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Le fils du Che dénonce L’empire
N° 293 - octobre 2010
Nos membres ne sont plus victimes d’accidents, mais de burn-out
La face changeante du syndicalisme québécois
Pierre Dubuc
Le monde syndical évolue. Il évolue avec le marché du travail. Il évolue avec la société. Pendant que des emplois syndiqués disparaissent – victimes de la relocalisation vers les pays aux économies émergentes ou de la modernisation des processus de production – de nouveaux contingents de travailleurs et travailleuses prennent leur place dans les structures syndicales.

C’est le cas du Syndicat des spécialistes et des professionnels d’Hydro-Québec, créé il y a à peine dix ans, et qui, à la suite d’une poussée fulgurante, regroupe aujourd’hui plus de 4 000 membres. Nous avons rencontré son président, Benoît Bouchard.

« Hydro-Québec ne pensait jamais que ces spécialistes des nouvelles technologies, des communications, de l’environnement, tous détenteurs d’un baccalauréat universitaire ou l’équivalent, daigneraient se syndiquer, raconte Benoît Bouchard. Mais quand la direction d’Hydro s’est mise à procéder à des suppressions de postes, à menacer l’horaire variable, à obliger les spécialistes à travailler par mandat, ce qui aurait eu pour effet la fin des heures supplémentaires payées, des inégalités dans les charges de travail et des horaires de fou, la nécessité de se syndiquer s’est imposée. »

Pour ne pas alerter les patrons, les organisateurs syndicaux avaient déposé le nombre minimum de cartes nécessaires pour autoriser un vote. Le taux de participation a fracassé des records. « Plus de 90 % des spécialistes ont répondu à l’appel. Ils ont voté à 72 % en faveur de la syndicalisation. La direction d’Hydro-Québec était abasourdie », se rappelle avec fierté Benoît, qui était analyste en informatique à l’époque.

Ces syndiqués, plus instruits, plus individualistes également étant donné la nature de leur travail, remettent rapidement en question l’approche syndicale classique. Par exemple, ils sont violemment opposés à la règle traditionnelle de l’ancienneté en vigueur au syndicat représentant les employés de bureau.

« Le nouveau poste créé ou qui se libère doit être attribué à la personne la plus compétente qui remplit les exigences requises », précise Benoît Bouchard. Mais comment empêcher le népotisme ou le copinage ? « La direction d’Hydro-Québec sait que le favoritisme affecte la motivation des employés. Auparavant, il revenait au département des Ressources humaines de jouer les chiens de garde. Aujourd’hui, ce rôle échoit au syndicat », enchaîne-t-il en soulignant que l’élaboration des règles de dotation est un des dossiers majeurs de son syndicat.

Un autre dossier important est celui de l’épuisement professionnel. « Nos membres ne se cassent pas de bras ou de jambes. Ils sont victimes de burn-out. Il y a un immense travail de sensibilisation à faire pour que ceux-ci ne soient pas perçus comme des gens faibles et mis à l’écart lorsqu’ils reviennent au travail après un congé maladie », affirme le dirigeant syndical en notant que l’augmentation en flèche du coût des assurances interpelle également le syndicat.

Pas étonnant non plus, étant donné la jeunesse du membership et une répartition égale hommes-femmes, que la conciliation travail-famille figure en haut de la liste des priorités syndicales. Déjà, les employés peuvent bénéficier d’un horaire variable pour leur semaine de 35 heures à la condition d’être présents sur les lieux de travail de 9h30 à 15h30.

Les caractéristiques du membership colorent également les moyens de pression utilisés et la mobilisation. « Nos membres veulent être informés tout au long du processus des négos et n’acceptent pas la langue de bois, explique-t-il. Nous étions obligés d’émettre des bulletins d’information une ou deux fois par semaine. Ça complique les négos lors des rencontres avec la direction. Il s’agit de trouver l’équilibre entre la nécessité d’informer les membres et ne pas négocier sur la place publique. C’est pas toujours facile. »

Les moyens de pression sont à l’avenant. « On s’affichait avec des ballons, chacun dans son bureau. La direction a été surprise de l’ampleur de la participation. En fin de journée, des gestionnaires se sont amusés à crever les ballons. Ils n’auraient pas dû. Le lendemain, il y en avait deux fois plus. Finalement, on a gagné la guerre des ballons et cela a eu un impact important à la table des négociations. »

À cause de sa composition, du fait également qu’il a grossi en partie au détriment d’autres sections syndicales d’Hydro-Québec, les relations avec ces autres sections ont longtemps été difficiles. « Mais, en 2008, nous avons réussi à faire front commun avec les autres unités syndicales pour des négociations conjointes sur les salaires et autres avantages sociaux. On avait le mandat de nos membres pour ce faire. Il y a dix ans, cela aurait été inimaginable », de dire le président de la section 4250, affiliée au SCFP et à la FTQ.

Le syndicalisme québécois évolue. Mais, comme en témoigne le Syndicat des spécialistes et des professionnels d’Hydro-Québec, les nouveaux contingents de jeunes syndiqués, représentant de nouvelles catégories de travailleurs et de travailleuses, prennent finalement leur place aux côtés des secteurs plus traditionnels, toujours sous la bannière plusieurs fois centenaire du mouvement syndical : « L’union fait la force ».

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