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Gaz de schiste, à qui ça profite ?
N° 294 - novembre 2010
Le STTP défend l’avenir d’un service postal public
La mort du courrier résidentiel est annoncée
Maude Messier
Dans le cadre de son programme de transformation postale, Postes Canada investit 2 milliards $ en modernisation des équipements. Ce programme, qui vise à « améliorer la productivité et l’efficacité des services », génère aussi une révision du système postal qui devrait se traduire par une réduction la masse salariale de 250 millions $ annuellement.

Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP-FTQ) estime que Postes Canada, à titre de Société d’État, devrait partager ces économies avec les travailleurs et la population. C’est dans ce contexte que s’ouvrent les négociations pour le renouvellement de la convention collective de l’unité urbaine du STTP.

L’aut’journal a rencontré Alain Duguay, président de la section locale de Montréal, qui soutient que les services à la population devraient être la mission première d’une Société d’État. Pourtant, les orientations de Postes Canada laissent présager le contraire. « Elle copie ce qui se fait dans le privé et délaisse la petite poste en coupant dans les services : elle élimine des boîtes rouges, ferme des bureaux de postes et réduit les heures d’ouverture. »

Pour Alain Duguay, les priorités de restructuration ne sont pas aux bonnes places. Alors que la Société d’État investit massivement dans les équipements, elle délaisse le courrier résidentiel et menace les services postaux publics en réduisant leur accessibilité.

« Il en coûte cinq fois plus cher pour livrer une lettre au privé. Personne n’a rien à y gagner, ça ne profite qu’aux grandes corporations transnationales. Est-ce que c’est vraiment ce que veulent les citoyens ? », interroge le syndicaliste.

Il précise que cette volonté de privatisation s’inscrit dans un contexte mondial de déréglementation de la Poste. « C’est même une des conditions d’accès à l’Union européenne. » Il souligne à ce chapitre que l’ancienne présidente-directrice générale de Postes Canada, Mme Moya Greene, vient d’être embauchée par la Royal Mail avec, pour mandat, de privatiser la moitié des activités de la société publique.

Rappelons au passage la feuille de route chargée de Mme Greene. Notamment responsable de la privatisation du CN, de la déréglementation du secteur de l’aviation au Canada et de la commercialisation du système des ports canadiens, elle a aussi guidé la réforme du régime d’assurance-chômage. Étroite collaboratrice de Paul Tellier, elle a également été vice-présidente principale à l’efficacité opérationnelle chez Bombardier.

Postes Canada est une Société d’État depuis 1981, dont le seul mandat est l’autosuffisance. M. Duguay déplore « qu’on en fasse une entreprise privée avec une nécessité de rentabilité en dépit des services aux citoyens. » Une aberration si l’on tient compte de l’étendue du territoire à desservir et de la faible densité de population. « La poste est un service public au Canada, mais les orientations actuelles de la Société d’État n’ont rien à voir avec son mandat. »

À ceux qui prêchent que l’avènement d’Internet a transformé la nature du service postal et qu’il est normal pour l’entreprise d’être en phase avec cette évolution technologique, Alain Duguay rétorque du tac au tac.

« Au contraire, Internet a multiplié la livraison de colis. S’il est vrai que les gens s’écrivent moins, ils s’abonnent à toutes sortes de choses par le web et reçoivent leurs marchandises, leurs journaux, leurs factures, par courrier. C’est un faux débat qui ne sert que les intérêts des défenseurs d’une privatisation du service postal. Au contraire, les nouvelles technologies offrent des opportunités de développement. Nous, on dit qu’il faut miser là-dessus dans l’avenir. »

Le syndicat réclame plutôt une amélioration des services : l’expansion de la livraison à domicile, la prolongation des heures d’ouverture et le développement de produits novateurs dans les comptoirs postaux.

