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Les Fros des bois
N° 295 - décembre 2010
Pendant que les innocents serinent que privé rime avec liberté
Les banques donnent le ton et mènent le bal
Léo-Paul Lauzon
Au Canada, ce sont les banques qui gouvernent. Les politiciens ne sont que leurs pantins. Ce ne sont pas les exemples qui manquent pour le déduire. On vient justement d’apprendre que le ministre conservateur de l’Environnement, Jim Prentice, s’en va, comme ça, en guise de remerciements pour services rendus, à la Banque Impériale de Commerce (CIBC) à titre de vice-président exécutif.

Et, tout comme Philippe Couillard, notre illustre ex-ministre de la Santé, Jim Prentice a négocié son départ de la politique alors qu’il était toujours ministre (La Presse, 6 novembre 2010).

En août dernier, c’était Michael Fortier, un autre ex-ministre conservateur, qui se voyait embauché à la Banque Royale.

Tiens, tiens, dans La Presse, on signalait récemment qu’un député conservateur, Andrew Saxton, avait autorisé dans les années ‘90, le transfert de 200 000 $ d’un client canadien en Suisse pour éviter qu’il s’aquitte de l’impôt sur son revenu, au pays.

À ce moment, monsieur Saxton, était directeur de succursale du Crédit Suisse, une institution bancaire qui se spécialise, entre autres, dans l’évasion fiscale vers les paradis fiscaux, service réservé aux pontifs de notre société, ceux qui nous disent qu’il faut faire des sacrifices afin de se sortir de la crise pendant qu’eux…

C’est loin d’être terminé mes amis, puisque Nigel Wright, le nouveau bras droit de Stephen Harper, à titre de chef de cabinet, provient d’Onex, qui est présente dans plusieurs domaines allant de la santé privée à la finance et qui est l’employeur le plus important au pays après le gouvernement fédéral.

Attention, comme monsieur Wright veut protéger ses arrières, il ne quitte pas Onex… il prend seulement un congé sans solde au cas où… Mais, il promet d’être impartial et neutre. Comme tous les autres affairistes, il a un code d’éthique à toute épreuve. Aucun danger de conflits d’intérêt en vue, n’ayez crainte.

À la Banque de Montréal, il y a l’imparable Jacques Ménard, président de l’institution financière au Québec, qui a été nommé président d’une commission sur l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux, oh ! pardon pour cet impair involontaire, il fut plutôt nommé par le gouvernement libéral du Québec à la tête d’une commission sur notre système de santé publique, qu’il veut privatiser, bien évidemment, tout comme Claude Castonguay, anciennement président de la Banque Laurentienne et de la compagnie d’assurances La Laurentienne, qui a lui aussi présidé sa propre commission sur la santé publique.

Comme vous le savez, assurances privées et santé privée vont de pair. Ils veulent introduire de la concurrence dans la santé, mais surtout pas dans leur cartel bancaire.

Pour rire encore plus de vous, en 2004, le gouvernement fédéral a embauché Tim O’Neill, économiste en chef et vice-président de la Banque de Montréal, pour diriger l’examen des méthodes de prévisions économiques du pays.

Malheureusement, avec la façon particulière des banquiers de dépeindre la réalité et de suggérer leurs solutions, ledit expert n’a pas vu venir la crise financière provoquée par leurs propres institutions, mais il sait que les victimes devront payer leurs pots cassés.

Comme les banques mènent véritablement la barque de notre beau pays avec son illusion démocratique, ça fait que, contrairement à plusieurs autres pays, « Le Canada refuse de taxer ses banques » (Le Devoir, 20 février 2010) et « Banquiers canadiens : Pas de taxes sur les primes versées » (La Presse, 11 décembre 2009).

Nos gouvernements inféodés ont reçu l’ordre d’en haut de plutôt taxer le revenu du monde ordinaire et de tarifer abondamment leurs services publics.

Naturellement, comme les banques canadiennes doivent continuer d’engranger des profits records sur le dos de la population, le premier ministre a dit : « Harper contre une réglementation excessive des banques » (La Presse, 28 janvier 2010). Pas « excessif », pour Stephen Harper veut dire pas de réglementation ou si peu, pour la forme.

L’actuel ministre libéral du développement économique, Clément Gignac, est un émule de la Banque Nationale ; l’ex-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau, celui qui a englouti 40 milliards $ de fonds publics en spéculant avec notre argent, était issu de la Banque Laurentienne et il est maintenant rendu à Power Corp., une transnationale très présente dans la santé et dans les pensions de retraite privées.

Cette liste est loin d’être exhaustive. Il y aussi André Bérard de la Banque Nationale, un autre sage qui en menait très large au Québec sous l’invitation du gouvernement péquiste.

J’arrête drette là, car j’ai vraiment peur des menaces proférées il y a quelques années par l’ancien PDG de la Banque de Montréal. Matthew Barrett :  « Les Canadiens doivent cesser de dénigrer les banques, dit le PDG de la Banque de Montréal ».

Faut plutôt se soumettre en toute « sérénité ». Et dire que les innocents du nouveau Réseau-Liberté, de l’Institut économique de Montréal et du Fraser Institute serinent en chœur que « privé » rime avec « liberté » et, comme toujours, les illuminés de l’ADQ et leur chef Gérard Deltel s’en sont de nouveau pris aux puissants « lobbys syndicaux » du Québec.

Ah qu’il fait bon vivre dans un pays démocratique qui veut, dans un élan de pure générosité et tout à fait désintéressé, exporter sa liberté en Afghanistan et ailleurs, comme à Cuba.

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