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Gaz de schiste, à qui ça profite ?
N° 294 - novembre 2010
Pour Jean Tremblay, le pire ennemi de la démocratie est le journaliste
Ue maire peut s’abaisser à faire des menaces
Pierre Demers*
Le dossier noir de l’information municipale au Saguenay–Lac-Saint-Jean que vient de rendre public la section régionale de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) est riche en précisions et en sous-entendus.

Faut le décoder attentivement pour mesurer sa véritable portée. Décoder aussi la réaction rapide du maire Jean Tremblay qui suivait la cueillette de témoignages des journalistes de la région depuis quelque temps déjà comme nous l’indique le document pour faire la preuve que rien ne lui échappe quand sa « réputation » de désinformateur est en jeu.

À la conférence de presse de l’exécutif régional de la FPJQ à l’hôtel Chicoutimi le 14 octobre, on notait deux absences remarquées, TVA (Et son canal « communautaire » Vox où le maire se vend à nos frais) et Radio X.

Ce n’est pas un hasard, TVA/Quebecor a signé avec le maire une entente de non-agression depuis le conflit du Réveil. Donnant donnant. Le maire s’est arrangé pour que les nombreux caméramans de TVA régional, la plus regardée des télés locales, soient occupés ailleurs ce matin-là.

Quant à Radio X, c’est un poste de radio poubelle qui soigne le maire de plus en plus et compte sur des contrats publicitaires de la ville pour se tirer un rang parmi les autres radios locales tout comme la radio « communautaire » de Jonquière, CKAJ, une autre récente antenne du maire.

Les rares journalistes de radio X et ses animateurs réactionnaires parasitent les nouvelles des autres médias et se couchent devant le maire quand il consent à leur accorder son temps d’antenne. En ignorant l’existence de ce dossier noir, les deux médias ont ménagé le gros client.

Huit journalistes témoignent dans le dossier relatant essentiellement leurs difficultés (Et les insultes du magistrat à leur endroit) à obtenir de l’information sur certains dossiers chauds de la ville.

Deux journalistes du Quotidien, un du Progrès-Dimanche, une de l’ancien Réveil, un de la radio de la Baie, CKGS, un de l’ancien CKRS radio, deux de Radio-Canada. Les postes de radio privés de Saguenay et les journalistes de la télé se sont montrés très discrets lors de la cueillette de témoignages.

Le maire a sans doute fait sa petite tournée pour les avertir de se tenir loin de cette initiative s’ils voulaient goûter à la manne municipale des contrats publicitaires.

Qu’est-ce qu’on y apprend qu’on ne savait pas sur la manipulation des médias régionaux pratiquée par le maire depuis qu’il est en poste, soit plus de 12 ans ?

Pas grand-chose de nouveau pour ceux qui connaissent à fond son régime dictatorial, mais sa méthode de travail consistant essentiellement à faire chanter les journalistes qui veulent aller au fond des sujets délicats (Ex. les frais juridiques de la ville, les dépenses excessives du quai d’escale et de son pavillon à la Baie, le bureau d’évaluation, etc.) n’a jamais été si bien documentée.

À la fin de la lecture des huit témoignages, on se demande pourquoi ce politicien caricatural est encore en poste dans cette ville et continue envers et contre tous à faire peur au monde avec ses pions dissimulés un peu partout dans sa cité.

La méthode du maire est simple : il bafoue le droit du public et des journalistes à l’information en contrôlant de son bureau tout ce qui concerne la gestion municipale.

Il étire les délais des demandes d’information des journalistes qui se servent de la loi d’accès à l’information pour obtenir ce qu’ils veulent et, le plus souvent, à la fin, refile les documents demandés à d’autres pour « punir » le journaliste qui en a fait la demande. Jouant ainsi les journalistes les uns contre les autres.

Aucun autre élu et encore moins un quelconque fonctionnaire ne peut parler à un journaliste sans son autorisation. Belle manière de retarder les nouvelles et de noyer le poisson quand le dossier cerne un sujet sensible. Le maire répond même aux questions sur les bacs à fleurs…

Certains journalistes qui témoignent dans ce dossier noir de la FPJQ se sont fait « réprimander » par le maire, souvent en privé, dans son bureau ou au téléphone, et parfois même devant des confrères.