La tendance lourde à l’accroissement des concessions agréées préoccupe grandement le syndicat. « Les employés qui dispensent les services dans les Couche-tard, les pharmacies,. ne sont pas des employés de Postes Canada, mais de l’établissement qui exploite la concession. Souvent, ces commis sont payés au salaire minimum ou presque et ne bénéficient pas du tout des mêmes conditions de travail. »

Alors que Postes Canada ferme des bureaux de poste et des points de service, le nombre de concessions serait en nette croissance, d’après Alain Duguay. « Dans certains cas, on a même vu une concession ouvrir en face d’une succursale corporative. Ça n’a pas été long que la succursale a fermé. »

Il souligne que cet « étranglement volontaire » est préoccupant parce que « les concessions n’offrent pas les mêmes services que les succursales corporatives. L’accès aux services postaux se restreint de plus en plus et c’est la population qui en fera les frais. »

C’est dans cette perspective que le syndicat place la sécurité d’emploi au cœur de ses revendications. Estimant que l’ensemble des travailleurs et des travailleuses – temps plein, temps partiel, unité urbaine ou rurale – effectuent essentiellement le même travail, le STTP s’oppose à la création de deux groupes qui ne bénéficieraient pas des mêmes avantages.

« Parce qu’on s’oppose à ce que l’employeur appelle de la flexibilité, on nous taxe de corporatisme pour protéger nos cotisations syndicales. Ce qui est faux et ridicule parce que chez-nous, temps plein comme temps partiel paient la même cotisation », s’indigne Alain Duguay.

Ridicule, parce qu’au fond, la multiplication des employés à temps partiel favoriserait plutôt l’augmentation des cotisations syndicales. « Mais jamais nous ne laisserons une telle chose se passer. C’est primordial que les travailleurs de Postes Canada puissent vivre convenablement et décemment de leur emploi. Il y a déjà assez de précarité comme ça. »

Une première rencontre entre les parties avait lieu le 20 octobre dernier. « L’employeur veut ajuster la structure des coûts associée à la main-d’œuvre et modifier la convention collective pour soutenir son programme de modernisation. »

En d’autres mots, Postes Canada veut créer une deuxième classe d’employés aux conditions de travail différentes : un régime de retraite à cotisations déterminées plutôt qu’à prestations déterminées, une nouvelle échelle salariale avec un salaire initial plus bas et la modification des conditions de départ à la retraite.

Au nombre de demandes patronales, on trouve aussi la révision de la sécurité d’emploi, plus de souplesse pour la dotation dans les comptoirs de vente en succursale qui lui accorderait un plus grand pouvoir discrétionnaire sur l’embauche, un processus disciplinaire différent pour les délégués sur les lieux de travail et que les enquêtes syndicales dans les cas de griefs ne se fassent plus sur le temps de l’employeur.

Winnipeg est la première ville où la transformation postale telle que préconisée par Postes Canada est complètement implantée. « On sait qu’après un mois et demi seulement, il y a déjà une augmentation des problèmes de santé et de sécurité, particulièrement chez les facteurs. Ce n’est pas rassurant. »

La modernisation des équipements n’est pas sans répercussion sur le travail des employés, dans les centres de tri comme pour les facteurs. Le cahier des demandes syndicales comprend d’ailleurs une large part de revendications liées à la santé et la sécurité du travail.

Le syndicat s’oppose notamment à l’instauration du tri séquencé, qui impose aux facteurs de tenir deux liasses de courrier dans une main. Cette méthode de travail aurait des effets pervers pourtant connus : des troubles musculo-squelettiques au niveau de l’avant-bras et du poignet ainsi que des douleurs cervicales. C’est sans compter le risque accru de chutes – particulièrement dans les escaliers – liées à l’obstruction de la vue par les liasses.

Dans les centres de tri, les nouvelles installations font aussi l’objet d’un litige entre les parties qui ne s’entendent pas sur le nombre de travailleurs nécessaires pour opérer les équipements. « On ne s’oppose pas à la modernisation du service et de sa performance, on ne conteste pas la rapidité de la machine, que ce soit clair là, indique Alain Duguay. Le problème, c’est l’ergonomie. Les employés devront soulever des charges relativement importantes, en position recourbée, et ce à répétition. »

« Cette négociation est cruciale pour l’avenir des services postaux et nous croyons que la population doit connaître les enjeux de ce qui se passe », conclut le dirigeant syndical. La convention des travailleurs et travailleuses de la Poste vient à échéance le 31 janvier 2011.

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