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On a choisi le meilleur
N° 196 - février 2001

Bataille de chiffonniers...
François Parenteau
Pauvre Bernard Landry ! La couronne du PQ n’est pas encore posée sur sa tête que, déjà, il doit rassurer le Canada sur le fait qu’il respecte les Canadiens et leur drapeau. Cette autre « affaire » s’est artificiellement gonflée à une telle vitesse, ce n’est plus une tempête dans un verre d’eau, c’est un ouragan dans un rince-l’œil...

Ainsi la tradition continue des chefs souverainistes qui doivent passer leur temps à rassurer le reste du monde au lieu de promouvoir leur cause. C’était le gros dada de Lucien, ça, l’opinion internationale. C’est pour ça qu’il a maintenu la loi 178, qu’il se faisait tout doux devant les multinationales, qu’il n’a pas voulu qu’on utilise des fonds publics pour promouvoir la souveraineté, qu’il a écrapouti la mouche Michaud d’un coup de bazooka qui, d’ailleurs, fut ce qui a ébruité l’affaire...

Il faut écraser l’infâme

Ce dont il faut se rendre compte, c’est qu’au Canada anglais, le mouvement souverainiste est d’emblée présumé coupable de racisme, d’ethnocentrisme, d’extrémisme, de magouilles électorales et référendaires, de manipulation hypnotique des masses et de consanguinité.

Dans ce contexte, le moindre pet de travers des péquistes ou des bloquistes est perçu comme une preuve à l’appui de ces thèses. Dans les grands titres des journaux et les capsules d’ouverture des nouvelles à la télé, il n’y a pas que des faits qui sont rapportés. Il y a, dans le ton, ce « Ha-ha ! » qui précède normalement un « J’vous l’avais bien dit... »

Alors, vous imaginez, quand Bernard Landry a parlé de chiffons rouges, c’était une occasion rêvée d’y voir la preuve qu’il était un être infâme méprisant les Canadiens. C’est bizarre, les médias se plaignent que les politiciens parlent une langue de bois, mais la moindre de leurs expressions pas assez vernies provoque un scandale. Ça a été le cas aussi pour Pettigrew et son Québec profond.

Même la langue de bois ne suffit plus, et on verra bientôt des politiciens parler la langue de jade de la tradition chinoise. Plutôt que de traiter un opposant de menteur, ils diront alors 0 « Je suis attristé de constater que mon honorable adversaire, des bonnes intentions duquel je ne me permets pas l’outrecuidance de douter, ait pu, dans un moment d’inattention, bifurquer temporairement du noble chemin de la vérité, M. Le Président. » Le public serait alors bien justifié de rétorquer 0 « De kossé ? »

To flag or not to flag

Bernard Landry est souverainiste. On devait bien se douter que les drapeaux canadiens que le fédéral fait pousser partout ne lui apparaissent pas comme de jolies décorations. Une guerre des drapeaux fait rage au Québec. N’est-ce pas Jean Chrétien lui-même qui a déclaré que les séparatistes n’étaient intéressés (et je cite) qu’à avoir leur « flag su’l hood du char»? Landry est tombé dans le piège en s’excusant. Il s’est soumis à la mauvaise foi fédéraliste en lui prêtant de l’importance. En plus, son excuse voulant que « chiffon rouge» ait voulu dire « provocation» comme en tauromachie ne tient pas debout.

Ce qu’il aurait dû dire, c’est qu’on peut respecter les Canadiens et quand même en avoir ras-le-bol que le fédéral nous inonde de drapeaux avec l’argent de nos taxes pour nous coloniser l’esprit. Que cette entreprise de Sheila Copps est vulgaire (et ça ne vient pas du latin pour dire « proche du peuple »...) ! Le drapeau canadien a sûrement de la valeur, tout comme ceux qui s’y identifient. Mais, en bon économiste, Landry aurait pu expliquer que quand l’offre dépasse largement la demande, la valeur baisse. Et qu’au rythme où on nous inonde d’unifoliés depuis quelques années, chiffon, c’était encore poli...

Texte lu à l’émission Samedi et rien d’autre, 1ère chaîne de Radio-Canada, le 27 janvier 2001.

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