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Les Fros des bois
N° 295 - décembre 2010
N’en restera-t-il qu’un pour justifier Octobre, il sera celui-là !
L’obsession compulsive de Bill « Pitbull » Johnson
Claude G. Charron
L’histoire, ça a toujours été une guerre entre différentes versions des faits : à un moment, il y en a une qui s’impose. Dans le cas de la crise d’Octobre, plusieurs éléments font, à mes yeux, que le version officielle ne tient pas debout. » (Louis Hamelin interviewé par Josée Lapointe, La Presse, 24 septembre 2010)

Dans l’avant-propos d’Anglophobie made in Québec (Stanké, 1991), William Johnson signale qu’il connait bien les auteurs québécois puisqu’il les a fréquentés alors qu’il étudiait à Brébeuf, puis à la faculté des lettres de l’Université de Montréal. S’il avait donc à se prononcer contre le roman La Constellation du lynx (Boréal, 2010), il reviendrait à sa grande obsession, à savoir que Louis Hamelin est fait de la même eau que celle de la plupart des écrivains québécois. Il a en lui la « haine des Anglais ».

Mais il est évident que ce n’est pas la sortie du roman d’Hamelin qui aurait fait tant titiller Johnson, pour qu’à l’occasion du quarantième anniversaire d’Octobre, il reprenne la plume pour défendre la version officielle des événements.

Ce qui doit avoir agacé davantage notre personnage, c’est quand on annonça la sortie prochaine du livre Trudeau’s Darkest Hour (Baraka Books, 2010) une anthologie dans laquelle des politiciens, penseurs et écrivains du ROC condamnent le gouvernement Trudeau. Les Eric Kierans, Mitchell Sharp, Tommy Douglas, Margaret Atwood et bien d’autres parlent ici haut et fort. Disant tous que Trudeau a trompé la population quand, pour la première fois, il a proclamé les mesures de guerre en temps de paix.

Il y eut ensuite l’émission Tout le monde en parlait des 23 et 24 septembre 2010 où, suite aux témoignages de nombreux acteurs de la crise d’Octobre, le journaliste Guy Gendron semble en arriver à la conclusion qu’on aurait peut-être pu sauver la vie du ministre Laporte si les autorités avaient moins tardé à ouvrir le coffre de la Chevrolet garée aux abords de l’aéroport de Saint-Hubert.

Qui plus est, tout comme dans le roman d’Hamelin, il semble bien qu’avant le 16 septembre, la police savait qui étaient les ravisseurs de Cross et de Laporte. Que la Loi des mesures de guerre et l’intervention de l’armée avaient un tout autre objectif que celui de libérer les deux otages.

Il se pourrait donc que ce soit d’abord par crainte de l’effritement du consensus à propos de la crise d’Octobre au Canada anglais que Bill Pitbull Johnson ait senti le besoin de produire deux textes qu’on a pu lire les 2 et 4 octobre dans l’Ottawa Citizen.

Dans le premier : On the brink of chaos, ce sont ceux que Johnson appelle « The 16 » qui sont directement dans la mire de l’ex-président d’Alliance Québec. Parmi les 16, on trouve d’éminentes personnes ayant joué un rôle crucial dans l’émergence d’un État moderne au Québec. À l’instar de René Lévesque et de Claude Ryan, alors directeur du Devoir, ces universitaires et ces syndicalistes craignaient qu’Ottawa intervienne dans la crise. Et de la pire façon.

Les 16 ont donc fait pression sur Bourassa afin qu’il accepte au moins une des revendications des ravisseurs, celle de libérer 23 prisonniers politiques. « To exchange criminals for hostages », ironise Johnson. Bourassa ne les a pas écoutés. Pas plus qu’il n’a voulu entendre le désespéré message de Pierre Laporte lui hurlant : « Tu as ma vie entre tes mains ! ». On connait la suite.

Toujours à l’affût d’en connaître plus sur « ces gens qui n’aiment pas les Anglais », il est fort probable que Bill Johnson ait, à quelque moments donnés, zappé sur Tout le monde en parlait.

Comment se fait-il alors que ce monsieur, qui se coiffe du bonnet de journaliste, ne change pas son discours après avoir entendu le faux-fuyant de Marc Lalonde ? Quand Gendron lui dit que la police de Montréal savait qui étaient les ravisseurs de Cross et de Laporte, s’écrit alors  « Mais c’est criminel » celui-là même qui s’est fait le porteur des messages de Bourassa et de Drapeau permettant à son patron de se libérer d’un trop grand blâme face à l’horrible décision.

Et qui a révélé la chose à Guy Gendron ? Un certain Julien Giguère, ex-grand patron de la Section anti-terroriste de la Police de Montréal. Une police comme les gars de Rock et Belles Oreilles savaient comment les caricaturer. À savoir s’il était normal d’avoir arrêté Pauline Julien uniquement pour ses opinions politiques, notre agent Dunkin’s Donuts répond : « Encourager, aider, assister. C’est ça l’acte criminel. » Ouf !

Comment ne pas penser ici que, si ce genre de personnage a pu grimper si haut dans la hiérarchie policière, avec sa façon bien à lui d’interpréter les chansons de Gilles Vigneault et de Pauline Julien, c’est que le peuple québécois est fondamentalement un peuple colonisé.

C’est justement l’intention de démontrer « aux Anglais » que le Québec fait erreur de se croire une colonie, que Bill Johnson pond son deuxième texte à propos de la crise d’Octobre, paru dans The Ottawa Citizen du 4 octobre. Et le surlendemain dans The Gazette.

Il y écrit que cette idée que le Québec est une colonie a été incrustée dans la psyché des jeunes intellos québécois des années 50 et 60. Cette façon de se voir en colonisés, écrit Johnson, a fait que nous n’avons pas encore accepté la légitimité de la Constitution de 82. Rien de moins ! La scélérate théorie de la décolonisation empêcherait donc les Québécois de se sentir comme tous les autres Canadiens. Pauvres nous autres !

Johnson de conclure : « But the seeds of terrorism will remain until Quebec renounces the decolonization model and embraces the constitutional order. »

C’est comme si notre bonhomme serait bien heureux de voir les bombes éclater à nouveau dans les rues de Montréal. Question de régler une fois pour toutes « the Quebec question ». Un p’tit coup de fil aux brûleurs de granges de la GRC peut-être ?

Les événements actuels rendent Québécoises et Québécois de plus en plus colériques. Mais nos jeunes semblent beaucoup plus prudents que leurs aînés de l’après-guerre. Ils savent que les gens de la trempe des Trudeau et Johnson n’attendent qu’une occasion pour enfin décapiter les forces démocratiques qui appellent à un véritable changement au Québec.

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