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Le fils du Che dénonce L’empire
N° 293 - octobre 2010
Toute la différence entre subir et provoquer une crise
Octobre 1970 : Plusieurs acteurs reconnaissent avoir été trompés
Guy Bouthillier*
M. William Tetley était ministre à Québec en octobre 1970, et s’est exprimé tout récemment sur ces événements dans La Presse. Ses propos nous rappellent qu’au Québec les milieux officiels et ceux qui gravitent autour continuent aujourd’hui encore à défendre ce qu’il faut bien appeler la version officielle – à savoir, pour l’essentiel, que la décision de Trudeau prise dans la nuit du 16 octobre était parfaitement justifiée. Et, comme tous ceux qui ont un dogme à défendre, ces milieux interdisent à quiconque de s’en éloigner sous peine d’être taxés de révisionnisme, quand ce n’est pas d’une faute plus grave encore.

Or pendant qu’ici nos milieux officiels restaient englués dans le dogmatisme, leurs vis-à-vis à Ottawa et dans le Canada anglais en général – du moins plusieurs parmi eux – exprimaient des positions plus nuancées, voire franchement iconoclastes.

Certains l’ont fait – honneur soit rendu à leur courage – dès l’automne 1970, et pas seulement, comme le dit l’article, Tommy Douglas : pensons au sénateur Grattan O’Leary, au député David Macdonald, au journaliste Robert Fulford. Tandis que d’autres, beaucoup plus nombreux encore, l’ont fait plus tard, car, là-bas contrairement à ici, la réflexion sur ce sujet ne s’est pas vitrifiée en 1970 ( Y aurait-il plus de liberté de penser au Canada anglais sur cette question, et si oui, pourquoi ?)

Quelques exemples parmi d’autres. Desmond Morton est un soldat et un universitaire, spécialiste des questions militaires. Il est catégorique : « It was unjustified », a-t-il écrit en 1985, aussi bien en fonction de ce que Trudeau savait à l’époque que de ce que l’on nous a confirmé depuis.

Reg Whitaker est un universitaire des grandes institutions du Canada anglais, et spécialiste des questions de sécurité et de police. Une étude qu’il publia en 1993 est on ne peut plus claire : La GRC ne voulait pas des mesures de guerre, et s’y serait opposée si le gouvernement avait pris la peine de lui demander son avis (mais pourquoi diable ne l’a-t-il pas fait ?)

Mêmes réflexions courageuses dans les Mémoires de certains ministres du cabinet Trudeau. Don Jamieson : aucune preuve sérieuse ne nous fut jamais fournie, écrit-il dans ses Mémoires publiés en 1988.

Eric Kierans, notre Eric Kierans le Montréalais : « nous avons été emportés par l’hystérie générale, au point d’en perdre notre gros bon sens ( we were as swept-up in the hysterical coverage of the FLQ activities as everybody else …. our common sense went out the window) ».

Rien d’étonnant dans ces aveux : dès novembre 1970, Mitchell Sharp, ministre des Affaires extérieures de Trudeau, l’a reconnu d’emblée devant son vis-à-vis britannique : « There was no evidence of an extensive FLQ conspiracy… The FLQ : No big organization, just a small band of thugs » – le FLQ, une petite bande de durs a cuire, pas plus.

Quant à Peter Newman, grand reporter à l’époque au Toronto Star et très proche de Trudeau lors de ces événements, il conclut sèchement dans un livre de souvenirs paru en 2004: « it was a meticulously concocted lie » ( un mensonge carabiné).

Le temps est venu pour nos milieux officiels – ceux du parti libéral et des grands médias – de rattraper le Canada anglais. Il n’est jamais trop tard pour se réconcilier avec la vérité.

Les Canadiens anglais l’ont fait, certes en y mettant beaucoup de temps, dans l’affaire de Riel et des Métis, et dans le cas des Canado-Japonais des années 1939-1945, et il le fait actuellement dans le cas des pensionnats pour Autochtones. 40 ans après Octobre, le temps est venu pour nous aussi de nous y mettre.

* Co-auteur avec Édouard Cloutier d’un livre sur le Canada anglais et les mesures de guerre, qui vient tout juste de paraître : Trudeau’s Darkest Hour : War Measures in Time of Peace, publié à Montréal par Baraka Books

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