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Les Fros des bois
N° 295 - décembre 2010

La parade des milliardaires
Pierre Dubuc
Quand on parle de regarnir les coffres de l’État en taxant les mieux nantis, on se fait toujours servir la réponse que ce groupe de personnes est trop peu nombreux, alors que l’important n’est pas leur nombre mais la hauteur de leurs revenus.

Dans son dernier livre The Trouble with Billionnaires (Neil Books), la journaliste Linda McQuaig illustre par deux exemples cette situation.

Linda McQuaig nous dit : Imaginez qu’on vous donne un dollar à chaque seconde. À ce rythme, après une minute, vous aurez 60 $. Et, après 12 jours, vous serez millionnaire. Mais combien de temps faudra-t-il pour que vous deveniez milliardaire ? Au même rythme, il faudra 32 ans.

Maintenant, pour avoir une idée de ce que représentent les plus grandes fortunes, on peut essayer d’imaginer combien de temps il en faudrait à Bill Gates, un des hommes les plus riches du monde, à compter ses 53 milliards. Au même rythme, c’est-à-dire un dollar à la seconde, il lui faudrait 1680 ans ! Autrement dit, il faudrait qu’il ait commencé à compter en l’an 330 après Jésus-Christ.

La journaliste illustre également son propos par un concept créé par le statisticien hollandais Jan Pen, soit de présenter la distribution des revenus comme une parade dans laquelle chaque individu du pays défile devant nos yeux.

La taille des marcheurs est déterminée par leurs revenus. La parade dure une heure, au cours de laquelle la population entière du pays défile très rapidement, par ordre de grandeur, en commençant par les plus petits (ceux dont le revenu est le moins élevé) et se terminant par les plus grands (ceux dont le revenu est le plus élevé).

Pour mesurer l’écart grandissant entre les revenus des plus pauvres et des plus riches, il est utile de comparer la parade de la fin des années 1970 à celle d’aujourd’hui.

En 1978, au cours des six premières minutes, on ne voyait que de très petites personnes, mesurant moins d’un pied. Cette foule de personnes aux revenus peu élevés comprenait les bénéficiaires de l’aide sociale, les travailleurs à temps partiel et les retraités.

La taille des marcheurs augmentait graduellement et, après 15 minutes de marche, on voyait les travailleurs des franchises, les employés des commerces et les gardiens de terrains de stationnement, mesurant tous moins de trois pieds.

Puis ils étaient suivis par les réceptionnistes, les travailleurs d’usine et les camionneurs, mesurant tous moins de quatre pieds.

Il fallait attendre près de 40 minutes avant de voir des gens de taille normale, illustrant les revenus de la classe moyenne.

C’est seulement au cours des dix dernières minutes qu’on voyait apparaître des gens réellement grands. C’étaient des professionnels, des médecins, des avocats, des comptables, des ingénieurs qui, avec leurs sept ou huit pieds, dépassaient la foule d’une tête.

Dans les six dernières minutes, les marcheurs étaient encore plus grands, mesurant plus de 14 pieds.

Mais c’est dans la dernière minute que ça devenait vraiment intéressant. Dans les vingt dernières secondes, la taille des marcheurs atteignait plus de trente pieds. Puis, dans les dernières secondes, on voyait de véritables géants comme Ian David Sinclair, pdg du Canadian Pacific avec ses 167 pieds, illustrant ses revenus de 334,725 $. Puis Edgard Bronfman du haut de ses 199 pieds et, finalement, John Armstrong de l’Imperial Oil avec ses 224 pieds.

Maintenant, examinons de quoi aurait l’air le défilée aujourd’hui.

Au cours des 50 premières minutes, il ressemblerait beaucoup à celui de 1978. Mais, dans les dix dernières minutes, il serait très différent, avec des gens beaucoup plus grands.

Comme en 1978, les vrais géants apparaissent seulement à la toute fin, dans les dernières secondes. Cependant, ils ne sont pas seulement grands. Ils sont gigantesques. Siegfried Wolf, pdg de Magna International, avec ses revenus de 13 millions $, mesurerait 2 054 pieds de haut, soit neuf fois plus que le plus grand de la parade de 1978.

Puis, Paul Desmarais Jr, pdg de Power Corporation, avec ses 29 millions $ de revenus, aurait une taille de 4 582 pieds. Jim Balsilie, pdg de Research in Motion, mesurerait 4 980 pieds. La taille de Robert Milton, pdg d’Air Canada, dépasserait le mille de haut avec ses 6 636 pieds. Enfin, le plus grand homme au Canada serait Michael Lazaridis, un autre dirigeant de Resarch in Motion, avec ses 8 058 pieds de haut, soit plus d’un mille et demi.

On peut se consoler en voyant qu’une parade similaire aux États-Unis montrerait des écarts encore plus importants. Dans les dernières fractions de seconde, on verrait Tiger Woods avec les 2,9 milles de haut que lui valent ses revenus annuels de 100 millions. Enfin, le plus grand serait John Paulson qui, avec des revenus annuels de 3,7 milliards $, mesurerait plus de 110 miles de haut. Un avion supersonique lui arriverait à la hauteur de la poitrine.

Y a-t-il encore quelqu’un pour affirmer que l’État ne pourrait pas remplir ses coffres en ne taxant que les mieux nantis ?

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