pour leur farouche opposition : André Boulerice, Sylvain Simard et André Boisclair.

Il n’est pas inutile de rappeler qu’André Boisclair avait été à l’origine d’un manifeste publié dans Le Devoir du 9 janvier 2001, sous le titre Pour en finir avec l’affaire Michaud – Le temps est venu de remettre en question le nationalisme canadien-français.

Les signataires condamnaient le « nationalisme ethnique » et se faisaient les promoteurs d’un « nationalisme civique » reposant « avant tout sur la Charte des droits et libertés de la personne du Québec ». Cette approche va dominer le paysage politique pendant plusieurs années et servira de plate-forme idéologique à André Boisclair lorsqu’il posera sa candidature à la direction du Parti Québécois en 2005.

Autre fait intéressant. Lorsque, le 16 décembre 2002, Bernard Landry propose à son caucus, en guise de règlement final de l’affaire Michaud, une déclaration ministérielle devant être lue à l’Assemblée nationale, des députés s’insurgent et font avorter le projet. Selon le journal La Presse, les trois députés qui se sont « déchaînés » contre l’idée de ressusciter ce débat étaient : Joseph Facal, François Legault et surtout Sylvain Simard.

À se souvenir lorsque Legault lancera son nouveau parti et qu’on s’intéressera à son programme sur la question linguistique et à ses sources de financement.

L’affaire Michaud, Chronique d’une exécution parlementaire, Gaston Deschênes, Septentrion, 2010

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