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Gaz de schiste, à qui ça profite ?
N° 294 - novembre 2010

Doctor Pierre et Mister Karl Péladeau
Michel Rioux
Les vertus se perdent dans l’intérêt comme les fleuves dans la mer. – La Rochefoucauld

La situation avait quelque chose d’irréel. D’inusité. Plus encore, de surréaliste…

Le président international de Reporters sans frontières, brave Suisse de son état, qui maniait l’encensoir comme aucun évêque coadjuteur n’aurait su le faire à l’époque de l’Église triomphante; le président de Reporters sans frontières-Haïti, Claude Gilles qui, la gorge nouée par l’émotion, racontait comment le jet personnel d’un multimillionnaire québécois s’était posé en République dominicaine pour le ramener à Montréal, offre qu’il avait finalement refusée pour demeurer plutôt auprès des siens ; le président de Reporters sans frontières-Canada, François Bugingo qui, lui aussi, ne tarissait pas d’éloges à l’endroit d’un dénommé… Pierre-Karl Péladeau, présenté ce soir-là comme un grand protecteur de la liberté de la presse.

Vous dire que, devant tant d’éloges enrobés de mâche-mâllo, l’auditoire réuni autour de l’ex-présidente du Chili, Michelle Bachelet, venue recevoir un prix pour son courage, se demandait, incrédule et sidéré, si c’était bien de ce même PKP qu’on parlait, lui qui, ici au Québec, prend un plaisir sadique à se promener aux commandes d’un bulldozer dans les salles de rédaction de ses journaux en écrasant tout ce qui bouge, avec la délicatesse des opérateurs de machinerie lourde du local 791 à la baie James, en 1975…

Ainsi donc, grand défenseur de la presse en Haïti, le Péladeau ! C’est du moins ce dont témoigne le site de Reporters sans frontières. On y apprend que « trois mois après le séisme (…), la presse du pays refait lentement surface. C’est le constat dressé par Claude Gilles, gérant du Centre opérationnel des médias mis en place neuf jours après la tragédie par RSF et le groupe canadien Quebecor, avec l’appui du gouvernement ».

En effet, sur le même site, on voit François Bugingo, président de Reporters sans frontières-Canada, participant à une conférence de presse le 21 janvier, à l’occasion de l’ouverture de ce Centre « mis en place par Quebecor et Reporters sans frontières ».

Si on ne va pas plus loin que ces informations, PKP pourrait passer, au Québec, pour le Dr Jekyll et, en Haïti, pour Mr Hyde.

Mais quand on trouve une manchette de l’agence QMI en date du 4 août, agence mise sur pied par PKP pour, précisément, réussir son coup de faire un journal sans journalistes, le mode d’emploi commence à apparaître. « Reporters sans frontières plaide en faveur de Quebecor », y lit-on.

Ah bon ! La Tribune de la presse à Québec ayant refusé, pour ne pas s’immiscer dans le conflit opposant Quebecor au syndicat des journalistes du Journal de Montréal, d’accorder une accréditation à des journalistes dont les textes se seraient retrouvés dans ce journal, Reporters sans frontières n’a pas hésité à se porter à la défense de son mécène, Pierre-Karl Péladeau.

Sérieusement ! Jamais un boss n’a attaqué les syndicats québécois à la tronçonneuse comme le fait depuis quelques années ce Pierre-Karl Péladeau, faisant même passer Raymond Malenfant pour un doux attardé dans le siècle.

En 2003, à la suite d’un lock-out de dix mois, PKP a cassé les reins des 2200 travailleurs de Vidéotron, aidé en cela par Me Lucien Bouchard, recyclé en exécuteur des basses œuvres patronales depuis son départ de la politique. Des centaines de travailleurs syndiqués transférés à sous-contrat. Gel des salaires durant trois ans. Augmentation de 2 h 30 des heures de travail, sans compensation.

Au journal Le Réveil de Jonquière, après 50 semaines de lock-out, cinq employés seulement sur 25 ont retrouvé leur travail en avril 2009. Les autres n’auraient pas eu droit à une prime de départ s’ils avaient refusé l’« offre » de PKP.

Au Journal de Québec, après 16 mois de lock-out, les syndiqués sont retournés au travail avec des reculs incroyables de leurs conditions de travail.

Au Journal de Montréal, on connaît l’histoire : dans sa dernière « offre », PKP ne réengageait que 20 % des lockoutés. En exigeant rien de moins qu’une clause de réserve de six mois durant lesquels un employé ne pourrait offrir ses services ailleurs, de même que la fermeture du site internet Rue Frontenac. Tant qu’à y être, hein !

En 2004, un syndicaliste étasunien président de Jobs for Justice, Fred Ascarate, était venu à Montréal pour dénoncer les agissements antisyndicaux de Quebecor dans ses imprimeries du sud des États-Unis. Une émule de Walmart en quelque sorte, ce PKP.

Jean Cournoyer, qui fut ministre du Travail sous Robert Bourassa, vient de déclarer que « ça ferait un bon moment qu’il serait réglé, le lock-out au Journal de Montréal, si le gouvernement avait modifié la loi anti-scabs ».

Avec Internet et le reste, on sait que les scabs ne sont plus obligés de défoncer les lignes de piquetage avec des autobus blindés, comme c’était le cas à l’usine Canadian Gypsum de Joliette en 1971.

« Quebecor transgresse l’esprit de la loi », a ajouté Cournoyer. Le gouvernement a pourtant une bonne poignée pour intervenir : la Caisse de dépôt – c’est nous, ça, en principe ! – est le principal actionnaire de Quebecor. Peut-être que les élus pourraient y jeter un œil, non ?

PKP est le champion toutes catégories de ces ex-M-L qui, une fois qu’ils ont tourné le cul à leur crèche idéologique, n’en finissent plus de faire du trouble.

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