Il les a menacés de ne plus leur fournir de documents s’ils continuaient à enquêter sur certains sujets. Il leur a dit aussi qu’il en parlerait à leur patron et qu’ils pourraient perdre leur job s’ils continuaient sur la même voie.

Quand le journaliste insiste trop sur certains dossiers compromettants, le maire n’hésite pas à boycotter tout simplement le média ou le journaliste en question.

Pire, il réduit ou coupe tout simplement les contrats publicitaires de la ville avec les entreprises de presse qui le talonnent. Il l’a fait avec Le Quotidien un temps et maintenant il boycotte la radio de Radio-Canada sous prétexte que le secrétaire de rédaction l’interroge trop souvent sur des sujets chauds.

En fait, le maire se sert tout simplement des fonds publics et de son guichet automatique privé alimenté par les taxes (Promotion Saguenay) pour terroriser les médias et les journalistes qui ne veulent pas fermer les yeux sur son régime.

Dans ce dossier noir, on apprend malheureusement que les patrons des médias ont tendance à appuyer le maire quand certains de leurs journalistes entrent en conflit avec lui.

Dans deux cas précis, soit au Réveil et à Radio-Canada, les journalistes n’ont pas eu l’appui de leurs supérieurs. C’est inadmissible. Mais on sait très bien que le maire se fait un devoir de faire chanter aussi les patrons de presse avec les contrats publicitaires de la ville.

Et parfois, il leur promet de leur fournir des nouvelles en exclusivité ou des sondages-bidon le moment venu, s’ils soignent son image et entretiennent sa réputation de magistrat populaire.

Ce que j’ai trouvé déplorable dans ce dossier noir, c’est que le maire personnalise ses conflits avec les journalistes qui veulent faire leur travail en profondeur. Il se sert de son poste de premier magistrat pour les menacer avec ses habituelles poursuites judiciaires et sa vision bornée du rôle des médias qui ne doivent, selon lui, que retransmettre ses messages de propagande à sens unique.

Il se permet même de juger de leur professionnalisme. Souvent, cette personnalisation des conflits isole le journaliste, le décourage, le déprime, surtout quand il ne se sent pas appuyé par son patron et ses confrères des autres médias, convaincus que le maire punit de bonne foi.

Qu’il sert bien le citoyen d’abord, et sa ville, malgré le fait qu’il passe pour un amuseur public de l’autre côté du Parc, un politicien ultra-réactionnaire et une bête à gags verbaux.

Qu’a répliqué le maire aux attaques du dossier noir ? À l’émission locale d’affaires publiques de Myriam Segal du midi, au 98,3 FM (où le maire tient sa chronique hebdomadaire pour régler les demandes d’asphaltage et de dézonage de ses citoyens), à celle de Dutrisac (98,5 FM ) à Montréal (sic) et sur le site web du Réveil (14 octobre, 15h46), hebdomadaire gratuit de Quebecor qu’il contrôle et finance avec les fonds de la ville depuis la grève, il a répondu la même salade qu’à l’habitude sans nier aucun des témoignages des huit journalistes…

« Ce ne sont pas les journalistes qui vont diriger la ville. Ils peuvent dire que j’ai été un peu dur, je vais l’être encore plus dans l’avenir. Ils font un gros plat avec un conflit de personnalité entre le journaliste Michel Gaudreau de Radio-Canada et moi. Il n’y a pas un maire au Québec qui donne plus d’informations que moi. Si on décidait de me boycotter, je serais tellement content. Ils ont dépassé les bornes. Qu’ils ne s’attendent pas à me faire plier. La démocratie, c’est d’abord de se faire élire. Mes opinions, je les donnerai à qui je veux. Je ne me suis pas fait élire par les journalistes. »

Décidément, le premier magistrat de la ville de Saguenay n’a pas l’intention de changer son style de manipulateur de l’information locale. À moins qu’un scandale plus gros qu’à l’habitude ne le pousse dans ses derniers retranchements.

À moins que l’émission La Facture de Radio-Canada qui porte sur la gestion financière de sa ville, bientôt diffusée, le mine un peu plus…

Ce maire qui se croit au-dessus de tout, qui semble vouloir être partout comme Dieu, fait reculer encore une fois les bornes de la désinformation.

Osons croire qu’il finira par se faire peur lui-même un jour ou l’autre. Prions le saint frère André qu’il dépasse encore un peu plus les bornes. Prions, prions…

*L’auteur est cinéaste et poète. Il habite Arvida.

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