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Gaz de schiste, à qui ça profite ?
N° 294 - novembre 2010
L’Équateur était une proie facile pour les déstabilisateurs
Le président Correa a été sauvé par son peuple
André Maltais
Le matin du 30 septembre, la population équatorienne s’éveille au milieu d’une violente rébellion. Des policiers en armes occupent leurs quartiers généraux et cernent l’Assemblée législative ainsi que d’autres installations dans les principales villes du pays, sous le prétexte qu’une nouvelle loi des services publics leur retire des bénéfices.

Quand le président, Rafael Correa, se rend leur adresser la parole, il est accueilli par des insultes, des projectiles et des bombes lacrymogènes. Légèrement blessé, il est transporté à l’hôpital de la police où il sera séquestré pendant douze heures.

En même temps, au milieu des policiers en colère, apparaissent des civils liés à des partis politiques de droite (surtout Société patriotique, de l’ex-président Lucio Gutierrez) qui, cellulaires en main, donnent des instructions à gauche et à droite.

Les médias de communications, tous favorables à la droite, entretiennent la confusion en lançant leurs subtils messages habituels : « La nouvelle loi des services publics enlève tout aux policiers » ; « L’insurrection s’étend dans tout le pays » ; « Les indigènes appuient le soulèvement » ; « Correa n’est plus apte à gouverner », etc.

Le scénario ressemble à ceux du Venezuela (2002) et du Honduras (2009) où l’opposition crée une situation ingouvernable pour ensuite demander la démission du président, supposé responsable de ce qui arrive.

Mais le président équatorien est populaire, lui qui, depuis son élection en 2008, a considérablement augmenté les dépenses sociales et de santé en plus de procéder à une révision de la dette externe qui a conduit au non-remboursement de 3,2 milliards de dollars de prêts contractés illégitimement.

C’est la population, venue exiger le respect de la démocratie sous les balles des policiers, qui décide les forces armées à se brancher enfin en faveur du président élu et à mener l’opération qui le ramène au palais présidentiel.

Les manœuvres déstabilisatrices des États-Unis ont sans aucun doute contribué à provoquer cette nouvelle tentative de coup d’État.

Le journaliste québécois Jean-Guy Allard, qui vit à Cuba et travaille depuis longtemps au quotidien Granma, a tout de suite révélé l’existence d’un rapport officiel du ministre de la défense équatorien, Javier Ponce, qui indique que « des diplomates états-uniens s’emploient à corrompre (…) des unités de la police nationale, les entretenant dans une situation de dépendance économique informelle (…) en matière d’informateurs, d’équipement, de moyens et d’opérations ».

Nommée en 2008 par George Bush, l’ambassadrice états-unienne à Quito, Heather Hodges, provient de Moldavie où elle a travaillé à exacerber le différend avec la Russie au sujet de la Transnistrie et à provoquer, dans ce petit pays, une « révolution colorée » à l’image de celle survenue en Ukraine.

Ce n’est donc pas un hasard si, en Équateur, le mouvement séparatiste de la province riche de Guayaquil est revenu à la mode en même temps que les thèmes de la décentralisation et de l’autonomie régionale.

Madame Hodges a aussi été sous-directrice de Bureau des affaires cubaines, division du Département d’État vouée entièrement à la déstabilisation de Cuba.

Déstabiliser l’Équateur est d’autant plus facile que les relations du gouvernement avec certains groupes sociaux progressistes et certains secteurs du mouvement indigène deviennent de plus en plus complexes.

Les problèmes ont commencé pendant le long et pénible processus de rédaction et d’approbation de la constitution, paralysé au maximum par l’opposition de droite. Si bien que, pour cause de délais promis, le gouvernement a choisi d’accélérer les choses au détriment du dialogue et de la participation citoyenne jusque là pratiqués.

Cela a continué quand, après avoir décrété le Parc national Yasuni libre de toute exploitation pétrolière, le gouvernement a voulu développer le secteur minier dans d’autres régions indigènes du pays.

« Les opposants de gauche, ne sont pas tous des agents à la solde des États-Unis, écrit l’avocate et chercheure Eva Golinder. Mais il n’en demeure pas moins que Washington profite de la situation pour financer et influencer certains de leurs meneurs et certaines de leurs organisations. »

La USAID, dénoncée pour s’être servi de l’aide humanitaire états-unienne aux fins politiques de Washington, aura fourni cette année à l’Équateur 94 millions de dollars dont la majeure partie aura été consacrée à « l’autonomie régionale » et à la « décentralisation ».

Le principal exécuteur des projets équatoriens de la USAID est la firme Chemonics, la même qui, en Bolivie, collabore étroitement avec la droite séparatiste de la Media Luna.

Une autre agence états-unienne, la National Endowment for Democracy (NED), finance le Centre pour l’entreprise privée (CIPE) équatorien afin de promouvoir le libre-échange, la mondialisation et, encore une fois, « l’autonomie régionale ».

Le CIPE dépense ensuite l’argent de la NED en engageant des experts de l’Institut équatorien d’économie politique pour diffuser ses messages à la radio, à la télévision et dans la presse équatorienne.

Des organisations progressistes comme Participation citoyenne et Pro-justice, de même que certains secteurs d’organisations indigènes comme la CONAIE, Pachakutik et la Corporation des entreprises indigènes de l’Équateur, ont reçu des sommes parfois très importantes des agences états-uniennes.

Au plus fort des événements du 30 septembre, Pachakutik, par la voix de l’un de ses représentants à l’Assemblée législative, Clever Jímenez, émettait un communiqué d’appui enthousiaste aux policiers révoltés et exigeait la démission du président Correa.

Par ailleurs, dans une allocution prononcée à l’occasion du centenaire de l’Université autonome nationale de Mexico, le 21 septembre dernier, Noam Chomsky déclarait que la pénétration des investissements chinois en Amérique latine représente le plus grand défi lancé aux États-Unis depuis longtemps.

Or, depuis que Rafael Correa le dirige, l’Équateur a emprunté plus de trois milliards de dollars à la Chine. Une bonne partie de ce montant est payable en exportation de pétrole. Le gouvernement équatorien vient aussi d’annoncer que la compagnie chinoise Tongguan investira trois autres milliards dans des projets miniers, notamment le cuivre.

Selon l’analyste politique Raul Zibechi, le Venezuela et l’Équateur à eux seuls recevront cette année pas moins de 40 % de la totalité des investissements chinois à l’étranger.

« Si les États-Unis ne parviennent plus à contrôler l’Amérique latine, ajoute Chomsky, ils ne pourront plus imposer l’ordre dans le reste du monde ».

Pour l’instant, l’Amérique latine paraît encore peu contrôlable. Si Washington connaît du succès au Mexique, en Amérique centrale et dans les Antilles, c’est une autre paire de manches au sud du Panama.

Au Venezuela, l’opposition de droite vient de perdre les élections législatives du 26 septembre, malgré des moyens massifs mis à sa disposition par les États-Unis tandis qu’au Brésil, la candidate de Lula, Dilma Roussef, remportera la présidence même si un second tour d’élection s’avère nécessaire.

En Équateur, pourtant, le maillon le plus faible des pays favorables aux investissements chinois, la récente tentative de coup d’État a non seulement raté mais semble, pour le moment, avoir renforcé le gouvernement Correa.

Pendant et après les événements du 30 septembre, même les gouvernements de droite comme ceux de la Colombie, du Pérou et du Chili se sont montrés totalement solidaires avec le gouvernement équatorien.

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