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Les Fros des bois
N° 295 - décembre 2010
Potash et hydro-électricité : deux poids, deux mesures
Retour sur la braderie de l’Alcan à Rio Tinto
Alain Proulx
Au lendemain de la décision du gouvernement conservateur de bloquer la transaction de la multinationale BHP Billiton, qui voulait acheter Potash Corp, certaines personnalités s’interrogent et d’autres disent regretter qu’Alcan ait été vendue à l’Australo-britannique Rio Tinto.

Malgré les multiples interventions du syndicat des TCA, tant auprès des gouvernements fédéral que provincial, pour exiger que tous les intervenants concernés soient consultés dans le cadre de l’analyse de cette transaction majeure pour notre économie, le gouvernement canadien a approuvé la vente d’Alcan, concluant que c’était à l’avantage net des Canadiens et Canadiennes.

Notre ministre conservateur Jean-Pierre Blackburn, qui trouvait essentiel d’aider la Saskatchewan à conserver Potash Corp., a pourtant considéré que la vente d’Alcan au Québec à une compagnie étrangère était à l’avantage net du Canada et que les conditions exigées par l’entente de continuité du gouvernement provincial étaient suffisantes.

Une entente, on s’en souvient, qui a bradé nos ressources hydrauliques sans exiger au minimum un niveau d’emplois à maintenir et des emplois en deuxième et troisième transformations en contrepartie des gigantesques avantages énergétique consentis.

Comment ne pas souligner ici également que le ministre de l’Industrie à l’époque, Jim Prentice, qui a autorisé la vente d’Alcan à Rio Tinto, vient de passer du jour au lendemain d’un poste de ministre de l’Environnement à celui de vice-président de la banque CIBC. Quand on est un homme d’affaires, on ne s’embarrasse pas de ces détails.

D’autant plus que M. Prentice doit sûrement bien connaître la banque CIBC, car c’est la banque que Rio Tinto avait mandaté en juillet 2007 pour l’aider à prendre le contrôle de l’Alcan … .

Rappelons-nous qu’aussitôt les généreux contrats hydro-électriques signés, Rio Tito Alcan fermait l’usine de pare-chocs, la seule usine de transformation d’Alcan, et sonnait le glas à une volonté collective régionale de développer des emplois dans la transformation de l’aluminium.

Tout à coup, notre avenir se retrouvait chez les équipementiers et le président d’Alcan Métal primaire de préciser que « …c’est d’abord aux industriels locaux de se prendre en mains et de se lancer dans ce domaine » (le Quotidien 11 août 2007)

Les contrats hydrauliques maintenant renouvelés sur nos rivières, pourquoi s’obliger à faire de la transformation ! Tous savent que Rio Tinto n’a rien à faire dans la transformation.

De son côté, notre ministre libéral, Serge Simard, essaie d’un coup de baguette magique de nous convaincre que, pour l’Alcan, c’est pas pareil, ça ne concerne pas les ressources naturelles, contrairement à Potash…

Ah bon ! tous les financiers et même bon nombre de politiciens ont admis que si Rio Tinto a gonflé la mise pour acquérir Alcan, c’était pour pérenniser l’énergie hydro-électrique. Si l’eau n’est pas une ressource naturelle, où on s’en va ?

Cette vente de la plus importante société privée engagée dans le développement des ressources naturelles du Québec – et aussi les plus rentables – à des intérêts étrangers marque un point tournant de notre développement économique.

Et notre ministre de rajouter : « Notre hydro-électricité, personne ne part avec. RTA fait travailler des gens de chez nous ».

Faudrait quand même pas prendre la population pour une bande d’imbéciles ; c’est plus de 500M $ d’avantages que l’on donne, année après année, à une compagnie australo-britannique, et la décroissance de l’emploi se compte par milliers de postes.

Dans un article récent intitulé « Le Québec regrette la vente d’Alcan », (Argent, 4 novembre 2010), l’ancienne ministre des Finances du même Parti libéral que Serge Simard, Monique Jérôme Forget déclarait que : « C’est important de garder chez nous certains joyaux. Je crois qu’on doit s’interroger aujourd’hui et se demander si la vente d’Alcan, c’était la meilleure solution. Ça aurait pu être un bon placement pour la Caisse. »

Quelles sont donc les raisons qui ont empêché le gouvernement libéral de s’interroger à l’époque ? Y avait-t-il des amis chez Alcan, des pressions inconnues, des avantages pour certains, à laisser tomber ce joyau économique ?

Une chose est sûre, c’est que les liens sont tissés serrés entre les libéraux de Jean Charest et la haute direction d’Alcan.

En septembre 2007, quelques mois après la vente « regrettée » d’Alcan, M. Daniel Gagnier, ancien vice-président d’Alcan, a été nommé chef de cabinet du premier ministre du Québec Jean Charest.

C’est le même Daniel Gagnier, ancien chef de cabinet du même Jean Charest, qui accepte aujourd’hui de siéger au conseil consultatif de la société Talisman, une firme albertaine impliquée dans les gaz de schiste. Que voulez-vous, quand on s’y connaît en énergie… et en politique !

Mais la palme d’or des regrets, le comble du comble, revient à Yves Fortier, l’ex-président du conseil d’administration d’Alcan et ami de Jean Charest, nommé par ce dernier dans le dossier de l’Approche commune concernant entre autres l’utilisation actuelle et future des territoires Innus pour le développement hydroélectrique.

M. Fortier admet que le Québec aurait pu se battre davantage pour éviter la vente du géant de l’aluminium. « Il aurait peut-être fallu à l’époque, que le gouvernement du Québec fasse des représentations plus musclées auprès d’Ottawa, comme vient de le faire la Saskatchewan pour Potash », déclare-t-il.

Nous sommes bien d’accord avec lui, mais ce n’est sûrement pas lui, ni aucun autre membre du conseil d’administration d’Alcan qui a fait pression sur le gouvernement.

En effet, au lendemain de la vente d’Alcan, le même Yves Fortier déclarait que c’est avec « …le moton dans la gorge » qu’ils avaient approuvé cette transaction.

Quelques jours plus tard, on apprenait que cette transaction rapporterait plus de 110 millions $ aux hauts dirigeants. À mon avis, c’est plutôt avec le moton dans la poche qu’ils ont dit « Oui » à Rio Tinto et qu’ils n’ont pas été voir la Caisse de Dépôt ou fait de pressions auprès du gouvernement pour qu’Alcan ne se retrouve pas dans des mains étrangères.

On peut penser que M. Dick Evans, ex-président d’Alcan, qui, à lui seul, a récolté 51 millions $ de la vente d’Alcan, lui a sûrement dit de ne pas être trop « musclé » et de pas trop se battre pour éviter la vente d’Alcan.

Il est peut-être trop tard pour regretter la vente d’Alcan, mais il n’est sûrement pas trop tard pour se souvenir de la façon dont le gouvernement conservateur de Stephen Harper et le gouvernement libéral de Jean Charest ont abandonné nos ressources naturelles à des intérêts étrangers.

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